18e étape du Tour de France : un Thomas Voeckler homérique !

Héroïque Thomas Voeckler, conservant son maillot jaune pour 15'' tandis qu'Andy Schleck, fabuleux, remporte une étape dantesque, au sommet du Galibier.
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Quelle étape ! Dantesque, avec ses cols hors catégories, mais aussi dantesque par les hauteurs de ces cols franchis. Fantastique Andy Schleck, qui a eu l'audace d’attaquer à 60km de l’arrivée ! Fantastique Cadel Evans, qui a su mettre son caractère défensif de côté dans le but d’aller chercher son premier Tour de France ! Et que dire de Thomas Voeckler -en jaune à trois jours de Paris- exceptionnel dans la tactique de course tout comme dans l’effort ! Mais que dire aussi de tous ces coureurs, passant la ligne au bout de leurs forces. Résumé de cette 18e étape du Tour de France, qui rentrera dans la légende, par sa topographie –c’est la première fois qu’une arrivée du Tour culmine à 2 645 mètres, mais surtout par la physionomie de la course, et par la trempe de ces formidables coureurs.

Les Léopard Trek préparent le terrain

Après une première heure de course très rapide, comme à l'accoutumée sur les étapes de cette dernière semaines, l'échappée se dessine après un peu moins de cinquante kilomètres parcourus. Parmi les 19 coureurs qui la composent, il faut signaler les présences de Monfort et Posthuma (Léopard-Trek), ce qui signifie que les leaders devraient attaquer très tôt dans l’étape. En effet, entre le col de l’Izoard, placé à 5km de l’arrivée et le pied du Lautaret, figure une trentaine de kilomètres de plaine. D’où l’intérêt d’avoir des équipiers pour rouler. Et si les Léopard ont placé deux coureurs à l’avant, c’est bien qu’il va se passer quelque chose dans l’Izoard, auquel cas les équipiers seraient rester dans le peloton afin de durcir la course après l’Izoard. Cette prédiction est corroborée dans la fin du col Agnel, avec des pentes très sévères. Après quelques attaques à 6-7 km du sommet (Gilbert, Grivko, Leipheimer), les Leopard accélère le rythme, réduisant de fait l’écart par rapport aux hommes de tête. Conséquence direct : le peloton - jusque là à peu près compact sous l’impulsion du tempo régulier et rythmé des Europcar (Nicloas Roche, 21e du général à 14’ se trouve dans l’échappée) - explose.

Attaque d'Andy Schleck dans l'Izoard

Et certains équipiers lâchent prise tandis que devant, Posthuma imprime le rythme de l’échappée. Au sommet du col Agnel, l’échappée possède 4’56 d’avance sur un contre-attaque où figure notamment Robert Gesink (Rabobank), Rémi Di Grégorio (Astana), David Moucoutié (Cofidis) et Arnold Jeannesson (FDJ), en lice pour le maillot blanc de meilleur jeune tandis que le peloton, désormais emmené par les Europcar et où Contador se situe à l’arrière (bluff ???), se trouve à 5’35.

Puis, dans la seconde difficulté du jour, l’écart remonte sous l’impulsion de Posthuma conjugué au train relativement lent des Europcar, qui n’ont aucun intérêt à revenir vite sur les hommes de tête. La tactique des Leopard prend progressivement forme. A 62km de l’arrivée (7 du sommet de l’Izoard), Andy Schleck demande à Voigt de rouler. Celui-ci, puis O’Grady, se mettent au service de leur leader. Et deux kilomètres plus loin, lorsque ces deux-là s’écartent, le Luxembourgeois démarre. Personne ne suit. Il reste 60 km et Andy Schleck part pour une drôle d’aventure. Mais, à la différence des Pyrénées, où les coéquipiers des Schleck avaient durci la course pour pas grand-chose au final, Andy Schleck a pris ses responsabilités. Et on ne peut pas lui reproché. Il tente le tout pour le tout afin de remonter un handicap de 2’36 sur Thomas Voeckler. Mais surtout, avec un débours de 1’18 sur Evans et une avance pas suffisante par rapport à Contador (44’’) en tenant compte du chrono samedi, le Luxembourgeois est obligé de prendre du temps à ses adversaires directs. Toujours est-il que l’écart croît rapidement entre lui et le groupe des favoris.

