Les laissés-pour-compte du football-business

Sport adulé et pratiqué par des millions d'individus sur tous les continents, le football génère de l'espoir et attire les opportunistes.

À ses débuts, le football était facile d’accès puisqu’il suffisait d’avoir un ballon (même en chiffons) et de disposer d’un peu d’espace pour courir. Aujourd’hui, l’urbanisation accélérée a raréfié les espaces de jeux et l’argent a conditionné ce sport. C’est ainsi que le football amateur a, peu à peu, été marginalisé au profit d’un football d’élite (par opposition au football de masse) très exigeant en matière physique, technique et tactique.

Si, jadis, les joueurs doués naissaient dans les terrains vagues ou dans les quartiers populaires, l’urbanisation a changé la donne et a compliqué la tâche des recruteurs. Ces derniers doivent , de plus en plus, se déplacer dans les écoles, les universités, assister aux tournois locaux, voyager dans les contrées les plus éloignées, dans les pays pauvres, en Amérique Latine et en Afrique, non seulement pour trouver les perles rares, mais aussi et surtout renforcer l’effectif des centres de formations occidentaux .

Dans ce système impitoyable, ceux qui auront la chance d’arracher un contrat professionnel sont une infime minorité comparativement aux nombreux «laissés-pour-compte» qui sont jetés à la rue, frustrés, sans avenir, avec des rêves brisés.

Les perdants du football-business

L’hyper médiatisation des vedettes de football, issues pour la plupart de milieux modestes, à l’instar des Pelé, Maradona ou Zidane, a entretenu l’idée que le football constituait un tremplin pour l’ascension sociale. Il est vrai que certaines réussites peuvent marquer les esprits mais elles ne constituent que des exceptions comme tendent à le prouver les milliers de laissés-pour-compte.

Les gâchis des centres de formation

Les centres de formations sont devenus, pour la plupart des grandes nations de football, des pépinières où l’on forme les futurs titulaires voire les stars des clubs professionnels. Malheureusement, les objectifs de performance à tout prix ont transformé ces centres en de véritables casernes où les candidats sont assujettis à des entraînements intensifs pour des chances de succès minimes.

De plus, ces centres façonnent négativement la personnalité. En effet, coupés carrément du monde pour une longue période, les jeunes mènent une vie recluse dont les modalités sont minutieusement réglées; ils sont perpétuellement encadrés. Ce qui annihile leurs capacités de création et cultive chez eux un sentiment de soumission.

La filière brésilienne

Les cas de Ronaldo, Ronaldinho, Kaka ou Robinho sont des success-story hyper médiatisées qui constituent l’arbre qui cache la forêt de magouilles d’un business qui fait la fortune d’agents véreux spécialisés dans la vente de joueurs brésiliens.

L’attirance pour les joueurs brésiliens s’explique, bien sûr, par les réussites exceptionnelles des stars du pays, mais aussi par l’importance et le renouvellement de l’effectif. Pour Alejandre Bittencourt, rabatteur du club de Fluminense à Rio De Janeiro, «les joueurs brésiliens sont comme une récolte: chaque année, vous en vendez 800 dans le monde entier et l’année suivante, une nouvelle récolte est prête».

La traite des footballeurs africains

Le nombre de joueurs africains évoluant dans les différents clubs professionnels européens (Ligue 1 et 2 confondues) dépassent les 500. Malheureusement, le chiffre atteint n’est pas le fruit d’une politique concertée entre les responsables des fédérations africaines et les instances sportives officielles européennes; il n’est hélas, à de très rares exceptions près, que le résultat d’un circuit «mafieux» bien rodé qui laisse sur le carreau des centaines de «laissés-pour-compte» qui vont gonfler les statistiques de l’immigration clandestine.

La réussite exceptionnelle de quelques joueurs africains a poussé de nombreux jeunes du continent, doués pour le football, certes, mais souvent naïfs, à croire qu’il était facile d’atteindre les cimes du football mondial. C’est souvent cette fragilité mentale qui les fait tomber dans les bras d’agents européens sans scrupules qui sillonnent le territoire africain à la recherche de la perle rare. Ces agents touchent entre 5 et 20% du montant du transfert de leur «poulain» dès qu’il signe un contrat. Ces rabatteurs ne reculent devant rien: payer la famille, corrompre un fonctionnaire, racheter des contrats, payer une lettre de sortie à la fédération…

De plus, si le joueur est accepté dans un club pro, ils n’hésitent pas à payer des «dessous de table» aux dirigeants du club acheteur. Mais au moindre pépin (test non concluant, blessure, désaccord financier,…), l’agent disparaît et abandonne le jeune Africain à son destin. C’est ainsi que des centaines d'entre eux se retrouvent seuls, exilés, sans papiers, sans ressources et sans avenir.

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