"Le Chameau sauvage" de P. Jaenada : un drôle de roman drôle

Avec "Le chameau sauvage", Philippe Jaenada signait en 1997 un livre d'une inépuisable force comique. A (re)découvrir de toute urgence !
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Allons bon ! Quelle drôle d’idée que de consacrer une chronique à un bouquin né au siècle dernier, quand chaque année la production littéraire française accouche de titres par centaines ! Seulement voilà : qui n’a jamais dégusté Le chameau sauvage est passé à côté d’un monument de drôlerie et d’intelligence, deux qualités certes fréquentes dans le roman français mais qui réunies sous la plume d’un Philippe Jaenada verveux en diable débouchent sur un chef-d’œuvre. Oui, le terme est pesé.

Le chameau sauvage , ainsi que le résume le réalisateur Luc Pagès qui adapta pour le cinéma le précieux récit, « c’est le genre de bouquin que l’on se passe sous le manteau ». On ne saurait mieux dire. Non content de l’avoir dévoré, on prend autant de plaisir à le faire découvrir. Il en va des excellents romans comme de certaines addictions : partagés, c’est encore meilleur.

Débit fleuve et parenthèses en masse

Et voici comment on se trouve marqué durablement par cette tranche de vie d’un trentenaire parisien répondant au doux nom d’Halvard Sanz, célibataire contraint, dragueur juste ce qu’il faut, alcoolo mais pas trop, doux rêveur autant que sombre poissard, embarqué dans un entrelacs de quiproquos dont la seule visée consiste en la conquête de sa promise : l’insaisissable Pollux.

Inutile d’en dévoiler davantage, ce serait empiéter sur l’effet de surprise et l’enchantement permanent qui accompagne la lecture de ce bouquin copieux quoique trépidant. Avertissement à l’attention des lecteurs novices en Jaenada : arrimé à un débit fleuve, le gaillard assaisonne ses phrases de parenthèses par paquets. Au début, ça surprend. Ça peut même dérouter. Mais on se laisse vite griser par cette profusion de digressions, qui au final valent autant que la moelle du récit, sans jamais l’altérer.

Gad Elmaleh n'est pas Halvard Sanz

Au vrai, Philippe Jaenada est un acteur central de la nouvelle scène littéraire française, même si dans son cas, après six romans tous fréquentables , l’expression « nouvelle scène » tient un peu de la supercherie. L’essayer, c’est l’adopter. Sa dernière fournée, Plage de Manaccora, 16 h 30 , s’accompagnait d’ailleurs de cette exergue publicitaire signée de sa consœur - et amie - Virginie Despentes enjoignant les lecteurs n’ayant pas encore succombé à rapidement réparer cette fâcheuse lacune. Il doit exister pire recommandation.

Dernière chose : si au détour d’une déprimante soirée télé, il vous arrive de tomber sur le film tiré du roman ( A+ Pollux , c’est le titre), gardez-vous bien de jugements trop hâtifs. Aucun cinéaste, même le plus orfèvre, n’aurait pu restituer par l’image tout ce qui fait le sel de ce texte épique. Gad Elmaleh, qui n’était pas encore la vedette qu’il est devenu, se débrouille pourtant très bien dans le rôle-titre. Mais bon, n’est pas Halvard Sanz qui veut.

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