Pierre Ménès : de L'Equipe à Canal+, itinéraire d'un sniper

Le 17 janvier, le très actif Pierre Ménès lance une nouvelle émission sur le web, « Pierrot le show ». L'occasion d'ausculter le polémiste phare de Canal+.
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Journaliste, polémiste, éditorialiste, chroniqueur radio, chroniqueur télé, pronostiqueur, comédien… On en oublie sans doute. En quelques années, Pierre Ménès a imposé sinon sa marque, du moins sa griffe. Avec un CV long comme le bras. Pour qui s’intéresse de près aux choses du football, impossible d’échapper à la silhouette massive et aux vannes-mitraillette de l’ami Pierrot, omniprésent. Omniscient ? A voir. En tout cas, notre homme a plus d’un tour dans son sac.

Ménès le gentil organisateur

Avant d’embrasser la carrière de journaliste, Pierre Ménès, né à Paris en 1963, ancien étudiant en fac d’histoire, a exercé ses talents d’amuseur au sein du Club Med en tant que Gentil Organisateur (GO). Avec succès ? A en croire son ancien collège de bureau Jean-Philippe Cointot, le garçon n’est pas dénué d’humour : « Je me suis pissé dessus pendant les vingt ans que j’ai passés assis dans le même bureau », racontait en octobre 2010 le journaliste de L'Equipe Jean-Philippe Cointot au mensuel So Foot .

Ménès le journaliste de sport

« Depuis toujours, je voulais être journaliste de foot. C’est pour ça que je suis entré à L’Equipe, où j’ai passé 21 ans moins une semaine », expliquait l’intéressé à David Garcia, auteur en 2008 de l’ouvrage La face cachée de L’Equipe (La Martinière, 2008). Pierre Ménès a écrit de 1983 à 2004 pour le quotidien sportif. « Ligue 2, Ligue 1, équipe de France, grand reporter, j’ai gravi tous les échelons dans une certaine continuité » (*), souligne-t-il.

Préalablement à son embauche, il travaillera pendant huit années à la pige, c’est-à-dire rémunéré à l’article. Une précarité qu’il a assumée, reconnaissant lui-même être issu « d’une famille assez aisée ».

Ménès l’ami des footballeurs

Au gré de son parcours à L’Equipe , Pierre Ménès devient l’ami et le confident de nombreuses stars du ballon rond. On lui prête des accointances avec Robert Pires, Thierry Henry, Patrick Vieira, tous anciens joueurs d’Arsenal, où Ménès pour ainsi dire eut pendant un temps son rond de serviette.

Le journaliste David Garcia prétend que lorsqu’il est de passage à Paris, Robert Pires ne dédaigne pas séjourner chez son pote Ménès. « Les joueurs le considèrent comme l’un des leurs », pense de son côté Arnaud Ramsay, aujourd'hui journaliste à France-Soir (*). « Il ne s’est jamais caché d’aller boire des coups avec les joueurs pour ramener des infos », enchérit Fabrice Jouhaud, interrogé par So Foot .

Cette complicité suscite des crispations. Parmi ses anciens collègues, certains le suspectent de manière plus ou moins déguisée d’intervenir directement dans les transferts de joueurs, ou de faire de la rétention. « On me reprochait de garder des infos, mais c’est faux, répond Ménès. J’ai annoncé je ne sais combien de transferts en exclusivité, notamment ceux de Xavier Gravelaine, Laurent Blanc et David Ginola. » (*)

Pierre Ménès est également très proche de Laurent Blanc, ce qui lui valut d’être dépêché sur la conférence de presse d’après-match de France-Croatie lors du Mondial 1998 (Blanc venait d’être expulsé en demi-finale) alors que son nom n’avait pas été retenu sur la liste des journalistes en charge du suivi de l’équipe de France pendant ce tournoi.

Ménès l’homme de terrain

Pierre Ménès quitte L’Equipe pour rejoindre le Stade de Reims en 2005. En fin de saison précédente, l’équipe a sauvé in extremis sa place en Ligue 2. Par l’entremise de son ami Robert Pires, lui-même formé à Reims, le journaliste se rapproche du club champenois où il devient responsable de la communication, du développement et du marketing. L’expérience fait long feu. Il est licencié après dix mois d’exercice.

Ménès l’homme de télévision

Sa première apparition sur les écrans remonte à 1999. On en est alors aux balbutiements de L’Equipe TV, la chaîne d’info continu propriété du quotidien éponyme. Pierre Ménès est associé au revenant Didier Roustan dans ce qui reste à ce jour l’une des meilleures émissions de décryptage tactique vues à la télé française. A défaut d’affoler l’audimat, Lundi foot rencontre un succès d’estime.

