Handball : le jour où les Françaises ont dominé le monde

Huit ans après le premier titre mondial des Barjots, les Bleues touchaient à leur tour au sacre en 2003, renforçant l'aura du handball tricolore.
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C’est un souvenir brumeux, échappé de limbes désormais oubliés. Nous sommes en 1997. L’équipe de France participe au championnat du monde en Allemagne. Elle n’y tient aucun rôle, si ce n’est celui de faire-valoir (10e). Conjugué au féminin, le handball tricolore n’existe pas sur le planisphère. Encéphalogramme plat. Pas un signe de vie.

Deux ans plus tard, même tournoi, mêmes Bleues ou presque. Cette fois, l’équipe de France dispute le Mondial en Norvège. La scène est majestueuse, qui fête les handballeuses comme partout ailleurs on célèbre les footballeurs. Ici, les demoiselles sont des stars. Inspirées, incitées, les joueuses françaises vont écrire sur ces terres enneigées l’acte de naissance d’une équipe en route pour les sommets.

Elles font chuter le Danemark, champion olympique en titre

Décembre 1999, donc, Lillehammer. Au bout d’un tournoi criblé de surprises, l’équipe de France est au rendez-vous d’une finale que personne n’avait osé lui promettre. Elle a épaté plus d’une fois au fil des matches. Autant de moments épiques. Une image pour résumer, puisée au coeur du quart de finale contre le Danemark, l’ogre danois, champion olympique sortant. L’image, c’est le jet de sept mètres de Lotte Kiaerskou détourné par la gardienne Valérie Nicolas. Un arrêt synonyme de qualification pour le dernier carré mondial mais surtout de billet pour les Jeux Olympiques de Sydney l’année suivante. La première participation olympique des jouvencelles bleues. Et ça non plus, nul de l’avait prédit.

Mais en attendant, il y a Lillehammer et cette finale. Une salle comble, une ambiance toute scandinave, fiévreuse et passionnée. Les Françaises sont loin d’être favorites face aux hôtes norvégiennes. Une nouvelle fois impétueuses, elles résistent au-delà du temps réglementaire et s’inclinent après deux prolongations et avoir déballé des trésors de courage. Ce dimanche soir, douze millions de téléspectateurs ont vibré devant le spectacle fourni par les filles d’Olivier Krumbholz. La France du sport se prend d’affection pour ces drôles de filles que sont Leïla Duchemann, Sandrine Mariot, Isabelle Wendling ou Véronique Pecqueux...

La signature d'Olivier Krumbholz, bâtisseur de talent

Drôles de dames, oui, revenues de tellement loin dans la hiérarchie. Des seconds rôles au premier plan. Ce n’est pas un cliché, c’est une ascension fulgurante. Et cette folle trajectoire porte la signature du bâtisseur Olivier Krumbholz, le successeur de Carole Martin à la tête des Bleues dès 1998. Krumbholz, un fort en gueule. Colérique, intransigeant, sévère, tout ce que vous voudrez. Mais un guide redoutable. Ancien joueur du Smec, le technicien aux mille et un tics s’est donné légitimité et écoute en conduisant l’ASPTT Metz à la conquête de quatre titres de champion de France. Dans la foulée, il a couvé en tant que sélectionneur de l’équipe de France espoirs une génération talentueuse qui bientôt formera l’assise du groupe devenu vice-champion du monde 1999. De la cinquième place du Mondial espoirs au Brésil à la deuxième place mondiale du Mondial A à Lillehammer, à peine quatre années se sont écoulées.

Quatre années nécessaires à la mise en place d’un projet collectif souhaité et accepté par toutes. Quatre années pour brûler les étapes sans en oublier aucune et transformer ces jeunes femmes en faiseuses de miracles. Car le miracle perdure et les Bleues vont confirmer leur tour de force norvégien, chipant trois ans plus tard une deuxième récompense internationale avec le bronze du championnat d’Europe 2002 au Danemark.

Presque un sans-faute au Mondial 2003

L’hiver suivant, elles abordent avec malice et envie le championnat du monde en Croatie. Après un sans-faute au 1er tour, les Françaises se donnent une frayeur en chutant d’entrée contre la Corée du Sud au deuxième tour, mais battent ensuite l’Autriche et surtout la Russie pour atteindre une nouvelle fois le dernier carré. La demi-finale contre l’Ukraine est âpre, mais ça passe. Reste à dompter la Hongrie en finale pour rejoindre au palmarès des garçons alors deux fois champions du monde (1995 et 2001).

Menées de sept buts à sept minutes de la fin en finale

La suite, c’est un morceau de bravoure. A Zagreb, l’étoile bleue pâlit devant l’insolente réussite de la star hongroise Anita Görbicz et de ses copines, qui mènent de sept buts à sept minutes du terme. L’affaire semble pliée. Mais les chipies se rebiffent. Valérie Nicolas prend feu dans sa cage, les Françaises chapardent quelques ballons. Cela suffit à créer le trouble dans le camp adverse. A ranimer la flamme. Il ne manque plus qu’un penalty, dont se charge Leïla Duchemann pour arracher une inespérée prolongation. Anita Görbicz vient de sèchement ceinturer Véronique Pecqueux, qui filait au but. Elle s’est sacrifiée, récoltant au passage un carton rouge éliminatoire. La Hongrie est toujours en tête pour un but. Mais la Hongrie, de même que ses milliers de supporters volcaniques, suffoque. Duchemann, elle, prend une inspiration. Et transforme son jet de sept mètres. Prolongation. Le vent a tourné. Plus rien ne peu empêcher les Bleues, irrésistibles dans l'extra-time, de décrocher un premier sacre au parfum d’avènement.

Dès lors, à plus d’un titre, le handball français marche sur le toit du monde.

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