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RADOUANE BNOU-NOUÇAIR

Publié dans : Les articles Culture de Radouane Bnou-Nouçair

Le film « 12 hommes en colère », un grand moment de cinéma

Le cinéma a produit beaucoup de films captivants, depuis sa naissance mais les films capables de tenir le spectateur en haleine du début à la fin sont rares

L’œuvre « 12 hommes en colère » en fait partie.

Synopsis

Un jeune homme d’origine hispanique, accusé du meurtre de son père, est traduit devant la Cour de justice de New York. Comme il risque la peine capitale, la loi américaine exige, pour prononcer la sentence, l’unanimité d’un jury composé de 12 personnes.

Tout le film, à l’exception de quelques minutes au début et à la fin, se déroule à huis clos dans la salle de délibérations. Les douze hommes procèdent rapidement au vote. Tous votent coupable sauf un (Henry Fonda), un architecte symboliquement vêtu de blanc. Sommé de se justifier, il explique qu’il a un doute et que la vie d’un homme mérite bien quelques minutes de discussion.

Puisque le vote n’est pas unanime, les jurés vont devoir mener des discussions pour se convaincre mutuellement. A partir de là, les jurés vont être amenés à décortiquer le déroulement des événements et le film va commencer à se nourrir des infimes détails susceptibles de susciter le doute. C’est l’architecte qui va persuader les autres jurés, pris un par un, en leur démontrant les failles, parfois minimes, de leurs accusations qui ne permettent pas de déclarer l’accusé coupable.

Analyse du film

La force du film réside dans la qualité exceptionnelle du scénario qui a pu fournir les ingrédients nécessaires à un huis clos parfait : l’atmosphère oppressante de réclusion et le suspens haletant entretenu par la situation d’un jeune homme risquant la peine de mort à tout moment.

Sydney Lumet a eu le mérite de reproduire cette tension par des techniques scéniques. C’est ainsi que le jour des délibérations coïncide avec le jour le plus chaud de l’année. Tous les jurés transpirent, se plaignent et ont hâte d’en finir pour aller vaquer à d’autres occupations. La ventilation, en panne, ce jour là, va jouer le rôle d’amplificateur de la tension ambiante. Le réalisateur profite de cette situation gênante pour montrer comment des petits problèmes de la vie quotidienne font passer au second plan la vie d’un homme.

Le génie de Sydney Lumet, c’est d’avoir pu entretenir le film en exploitant les infimes détails qui, non seulement vont donner de la puissance aux mots utilisés par les belligérants mais aussi leur fournir les arguments nécessaires à la persuasion. C’est ainsi que chacune des pièces à conviction(le couteau, les témoignages, le plan de l’appartement, etc.) sont passés au crible, malgré les souvenirs désordonnés qu’elles suscitent chez les jurés.

La mise en scène est remarquable ; le spectateur est tenu en haleine, tout au long du film, par les arguments des uns et des autres.

L’architecte (Henry Fonda), petit à petit, va faire céder les autres jurés qui, bien qu’encore non convaincus de l’innocence de l’accusé, vont finir par admettre l’existence d’un doute légitime.

Le film envoie, en fait, deux messages profonds au spectateur :

1. Peut-on véritablement rendre une décision juste et objective indépendamment de nos considérations personnelles ?

En effet, au fur et à mesure que les délibérations avancent, les différents jurés sont non seulement confrontés à la justesse des arguments enrichis de la précision des détails, mais aussi à l’interférence du cheminement de leur vie et de leurs problèmes personnels qui influent, inévitablement sur leur décision

C’est ainsi que le dernier juré récalcitrant fondera en larmes en avouant ne pas avoir vu son jeune fils depuis deux ans.

2. Sans faire un plaidoyer contre la peine de mort, Sydney Lumet suscite la question suivante : comment douze jurés tirés au sort, ne connaissant pas l’accusé, ayant une version souvent incomplète des faits et qui n’ont pas directement assisté à la scène, peuvent-ils décider de la vie d’un homme ?

Mais, en même temps, le réalisateur rend hommage à la justice de son pays qui n’autorise l’envoi d’un homme à la mort que s’il est déclaré unanimement coupable.

Comme ce film est un véritable plaidoyer pour une justice plus égalitaire, il reste, plusieurs années après sa sortie, d’une effrayante actualité.

Distribution: Henry Fonda, Martin Balsam, John Fiedler, Lee J. Cobb, E.G. Marshall.

Réalisation technique

--Titre original : 12 Angry Men

---Réalisation : Sidney Lumet

--Scénario : Reginald Rose

--Producteur : Henry Fonda

Distinctions-Récompenses

--1957 : Ours d'or au Festival International du film de Berlin

--1957 : Mention spéciale au Festival international du film de Locarno

--1958 : BAFTA du meilleur acteur étranger pour Henry Fonda

--National Film Preservation Board en 2007.

À propos de l'auteur

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RADOUANE BNOU-NOUÇAIR

Radouane Bnou-Nouçair Ingénieur diplômé de l'École nationale des travaux
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