Patinage artistique et télévision ne font plus bon ménage

Sport phare sur TF1 dans les années 90, le patinage artistique n'affole plus l'audimat aujourd'hui. Payant couacs sportifs et dérives en coulisses.

Novembre 1997. La guerre des patins fait rage sur les télés françaises. En témoigne cette passe d’armes entre Paris Première et TF1 autour de la retransmission du Trophée Lalique , une compétition qui chaque année réunit sous le toit du Palais omnisports de Paris-Bercy l’élite française et mondiale du patinage artistique. Paris Première est sur le coup, qui détient l’exclusivité des droits de retransmission des événements organisés au POPB. Entre super-cross et galas de danse, la case du samedi soir sur Paris Première est même entièrement dédiée aux shows made in Bercy. Les audiences sont coquettes. L’attrait du direct est un « plus » indéniable pour la « petite » chaîne du câble. Ce samedi soir, pourtant, Paris Première doit faire une croix sur le Trophée Lalique.

34% de parts de marché sur TF1 le samedi soir

Car entre-temps, TF1 a démantelé le partenariat qui lie Paris Première au POPB en rachetant à la fédération internationale de patinage artistique les droits de diffusion du Trophée. La Une remporte le bras-de-fer et contraint, la veille au soir, Paris Première à déprogrammer un événement censé lui revenir. Bonne pioche : le lendemain, samedi, TF1 rassemble 34% de parts de marché en proposant le Trophée Lalique, en différé, en deuxième partie de soirée. Le patinage artistique fait assurément recette.

Seul FranceTélévisions s'accroche encore au patinage

Janvier 2011. Les championnats d’Europe battent leur plein à Berne. Mais les chaînes françaises, elles, boudent l’événement. Les JT ont depuis longtemps tourné le dos. Seul FranceTélévisions s'accroche encore, en proposant les programmes libres messieurs et dames en direct. Sans espoir de casser la baraque. Au vrai, c'est surtout l'occasion pour le service public, qui de fait remplit sa mission, de remplir deux cases à peu de frais. On ne se bagarre plus pour les droits TV du patinage. On ne se bagarre plus pour le patinage tout court : même L'Equipe a réduit sa couverture, désormais promise aux pieds de pages.

Les espoirs déçus de Brian Joubert font mal à l'audimat

Bien sûr, le déclin du patinage français est pour beaucoup dans cette désaffection. Un garçon comme Brian Joubert, champion du monde (2007) et triple champion d’Europe (2004, 2007, 2009), n’a jamais confirmé aux Jeux Olympiques son formidable potentiel. 14e pour sa première participation en 2002, il a ensuite terminé 6e en 2006 et 16e en 2010, loin de ses ambitions de médaille. Quant au titre olympique du couple Marina Anissina-Gwendal Peizerat, il n’a pas suffi à inverser la tendance.

Les téléspectateurs désertent leur écran

Les audiences TV s’en ressentent : en 2009, France 3 n’avait réuni qu’1,9 million de téléspectateurs lors du programme libre messieurs des championnats d’Europe à Helsinki. Le quatrième score seulement de la soirée. Rebelote un an plus tard, à l’occasion des championnats d’Europe à Tallin. Même programme libre messieurs, même gadin : 2,1 millions de téléspectateurs et quatrième audience du soir pour France 3. Un double fiasco.

Bonaly, Candeloro, les Duchesnay, symboles d'un âge d'or révolu

L’âge d’or du patinage français correspond aux années 90. TF1 fait alors son miel de primes-times à rallonge, commentés par Roger Zabel et Anne-Sophie de Kristoffy. La Une nage en pleine période « bling-bling » et le déluge de strass et de paillettes sur la glace colle bien à l’image d’une chaîne portée sur tout ce qui brille. Surtout, le patinage tricolore est alors tracté par de hautes têtes d’affiche. Philippe Candeloro, tantôt D’Artagnan, tantôt le Parrain, d’un côté ; Surya Bonaly, ses larmes et ses cabrioles athlétiques, de l’autre. En 1992, aux JO d’Albertville, la France s’est également prise de passion pour le couple franco-canadien Isabelle et Paul Duchesnay, couronnés en danse sur glace. La ménagère de moins de 50 ans est captivée, les audiences sont au taquet.

Le scandale de Salt Lake City a tout jeté à terre

Le tournant intervient aux JO de 2002, à Salt Lake City. Où l’on découvre qu’en coulisses, le patinage artistique n’est pas le monde des Bisounours qu’il donne à voir (bouquets de fleurs et peluches jetés sur la glace) mais plutôt un Dallas impitoyable, sans foi ni loi. Si ce n’est celle des petits arrangements sordides. La juge française Marie-Reine Le Gougne est dans l’œil du cyclone pour avoir marchandé ses votes en faveur du couple russe, au détriment du couple canadien. L’affaire fait grand bruit, qui débouche sur un scandale majeur : une médaille d’or est rendue aux Canadiens, la juge indélicate est suspendue pour trois ans et le système de notation toiletté dans les grandes largeurs. Le patinage artistique veut se racheter une virginité. Mais à l’évidence quelque chose s’est brisé.

Les Mondiaux 2012 à Nice pour se remettre debout ?

Irrémédiable ? A voir. L’émergence du jeune et charismatique Florent Amodio peut aider le patinage tricolore à sortir de l’ornière. De même que la perspective des championnats du monde 2012 à Nice contribuera à dynamiser une discipline qui a beaucoup à faire oublier. Ce n'est pas gagné.

Sur le même sujet