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RADOUANE BNOU-NOUÇAIR

Publié dans : Les articles Culture de Radouane Bnou-Nouçair

« Rashomon », le film culte d'Akira Kurosawa

Rashomon est, non seulement le chef d'œuvre de Kurosawa mais c'est aussi, un des plus grands films de l'histoire du cinéma.

Même si les cinéastes (Metteurs en scène, scénaristes, acteurs, techniciens, etc.), aujourd’hui, sont plus nombreux, mieux formés, plus expérimentés et, bien qu’ils disposent de plus de moyens, il y a peu de chance qu’ils puissent sortir un film d’une telle valeur.

Résumé du film

Dans le Japon du 11 ème siècle, ravagé par les guerres et la famine, trois hommes s’abritent de la pluie sous le portique d’un vieux temple en ruines, Rashômon. Un jeune moine et un vieux bûcheron sont encore terrifiés par le procès auquel ils viennent d’assister. Ils sont si troublés qu’ils attisent la curiosité d’un voyageur qui a capté leur récit.

Le crime, objet du procès, est simple et dramatique, à la fois : un samouraï est tué et sa femme est violée. Qui a donc tué le samouraï?

Le bandit Tajomaru, la femme, un bucheron qui serait passé par là ou le mari qui se serait suicidé?

Les témoins nous présentent trois versions : celle du bandit Tajomaru, celle de la femme et, même celle du mari, décrite par un médium.

Toutes ces versions sont plausibles même s’il y en a qu’une seule de vraie.

Pourtant, malgré la noirceur de l’âme humaine illustrée par ce crime, l’auteur lance un message d’optimisme concernant la bonté de l’âme humaine. En effet, les trois hommes découvrent un bébé abandonné et l’un d’eux décide de l’adopter.

Analyse du film

« Rashomon » est le film qui révéla au monde, non seulement Akira Kurosawa mais aussi, le cinéma japonais.

Bénéficiant d’une interprétation hors pair, le récit assisté d’une caméra manipulée par des virtuoses, entraîne le spectateur dans un dédale d’ombres et de lumières, où le témoignage contradictoire et les suspicions obscurcissent la réalité.

C’est d’abord par le biais d’un plan fixe que commencent les témoignages des différents acteurs de ce drame, avant de se poursuivre par de longues séquences illustrant les trois différentes versions du crime.

Finalement, c’est cette quête de la vérité qui constitue le thème central du film comme l’a si bien exprimé Paul Watzlawick dans « La réalité de la réalité »( Seuil, Paris, 1976) : « De la réalité, chacun se fait une idée. Dans les discours scientifiques et politiques, dans les conversations de tous les jours, nous renvoyons en dernière instance au référent suprême : le réel. Mais où est donc ce réel? Et surtout, existe-t-il réellement? De toutes les illusions, la plus périlleuse consiste à penser qu’il n’existe qu’une seule réalité. En fait, ce qui existe, ce sont différentes versions de la réalité, dont certaines peuvent être contradictoires, et qui sont toutes l’effet de la communication et non le reflet de vérités objectives et éternelles ».

Lorsque le spectateur est transporté au cœur de la forêt sauvage qui sert alors de théâtre pour la tragédie, il y découvre les noirceurs de l’âme humaine et les faiblesses de sa nature.

Tous les acteurs du drame mentent(même le mort) pour défendre leurs intérêts propres et leur image.

Mais c’est au moment où tout le monde est convaincu des faiblesses de l’âme humaine qu’Akira va exprimer son message final. Le genre humain n’est pas irrécupérable et il est capable d’élans de générosité, comme ce paysan qui décide d’adopter un enfant abandonné.

La pluie, le vent et même la tempête permettent à Kurosawa d’illustrer, de manière récurrente, les tourments de ses personnages et d’offrir aux spectateurs les passages les plus dramatiques de son film.

Kurosawa ne donne pas de réponse à l’énigme; il fait plutôt un constat pessimiste sur la nature humaine et insiste sur ce grand péché que l’être humain porte en lui, dès la naissance; à savoir, l’égoïsme.

Un film sobre, riche et beau; un pur chef d’œuvre.

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Fiche technique

--Titre original : Rashomon

--Réalisation : Akira Kurosawa

--Scénario : Shinobu Hashimoto, A. Kurosawa, d'après deux nouvelles d'Akutagawa Ryunosuke

--Musique : Fumio Hayasaka

--Durée : 88 minutes

--Sortie : 1950

Distribution

--Toshir? Mifune : Tajomaru, le bandit

--Masayuki Mori : Tashehiro, le samouraï

--Takashi Shimura : Le bûcheron

--Machiko Ky? : Masago, la femme

--Daisuke Kato : Le policier

--Fumiko Honma : La sorcière

À propos de l'auteur

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RADOUANE BNOU-NOUÇAIR

Radouane Bnou-Nouçair Ingénieur diplômé de l'École nationale des travaux
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