Photovoltaïque: les raisons d'un essoufflement en France

L'énergie photovoltaïque peine aujourd'hui à prendre sa place dans le mix énergétique français.

L'énergie solaire, un potentiel inépuisable

Obtenue à partir de la conversion continue du rayonnement solaire grâce à des cellules photovoltaïques fonctionnant grâce à l’effet photoélectrique, la technologie photovoltaïque dispose d’une source solaire abondante. Son inconvénient majeur, celui de nécessiter un stockage de l’électricité produite entre les moments d’ensoleillement et ceux d’obscurité, avait même été contourné grâce à la solution du toit photovoltaïque raccordé au réseau électrique.

Des débuts prometteurs en France

L’énergie solaire s’était donc imposée en France, dans le début des années 2000, parmi les solutions potentielles aux objectifs de réduction des gaz à effet de serre s’inscrivant dans la lutte contre le changement climatique global.

Ainsi, si le secteur photovoltaïque est en mauvaise passe aujourd’hui en France, ses débuts n’en avaient pas été pour le moins prometteurs. La France avait en effet donné, en 2005, une impulsion considérable au solaire en subventionnant la filière, en soutenant l’industrie photovoltaïque et en créant l’INES (Institut national de l'énergie solaire) destiné à aider le transfert de l'innovation vers l'industrie. 25 000 emplois avaient été créés entre 2007 et 2010. En 2009, la France devenait le 7ème pays le mieux équipé dans le solaire, devant la Chine.

Moratoire, manque d'investissement public... des raisons souvent avancées

Or, dans un rapport daté du 27 octobre 2011, les Etats généraux du solaire photovoltaïque ont tiré la sonnette d’alarme, déplorant une perte de vitesse considérable des capacités de production d'énergie solaire en France. Le problème est complexe et les raisons potentielles, très diverses.

D’aucuns, comme Cécile Duflot récemment, ont montré du doigt la levée d’obstacles par le gouvernement lui-même. Ainsi, la France a adopté en décembre 2010 un moratoire sur l’énergie solaire pour empêcher une bulle spéculative, annoncée par des tarifs d’achat trop avantageux pour les possesseurs de panneaux photovoltaïques. En effet, le coup d’envoi donné au photovoltaïque en juillet 2010 par la France – qui visait 5400 MW d'énergie photovoltaïque d’ici 2020 - n’avait pas tenu compte de l’absence de réelle filière industrielle française, ce qui s’est soldé par une récupération des bénéfices par les fabricants étrangers. Et les nouveaux tarifs d’achat, publiés en mars 2011, n’ont pas permis le développement escompté du marché photovoltaïque français.

De fait, le manque d’investissement public dans le photovoltaïque est également invoqué de manière récurrente comme facteur explicatif du retard français : à la différence de l’Allemagne, la France n’est pas parvenue à développer une filière industrielle. Pourtant, la France avait réussi à stimuler la recherche, comment en témoignent les études du CEA préconisant un silicium métallurgique permettant de réduire les coûts des panneaux, ou encore la création du consortium PV Alliance.

La France n'est pas la seule

Or, un tour d’horizon sur la situation du marché du photovoltaïque dans les autres pays indique que le retard Français s’inscrit aussi dans une tendance mondiale. Ainsi, en Allemagne, l’entreprise Q-Cells, leader dans le secteur, a annoncé en août 2011 une restructuration après avoir perdu 365 millions d’euros depuis janvier 2011. Similairement, l’entreprise norvégienne REC s’est vue contrainte de fermer l’une de ses usines en novembre. De même, en Grande-Bretagne, la filiale solaire de BP a due être mise en vente. Mais aux Etats-Unis également, Solyndra, Evergreen et Spectrawatt, trois géants de l’énergie solaire, ont récemment fait faillite. Même en Chine, Suntech affiche un bilan négatif pour 2011.

Des raisons techniques

Le mal ne serait donc pas purement français. De fait, le problème fondamental du photovoltaïque repose sur le constat que l’état d’avancement des connaissances techniques empêchent pour le moment un rendement acceptable et nécessitent donc un investissement massif des gouvernements. En ces temps de crise de l’économie mondiale, il n’est donc pas à s’étonner que le marché solaire s’essouffle un peu partout dans le monde. Or, la technologie ne pourra gagner en rendement que grâce à une augmentation de la demande en matériaux de construction, dont le prix très élevé reste l’un des points faibles de l’énergie solaire.

Mais le photovoltaïque n’a peut-être pas encore dit son dernier mot

En effet, l’amélioration du rendement des panneaux solaires pourrait aussi passer par le développement de nouvelles technologies photovoltaïques, comme la solution des « couches minces », qui repose sur l’action sous vide de fines couches uniformes d’un mélange de matériaux en poudre. Le développement de telles technologies, qui n’ira pas sans un investissement considérable dans le domaine de la Recherche & Développement, pourrait permettre à la France de conquérir de nouveaux marchés, si elle se montre capable de saisir de telles opportunités.

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