Le jour où le FC Metz a terrassé le grand FC Barcelone

Le 10 octobre 1984, le FC Metz signait l'un des plus beaux exploits français en Coupe d'Europe en s'imposant 4-1 contre un FC Barcelone trop arrogant.
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La fin de saison précédente a été marquée côté messin par la première victoire en Coupe de France. Une épopée d’autant plus marquante pour le club lorrain qu’il intervient en pleine désindustrialisation. Vingt mille supporters messins effectuent le déplacement à Paris pour la finale contre Monaco au Parc des Princes. Les médias ne donnent pas cher des chances messines. Imprimés une semaine plus tôt, certains journaux TV annoncent même dans leurs grilles une finale Nantes-Monaco, tant une qualification en finale aux dépens des Canaris apparaissait peu vraisemblable.

A la fin du temps réglementaire, le score est de 0-0. C’est en prolongation que se dénouera la surprise. Philippe Hinschberger, pur produit de la formation messine, à la 102e minute, puis Tony Kurbos, un attaquant germano-slovène recruté la saison précédente par le président Carlo Molinari, à la 108e minute, font basculer le match.

Monaco ne gagnera pas sa quatrième Coupe de France, brandie ce soir-là par le capitaine Jean-Paul Bernad. « Quelques fois, le travail et le courage ont raison du capital », savoure Carlo Molinari.

Cette victoire qualifie de fait les Messins la saison suivante pour la Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe, aujourd’hui disparue.

La déculottée de l’aller

Pour ses premiers pas européens, le tirage au sort n’a pas été tendre avec Metz qui doit affronter le FC Barcelone et sa pléiade de joueurs internationaux. Au reste, le match aller au stade Saint-Symphorien tourne à la déconfiture pour les Lorrains, corrigés 4-2. Un cauchemar initié par un but contre son camp de Luc Sonor en début de rencontre et conclu sur une rafale catalane après la pause avec trois nouveaux buts signés Schuster, Calderer et Carrasco.

Dès lors, le script semble écrit d’avance. Metz est promis à l’élimination.

Quelques mots assassins

La large victoire de l’aller conforte d’ailleurs les Barcelonais dans leur sentiment de supériorité, aux frontières de l’arrogance. Au banquet d’après-match, le vice-président catalan lance une invitation à ses homologues messins, conviés à assister à Barcelone au match… du 2e tour. Dans le même temps, l’attaquant écossais du Barça Steve Archibald traite ses adversaires de « charlots », tandis que le milieu de terrain allemand Bernd Schuster, tout en provocation, promet d’offrir un jambon au gardien messin Michel Ettorre après ses erreurs du premier match.

Et pourtant le FC Metz y croit…

Le 4-2 de la rencontre aller n’a pas complètement douché les espoirs messins. Battu d’importance, le staff grenat continue de croire à une victoire à Barcelone. La qualification paraît hors de portée, mais au moins les Messins souhaitent-ils quitter la scène européenne sur une touche positive. Le président Carlo Molinari enjoint son capitaine Jean-Paul Bernad d’aller superviser entre les deux matches une équipe de Barcelone qui ne lui a pas fait si forte impression. A son retour, Bernad confirme le sentiment de son dirigeant. « Barcelone est prenable », lui annonce-t-il.

… mais il est bien le seul

Le 10 octobre, les deux équipes se retrouvent donc au Camp Nou dans une étrange atmosphère. D’une part, le stade de 120 000 places sonne creux. A peine 24 000 spectateurs ont pris place dans les tribunes, ce qui en dit long sur le désintérêt du public catalan qui estime l’affaire pliée. De l’autre, les médias français sont aux abonnés absents, ayant considéré superflu d’effectuer le déplacement jusqu’en Espagne. Aucune chaîne télé ne retransmet la rencontre. Dommage : l’audience ce soir-là aurait pu être excellente.

Le scénario dérape puis s’emballe

En début de match, Barcelone enfonce le clou en ouvrant le score dès la 32e minute par Carrasco. Menant 5-2 sur l’ensemble des deux rencontres, le Barça est virtuellement qualifié. Tout basculera en soixante secondes : Kurbos (38e) égalise puis oblige le défenseur espagnol Sanchez à marquer contre son camp, après un service en profondeur de Bernad (39e). Le vent vient de tourner, les événements se précipiteront en seconde période. Intenable, Kurbos inscrit un troisième but en contre à la 55e minute. « A 3-1, se souvient Carlo Molinari, le président du Barça Josep Lluis Nunez commençait à changer de visage. » Il virera blême quand Kurbos signera un quadruplé à cinq minutes de la fin, à la réception d’un centre en retrait de Jules Bocandé (85e). 4-1, Metz est qualifié. « Dès lors, racontait Kurbos au Parisien en 2009, on ne pensait plus qu’à balancer le ballon dans les tribunes désertées par les supporters de Barcelone. »

L’épilogue

Le FC Metz ne réitèrera pas son exploit au tour suivant. Opposé au Dynamo Dresde, club phare de l’ancienne RDA, il s’inclinera 3-1 en Allemagne à l’aller avant de concéder le nul à domicile (0-0) dans un stade Saint-Symphorien archi-comble.

Quant au FC Barcelone, il décrochera son 10e titre de champion d’Espagne en fin de saison et se hissera la saison suivante en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions (l’ancêtre de la Ligue des Champions), battu par le Steaua Bucarest (0-0, 2-0 tab).

Que son devenus les héros messins ?

Le gardien Michel Ettorre est devenu entraîneur des gardiens. Il a exercé à Metz et à Lens.

Après une expérience d’entraîneur-adjoint à Saint-Etienne, le défenseur antillais est aujourd’hui consultant sur la chaîne Canal +.

Le défenseur Robert Barraja a terminé sa carrière en 1991 à Quimper.

Le défenseur argentin Fernando Zappia a terminé sa carrière en 1990 chez le voisin de l’AS Nancy-Lorraine.

Le défenseur Claude Lowitz, passé par le PSG, l’OM et Nantes, s’est reconverti dans les fonctions d’entraîneur. Après une expérience en Chine, il a officié à la Réunion.

Le milieu de terrain Vincent Bracigliano est lui aussi devenu entraîneur. Responsable du recrutement du FC Nantes au début des années 2000, il était l’adjoint de Jean-Marc Furlan lors de son passage sur le banc canari en 2009.

Le milieu de terrain Jean-Philippe Rohr, sacré champion olympique en 1984 à Los Angeles, a fini sa carrière à Nice. Joueur invétéré, on peut le voir sur les circuits professionnels de poker et de backgammon.

Le milieu de terrain et capitaine Jean-Paul Bernad, reconverti entraîneur, a exercé du côté de Lyon et en Arabie Saoudite.

Reconverti entraîneur lui aussi, le milieu de terrain Philippe Hinschberger a occupé des postes à Louhans-Cuiseaux, Niort, Le Havre. Il entraîne actuellement Laval.

Retiré sur la Côte d’Azur, l’attaquant Tony Kurbos est importateur de voitures.

Enfin, l’attaquant Jules Bocandé a pris en charge en 1994 la sélection du Sénégal qu’il conduisit la même année en quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Ayant quitté le staff technique de l’équipe, il s’est lancé dans le business.

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