Quand le business bafoue les logiques sportives

Trêves raccourcies au football, horaires indécents aux JO, expérimentations sur les pistes d'athlétisme : de plus en plus, le business sabote le sport.
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A chaque trêve de fin d’année, le Boxing Day anglais tient le haut de l’affiche. Rien que de très normal : alors que tous les championnats européens de football marquent une pause pendant les fêtes, la Premier League continue de dérouler son calendrier à un rythme soutenu.

Mais la concurrence commence à poindre. Et l’Espagne, qui jusqu’ici laissait le ballon au vestiaire entre Noël et le Nouvel An, se pique elle aussi d’occuper le terrain. C’est ainsi que deux matches de première division – dont FC Barcelone-Levante - ont été programmés dès le 2 janvier 2011, au mépris de la période de repos généralement accordée à ces dates. Un dimanche, à heure de grande écoute. CQFD.

Fournaise au Qatar pour le Mondial 2022

Ce n’est pas la première fois que la logique sportive est bafouée par les impératifs de marketing et/ou télévisuels. C’est même devenu une habitude. En l’espèce, le football se situe même en pointe. Début décembre 2010, la Fédération internationale (Fifa) avait ainsi surpris l’opinion en octroyant l’organisation des Coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar au mépris d’autres dossiers de candidatures pourtant mieux charpentés. L’amertume fut immense en Angleterre, grande favorite pour 2018, mais écartée de la sélection finale en dépit de critères techniques très avantageux. Qu’importe si par comparaison le dossier russe dévoile plusieurs zones d’ombre ou si des voix s’élèvent contre le fait de disputer un tournoi en pleine fournaise estivale au Qatar. Business is business.

D’ailleurs, que vaut la parole des sportifs face à des stratagèmes qui les dépassent ? Lors des Jeux Olympiques de Pékin, les finales des épreuves de natation ont pour la première fois été programmées en matinée afin de permettre aux téléspectateurs nord-américains de suivre la compétition en prime-time, et ainsi les exploits de Michael Phelps, la star américaine des JO 2008. La chaîne NBC a obtenu gain de cause sans même combattre, n’ayant eu aucune peine à imposer ses vues au Comité international olympique (CIO)… dont elle est le principal argentier. A Londres, en 2012, le décalage horaire devrait entraîner le même type d’aménagements.

Les JO sous l'emprise des chaînes télé

Jacques Rogge, le président du CIO, s’en offusque peu. Dès 2005, au Sportel de Monaco (le salon des médias et du sport), il convenait de la nécessité d’adapter les disciplines olympiques aux besoins télévisuels. Les escrimeurs tirent donc désormais avec des masques laissant apparaître leurs visages ; les volleyeurs ont vu leurs règlements modifiés dans les grandes largeurs (comptage des points modifiés) ; bientôt, en athlétisme, on procèdera à des courses par élimination. Ne riez pas : l’expérience a été tentée lors du championnat par équipes 2009, sur les épreuves du 3000 m et du 3000 m steeple. Heureusement cela a tourné au fiasco.

Mais d’autres expérimentations se sont durablement installées au calendrier, à l’exemple des Grands Prix de F1 courus de nuit. Spectacle de toute beauté pour qui suit la course enfoncé dans son canapé. Quid de la sécurité des pilotes ? Le débat n’a même pas eu lieu. Idem pour les sessions de nuit lors de certains tournois du Grand Chelem de tennis, avec des matches finissant au-delà de minuit. Dès le lendemain, les gladiateurs des courts sont à nouveau appelés dans l'arène. Drôle de moyen de prévenir le dopage… Mais qui s'en préoccupe encore ?

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