Le jour où David Ginola a "assassiné" l'équipe de France

La défaite contre la Bulgarie (1-2) qui priva les Bleus de la World Cup 1994 continue de hanter l'ancien joueur vedette du Paris SG.
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Le 17 novembre 1993, l’équipe de France livre au Parc des Princes un match couperet contre la Bulgarie dans l’optique de la qualification pour la première Coupe du monde organisée aux Etats-Unis. Un seul accroc, mais de taille, est venu assombrir le tableau dans ces éliminatoires : une défaite (3-2) à domicile concédée un mois plus tôt contre Israël qui contraint les Bleus à décrocher au moins un résultat nul lors de l’ultime journée.

Quoique crispés, les hommes de Gérard Houllier sont en passe de tenir leur pari puisque le score est de 1-1 à dix secondes du coup de sifflet final. Mais sur la dernière possession de balle française, David Ginola, isolé côté droit à hauteur du poteau de corner bulgare, adresse un long centre qui ne trouve pas preneur. Le contre adverse est irréel : en seulement trois passes les Bulgares hissent le ballon à hauteur de la surface tricolore. Emil Kostanidov en hérite et déclenche une frappe désespérée qui glace d’effroi le gardien Bernard Lama, impuissant. But. 1-2. Les Bleus ne disputeront pas la prochaine Coupe du monde.

A l’autre bout du terrain, Ginola, consterné, hagard, saisit l’ampleur du désastre.

Il remplace Papin et tout bascule

Seize ans plus tard, la chaîne ESPN Sport Classic proposa en 2009 à l’ancien joueur du Paris SG de visionner pour la première fois, dans son intégralité et dans les conditions du direct, ce France-Bulgarie aux relents de supplice. Un document saisissant dans lequel Ginola, tendu tout du long, pose des mots sur ce cauchemar, l’un des plus noirs épisodes du football français.

Remplaçant, Ginola n’avait disputé que les vingt dernières minutes de la rencontre, après la sortie sur crampes de Jean-Pierre Papin. « J’étais rentré si vite dans ce match qu’après cinq minutes, j’étais complètement asphyxié », se souvient-il. La suite, tandis que ses yeux ne parviennent pas à se détourner de l’écran, ressemble à un mauvais film. « On perd trop vite le ballon », note-t-il devant les images d’une équipe de France effectivement confuse et anxieuse, qui ne parvient ni à contrôler le ballon, ni à développer ses actions.

Les minutes s’égrènent qui rapprochent les Bleus d’un ticket pour le Mondial, mais aussi du coup de théâtre bulgare. « Tout le monde attend le coup de sifflet final, mais il arrive trop tard », soupire Ginola. Réagissant aux commentaires de Thierry Roland et Jean-Michel Larqué sur TF1, il dit : « Ils n’arrêtent pas d’annoncer le temps restant. Pfff… Même nous, on l’avait dans la tête le chrono ».

Houllier : " Un crime contre l'équipe de France "

Arrive la dernière minute fatidique. Celle où Ginola brouillonne un centre mal réglé. Une action qui plus tard arrachera cette sentence définitive au sélectionneur Gérard Houllier : « Ginola a commis un crime contre l’équipe de France. » Le crime, donc : Ginola arme son centre, le ballon vole, vole, vole… mais seul un Bulgare est à la réception. Le reste n’est que regrets… « Si c’était à refaire, je ferais différemment, consent-il. Mais le football, c’est de l’instantané. C’est dur. »

Regard rougi, David Ginola se souvient de la détresse et du sentiment de culpabilité : « Seize ans après, c’est encore plus dur. Le but ? Les Bulgares peuvent tenter 99 fois la même occasion, 99 fois ils ne marqueront pas. Le ballon sera contré, ou Bernard (Lama) l’arrêtera. Là, c’est l’action parfaite au moment parfait. » Il répète : « Si je pouvais changer quelque chose, je le changerais. Pour ma famille, pour moi, mais aussi pour les autres. Je referais différemment pour le bien de tout le monde. C’est une grosse tristesse, je suis très mal. J’ai l’impression d’avoir failli à ma tâche et d’avoir trahi les copains. »

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