Le sniper devient ensuite et chroniqueur télé, et chroniqueur radio, intervenant successivement sur Pathé Sport, LCI, Europe 1 et RTL. Mais c’est sur M6, aux côtés de la journaliste Estelle Denis, compagne de l’ancien sélectionneur des Bleus Raymond Domenech, que Pierre Ménès assoit sa notoriété dans l’émission 100% foot .

Depuis 2009, Pierre Ménès est le « sniper » vedette de l’émission phare de Canal+, Canal Football Club , dans laquelle il multiplie bons mots (?) et tacles vigoureux. Ses interventions tranchent avec les habitudes maison. Répondant aux critiques visant le chroniqueur, Cyril Linette, directeur des Sports de la chaîne, dressait le portrait suivant du trublion Ménès en octobre 2010 dans une interview aux Cahiers du football : « C’est un professionnel du plateau, quelqu'un qui va venir dessouder le conducteur, mettre un peu le bordel, faire un peu marrer, afficher une opinion péremptoire et de parfaite mauvaise foi. »

Interrogé par VSD en février 2010, Pierre Ménès paraît jubiler : « Je prends plus de plaisir à la télé que durant mes années à l’ Équipe . Je me trouve meilleur à l’oral qu’à l’écrit, et je suis satisfait de la liberté de ton totale que j’ai à Canal. »

Ménès le mal-aimé

Fin 2010, Lionel Dutemple, co-auteur des Guignols de l'Info , s'en est pris sèchement à Pierre Ménès dans une interview au Parisien , lui reprochant d'avoir « beaufisé l'antenne à un point... Il ne me fait pas rire du tout, ses blagues sont d'une lourdeur... C'est un nivellement par le bas, et ça ne concerne pas que le football. »

Cette sortie médiatique appela une suite non moins cinglante sur le site de Marianne , sous la plume de Philippe Bilger, qui écrit : « A chaque mot, il se rengorge, persuadé d'avoir fait un bon mot, il prend des mines de diva, fait le modeste, se gausse, s'offre comme un perpétuel cadeau et est porté par un public qui applaudit comme un esclave collectif la moindre insignifiance de Pierre Ménès et dieu sait qu'il y en a derrière l'enflure ! » Bigre !

Au vrai, de par sa position de sniper, Pierre Ménès s'est attiré quelques solides inimitiés, au premier rang desquelles celle de Florent Malouda, que le journaliste avait lourdement chargé durant l'Euro 2008. On lui connaît aussi une brouille avec Guy Lacombe, le bras droit du président de l'Olympique Lyonnais Jean-Michel Aulas.

Ménès le pronostiqueur

Parallèlement à ses activités dans l’audiovisuel, Pierre Ménès a dispensé ses pronostics sur le football pour le compte du site en paris en ligne Unibet. Une collaboration qui a cessée, en vertu de l’exclusivité qu’il doit à Canal+.

Ménès le blogueur

La « marque Ménès » n’en est pas moins présente sur le web avec le blog Pierrot le Foot , hébergé par Yahoo! Sport . Un carton d’audience. En décembre 2010, ses posts ont accueilli une moyenne de 1250 commentaires quotidiens.

Dans la foulée du fiasco du Mondial 2010, Pierre Ménès a sorti une compilation des billets publiés durant la Coupe du monde sous le titre, paresseux, Carton rouge pour les Bleus (éditions du Rocher, 2010). Il y fait part de son amertume devant le parcours des Bleus : « J’ai même perdu le sommeil après les défaites contre le Mexique et l’Afrique du Sud », explique-t-il.

A partir du 17 janvier, il co-présentera une nouvelle émission, Pierrot le Show , au côté de l’animatrice Marion Aydalot.

Ménès le touche-à-tout

Il n’y a pas que le foot dans la vie. Pierre Ménès a donc tâté du talk-show généraliste en devenant le temps d’une saison chroniqueur pour Marc-Olivier Fogiel dans l’émission T’empêches tout le monde de dormir . Il intervient également dans l’émission Tout le monde il est beau sur Canal+ et depuis peu anime Le grand multiplex du rire sur la chaîne Comédie!.

On l’a vu également au cinéma interprétant des rôles secondaires dans 3 Zéros (2002), Il était une fois dans l’Oued (2004), Big City (2007), Disco (2008) et Neuilly sa mère (2009).

Selon une interview donnée à VSD en février 2010, ses différentes activités lui rapporteraient 250 000 euros annuels. So Foot avançait en octobre dernier la somme de 280 000 euros, mais l’intéressé avait refusé de confirmer.

(*) Propos extraits de "La Face cachée de L’Equipe".

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