Grand Prix de Bahreïn 2011: une annulation qui interpelle

Pas de Grand Prix de Bahreïn cette année. Les révoltes agitant le pays ont eu raison de la course. F1 et droits de l'Homme font-ils bon ménage?

C'est une première. Le Grand Prix de Bahreïn a été annulé en raison des troubles qui agitent le royaume depuis quelques semaines. Il devait se dérouler le 13 mars sur le circuit de Sakhir, à une vingtaine de kilomètres de la Place de la Perle, lieu désormais symbolique de la protestation antigouvernementale. Pour les autorités bahreïnies, la priorité est ailleurs. Et cela se comprend.

«Nous sentons qu'il est important pour le pays de se concentrer sur des problèmes de l'intérêt de la nation. La priorité pour Bahreïn est de surmonter la tragédie et de retrouver l'unité», a déclaré le prince héritier de Bahreïn, Salman bin Hamad Al Khalifa, dans des propos relayés par Le Figaro.fr. Les essais d'avant-saison qui devaient se dérouler sur le même circuit du 3 au 6 mars ont été délocalisés à Barcelone. Le jeu n'en vaut pas la chandelle. De plus, la sécurité des acteurs de la Formule 1 n'aurait pas pu être assurée.

Un énorme manque à gagner

Une annulation qui ressemble donc à la décision la plus logique qui soit. Surtout que maintenir le Grand Prix aurait été catastrophique pour l'image de la Formule 1. Et sa trésorerie. Dans un cas comme celui-ci, les enjeux sportifs sont insignifiants. C'est d'un point de vue financier qu'un problème se pose. Selon Formula Money, sorte de barème économique de la F1, le manque à gagner s'élève à 72,5 millions d'euros (M€). Les équipes sont les grandes perdantes, puisqu'elles auraient dû recevoir pas moins de 30 M€. Pour une fois, le sport business recule devant la raison.

Mais Bernie Ecclestone, le grand argentier de la F1, ne désespère pas de voir la course se dérouler d'ici à la fin de la saison. «Si tout est paisible, comme nous l'espérons, nous ferons de notre mieux pour remettre l'épreuve dans le calendrier» , explique-t-il dans le quotidien britannique Daily Telegraph . Reste que l'annulation du Grand Prix de Bahreïn est un véritable camouflet à ses choix d'externalisation de la F1.

F1 et politique antagonistes?

Jamais dans l'histoire de la Formule 1 un Grand Prix a été annulé pour des raisons politiques. Pourtant, le cirque de la Formule 1 a souvent eu l'habitude d'aller poser ses roues dans des pays où les droits de l'Homme n'étaient pas une priorité. En 1986, la Hongrie est devenue le premier pays à organiser un Grand Prix de l'autre côté du rideau de fer, et malgré un régime répressif. Depuis 2004, La Chine a aussi son Grand Prix. Elle n'est pourtant pas le pays où les droits de l'Homme sont le plus respectés. Des troubles agitent d'ailleurs le pays depuis quelques semaines.

La politique suivie par Bernie Ecclestone depuis quelques années délocalise la Formule 1 vers les pays du Moyen-Orient et de l'Orient. Là où l'argent coule à flot. Des pays où le processus démocratique n'est pas encore achevé, pour ne pas dire amorcé. La F1 doit-elle ignorer cette caractéristique? Non, car l'annulation du Grand Prix de Bahreïn pourrait en appeler d'autres.

Sur le même sujet