Les favoris ne reviennent pas

Et Andy Schleck peut compter sur Maxime Monfort, qui se relève peu avant le sommet de l’Izoard afin d’emmener son leader dans la descente, puis dans la vallée. Au sommet de ce col, Iglinsky, qui a lâché ses compagnons, possède 1’15 d’avance sur Nicolas Roche et surtout 1’50 sur Ady Schleck tandis que le peloton est pointé à 4’04, soit 2’14 d’avance pour le fougueux Luxembourgois. A ce moment précis de la course, les Léopard sont en position de force : Andy à l’avance avec plus de deux minutes d’avance et Fränk à l’arrière.

Concernant Thomas Voeckler, il semble plutôt serein, entouré d’Antony Charteau et de Pierre Rolland. Surtout, il n’a pas bougé quand A.Shcleck est parti, calquant sa course sur Cadel Evans. Le Français fait ainsi preuve d’intelligence en retenant les leçons de l’étape de Gap, où il s’était un peu « grillé » à suivre Contador.

A 32km de l’arrivée, Maxime Monfort et Andy Schleck, qui ont rattrapé Roche, Devenyns et Silin possèdent trois minutes d’avance sur les favoris, emmené par Morabito (BMC), Sorensen (Saxo Bank) et les coéquipiers de Samuel Sanchez (mais ces coureurs sont émoussés par les efforts déjà fournis, ils ont pour la plupart effectué une descente très rapide pour revenir sur le peloton et ont donc déjà fourni beaucoup d’efforts alors que Monfort est resté dans les roues pendant la montée de l’Izoard) tandis que les deux Léopard bénéficient du précieux soutien de Devenyns, peut-être plus longtemps coureur de Quick Step…

A 20 km de l’arrivée, le groupe de tête compte 3’50 d’avance sur le peloton ! Andy Schleck est virtuellement maillot jaune avec 1’14 d’avance sur Voeckler. Ce groupe a donc repris plus 1’30 dans la vallée.

Thomas Voeckler au bout de la souffrance

Deux kilomètres plus loin, Maxime Monfort lâche prise. Accompagnés de Nicolas Roche et Maxime Iglinsky, Andy Schleck va-t-il craquer, lui qui va rouler seul face aux favoris dans le Galibier ? A 13km, alors que l’écart culmine à 4’24 et que ceux-là se regardent, Cadel Evans prend ses responsabilités. S’engage alors un improbable contre la montre entre Andy Schleck et Cadel Evans. L’Australien fait exploser progressivement le groupe, dans le sillage d’un très vif tempo. Rolland et Voeckler paraissent très serein tandis que l’écart se réduit seconde par seconde. On se demande pourquoi Pierre Rolland ne relaie pas Evans, formidable d’ablégation (en fait très intelligemment, ils n’ont pas roulé, de peur de craquer, ce qui s’est vérifié sur les 500 derniers mètres). Devant, le Luxembourgeois souffre sous l’effet conjugué de la pente, de la hauteur du Galibier et des efforts déjà consentis. Evans, lui, bouche grande ouverte, s’évertue à réduire l’écart pour conserver un chance de victoire finale tandis que Sanchez puis Contador craquent ! L’écart se réduit à mesure que les mètres défilent et on se plaît à croire que Voeckler va conserver sa tunique jaune. Héroïque dans l’effort, soutenu psychologiquement par son non moins héroïque coéquipier Pierre Rolland (on en reparlera dans les années à venir, c’est certain), il passe la ligne à l’agonie, point gauche levé, et portera le maillot jaune un dixième jour demain, dans une étape qui s’annonce tout aussi passionnante .

Le classement de l'étape : ici

Le classment général à l'issue de la 18e étape : ici

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