Nadal-Federer : la légende du tennis en finale de Roland Garros

Suite à un combat épique face à Djokovic, Federer dispute sa 4e finale contre Nadal à Roland Garros. Après trois défaites, peut-il vaincre l'Espagnol?

Ce Roland Garros 2011 va s'inscrire dans la légende du tennis. La finale va d'ailleurs mettre aux prises deux extraterrestres de ce sport. Avec d'un côté, Rafael Nadal, huit tournois du Grand Chelem glanés, dont cinq Roland Garros. Et de l'autre, Roger Federer, l'élégance suprême, la quintessence même du tennis et ses seize Grands Chelems. Que l'on ne s'y trompe pas, on vit actuellement une des périodes les plus fastes du tennis masculin. Car, en sus de ce duo de choc dont l'avenir s'écrivait en pointillé (Federer sur le déclin...), un troisième protagoniste s'immisce tout en haut de l'affiche : Novak Djokovic.

Un Roland Garros 2011 riche en symbole

Le Serbe peut prendre la place de numéro 1 mondial en cas défaite de Rafael Nadal. Numéro 1 mondial, Roger Federer a trusté cette place pendant 285 semaines. Et le Suisse a livré une de ses prestations les plus abouties pour stopper la série de 41 victoires de Novak Djokovic. Une victoire en plus et le record de John McEnroe était égalé... Quant à Rafael Nadal, bien que moins impressionnant que les années précédentes, à exactement 25 ans et trois jours, il peut égaler le record de victoires à Roland Garros que Björn Borg avait acquis à ....25 ans et un jour. Les symboles, encore... C'est pour tout cela que ce Roland Garros 2011 restera à jamais dans les annales

Le signal de Federer

Et si Roger Federer venait à s'imposer, le Suisse s'inscrirait encore un peu plus dans la légende de son sport, lui qui vient de prouver qu'il n'est pas sur le déclin. En termes de palmarès et de records bien entendu, mais aussi de qualité de jeu. Car contre Djokovic, le niveau de jeu atteint sur une surface qui n'est pas la meilleure pour lui est tout simplement exceptionnel. Justement, est-il en mesure de rééditer cette performance contre Nadal?

Une concentration extrême

Roger Federer restait sur trois défaites consécutives contre Novak Djokovic. Il n'avait donc pas l'ascendant psychologique sur le Serbe. Et on entendait ici et là le complexe Djokovic, tout comme le complexe Nadal sur terre battue. En demie , le Suisse a fait totalement abstraction de cela et est entré sur le court avec une obsession : la victoire. En atteste le fait qu'il a breaké le Serbe dès le premier jeu. D'autre part, il a montré tout au long de la partie une détermination exceptionnelle. Demeurant impassible quel que soit les circonstances, et hormis quelques "Come on" légitimes, le Suisse a constamment maîtrisé ses émotions, au contraire de Djokovic, exprimant sa frustration. Et contre Nadal, que va t-il advenir ? L'homme aux 16 Grands Chelems est-il capable de réitérer un tel niveau de concentration ? Son expérience du plus haut niveau lui sera certainement précieuse afin "d'oublier" cette demi-finale pour se projeter uniquement sur son objectif : battre Rafael Nadal.

Evolution positive pour Nadal

Concernant ce denier, et son body language négatif durant cette quinzaine, peut-il se sublimer lors de cette finale? N'oublions pas que l'on attendait que Robin Soderling mette en difficulté l’Espagnol. Et celui-ci a su élever son niveau de jeu au moment idoine. La différence entre Soderling et Federer est cependant abyssale. L'un dispose d’un service et d’un coup droit à plat colossal, l'autre possède...quasiment tous les coups.

La clé du match résidera notamment dans la capacité du Suisse à bien servir, comme il l'a fait contre Djokovic (77% de points glanés derrière sa première balle et 18 aces !). Et surtout, bien servir dans les moments importants, comme il l'a remarquablement réalisé durant le tie-break décisif du quatrième set. Lors de leur dernière confrontation, à Madrid, sur terre battue donc, Rafael Nadal l’avait emporté en trois sets. Le Suisse avait « seulement » remporté 65%de points derrière sa première balle. A contrario, lors sa dernière victoire face au propriétaire de Roland Garros (une seule défaite en 45 matches), sa première balle lui avait permis de gagner 92% de points ! Et d’autre part, il avait déployé une précision chirurgicale sur la mise en jeu du Majorquin avec un total de trois breaks réalisés…sur trois possibles. En revanche, à Madrid, il affichait un ratio de 11% (2/11) ! Et le Suisse a seulement converti 4 balles de break contre Djokovic en demi-finales sur 25 possibilités.

C’est ainsi que contre Nadal, il devra convertir les moindres occasions face à un adversaire qui élève constamment son niveau de jeu dans les moments importants –contre Murray, il a sauvé 15 balles de break (15/18).

Bras de fer mental

Du point de vue du jeu, si Roger Federer se montre aussi agressif, notamment en retour, qu’en demi-finale, il devrait poser de nombreux problèmes au quintuple vainqueur de Roland Garros, tandis que défensivement, le Bâlois a réalise des points « nadaliens » en ramenant un grand nombre de balles, qui a priori, s’avéraient hors de portée. Très efficace au filet contre Djokovic (15/19), la volée pourrait également être un atout substantiel dans la palette du Suisse, face à un adversaires extrêmement précis en passing.

« Pas le droit de perdre dans ces premiers tours »

Et d'un point de vue mental, le bras de fer sera engagé entre les deux joueurs. Federer a réagit de manière incroyable lorsque Djokovic servait pour égaliser à deux sets partout. Concernant Nadal, la tête est l'un de ses points forts, sinon LE point fort de son jeu. En témoigne son retour contre Isner au premier tour, mais aussi l’évolution positive de son jeu durant la quinzaine. Néanmoins, n'en a t-il pas trop dit en avouant sa lassitude face aux médias ? Il a révélé aussi à ce propos dans L’Equipe : « Le problème est que je pensais que je n’avais pas le droit de perdre dans ces premiers tours, sinon mon classement allait en prendre un coup. Mais maintenant, je n’ai plus cette peur de perdre beaucoup de points » . Un aveu aussi étonnant que réaliste à l’aube d’une finale de Grand Chelem. Et à l’aune de cette déclaration, on peut légitimement se demander comment l’Espagnol va réagir s’il se retrouve en difficulté ou malmené, en sachant qu’en cas de défaite, il perdrait sa place de numéro 1 mondial.

Et le public ?

Enfin, le public parisien a clairement choisi son camp en demi-finale. Emu en entendant les « Roger Roger » du Philipe Chatrier en guise d’hommage à la performance du Suisse, est-ce que Federer sera aussi soutenu qu’en demi-finale ?

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