Handball : Experts, oui, mais pas pour tout le monde

Les handballeurs français règnent sur un sport ignoré des trois quarts de la planète. Ils n'y peuvent rien, mais ça calme un peu...

Le championnat du monde qui se termine ce week-end en Suède en est la preuve : le handball européen règne en maître sur un sport méconnu du restant de la planète. Pour la vingt-troisième fois en vingt-trois éditions, le podium du Mondial est occupé par trois équipes issues du Vieux Continent. D’ailleurs les comptes sont vite faits : hormis l’Egypte en 2001 (4e) et la Tunisie en 2005 (4e), aucun représentant non-européen n’est parvenu à s’immiscer dans le dernier carré d’un championnat du monde. Aux JO, la photo est à peu près la même : en onze tournois, une seule équipe « étrangère » est parvenue à troubler la mainmise européenne. En l’occurrence la Corée du Sud, médaillée d’argent après une défaite en finale contre l’URSS lors des JO 1988 organisés… à Séoul justement.

Le Mondial 2015 au Qatar n’est peut-être pas une si mauvaise idée

Au vrai, cet entre-soi commence à inquiéter en haut lieu. Et, nonobstant la polémique et les suspicions, on a le droit d’interpréter le choix du Qatar pour héberger le Mondial 2015 comme un signal d’ouverture du handball sur le grand monde. De toute manière, comment crier au scandale lorsque l’on sait qu’à trois reprises seulement depuis 1938 le championnat du monde s’est risqué hors des frontières européennes ? La première fois, c’était au Japon en 1997. L’Egypte en 1999 et la Tunisie en 2005 ont ensuite donné l’hospitalité.

Il est plus dur de remporter un Euro qu’un Mondial

La suprématie européenne est telle qu’on a coutume de dire qu’il est plus difficile pour une équipe de remporter un championnat d’Europe qu’un championnat du monde. Pareille réflexion circule aussi parfois dans le football, mais elle est à pondérer. Car le Brésil, l’Argentine, les équipes africaines voire celles asiatiques ont tous leur mot à dire. Les jeux ne semblent pas pliés d’avance.

Les Bleus savaient à l’avance qu’ils franchiraient le 1er tour

Le premier tour de la France durant le Mondial 2011 est à ce titre révélateur. Avant le début du tournoi, l’entraîneur de Montpellier Patrice Canayer déclarait ainsi au Monde.fr : « Globalement, les Français ont une marge de sécurité suffisante pour ne pas s’inquiéter outre mesure. » En dépit de la présence de l’Allemagne et de l’Espagne dans leur poule, les Français n’ont effectivement connu aucune frayeur, faisant passer un sale quart d’heure à la Tunisie, à l’Egypte et au Bahreïn. Presque trop facile…

L’ancien sélectionneur Daniel Costantini parle de « consanguinité »

Les difficultés du handball à l’exportation ne vont pas sans interpeller, y compris les techniciens. C’est un peu l’histoire du serpent qui se mord la queue. « Certains pays ne se renouvellent pas, ne travaillent pas », constate, amer, Daniel Costantini, ancien entraîneur de l’équipe de France, cité par 20 minutes . « A force de voir un seul continent dominer les débats, regrette-t-il, ce sport devient un peu consanguin. »

L’Afrique est en retard, très en retard

Le problème, c’est que le retard des autres continents est prodigieux. Après de gros coups d’éclat, l’Egypte et la Tunisie, qui comptent parmi les fleurons africains, n’ont jamais confirmé leur émergence mondiale. De quoi laisser songeur l’ancien international algérien Mustapaha Doballah, qui observe sur le site planetesport-dz : « L’Europe se taille la part du lion dans tous les domaines. Toutes les équipes du Vieux Continent ont gagné en maturité et sont désormais d’un haut niveau. En Afrique, le handball n’a jamais été d’un haut niveau en général (…). Il faut une nouvelle prise de conscience, car la pate existe. »

Le Brésil et la Corée du Sud existent chez les filles, mais pas chez les garçons

Ailleurs aussi c’est le désert. L’Argentine peut être certes considérée comme une révélation du Mondial 2011, mais il n’existe pas, comme chez les filles avec le Brésil, d’ambassadeur sud-américain pareil à un épouvantail. Constat identique du côté de l’Asie : la Corée du Sud est crainte chez les filles, tandis que chez les messieurs aucune nation ne se détache. Les Sud-Coréens Kang Jae-Won (en 1989) et Yoon Kyung-Shin (en 2001) ont pourtant chacun été élus « meilleur joueur du monde »…

Aux Etats-Unis, le handball est assimilé à la pelote basque

Enfin, l’Amérique du Nord reste pour l’heure imperméable aux charmes des « chabalas » et autres «roucoulettes». On se souvient en 2008 des demi-finales et finale de la Coupe de la Ligue organisées à Miami : les quatre équipes françaises qualifiées pour ce grand voyage en furent quitte pour un bide, évoluant durant tout le week-end devant des tribunes vides. Quant à la sélection américaine, elle est transparente, pointée aux alentours de la quarantième place mondiale. Au Mondial 2001, les US Boys avaient trouvé le moyen de perdre 26-18 contre le Groënland.

En tapant dans Google « handball américain », on tombe d’ailleurs d’emblée sur un sport dérivé de la pelote basque importé aux Etats-Unis par les Irlandais. Bref, il y a du chemin à faire…

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