Sport et argent: le football-business

Le célèbre cabinet londonien d'audit Deloitte vient de révéler la liste des dix clubs les plus riches du monde; cette liste ne comporte aucune surprise.
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Le classement des clubs les plus riches pour la saison 2009-10 ressemble étrangement à celui des années précédentes, notamment pour les cinq ou six premiers.

Les dix clubs les plus riches du monde

Selon le Cabinet Deloitte, le classement pour 2009-10 serait le suivant:

1. Real Madrid: 438,6 millions d'euros

2. FC Barcelone: 398,1 M€

3. Manchester United: 349,8 M€

4. Bayern Munich: 323 M€

5. Arsenal: 274,1 M€

6. Chelsea: 255,9 M€

7. AC Milan: 235,8 M€ (+3)

8. Liverpool: 225,3 M€ (-1)

9. Inter Milan: 224,8 M€

10. Juventus: 205 M€ (-2)

Cependant, le plus intéressant à noter, au moment où se jouent les huitièmes de finales de la Ligue des Champions, c’est que huit de ces dix clubs sont encore engagés à ce stade de la compétition. D’où la conclusion logique et banale, à la fois: ce sont les clubs les plus riches qui sont les plus performants. Car le football est devenu une affaire d’argent. Le football est devenu le football-business.

L’avènement du football-business

Le sport, il y a quelques années, vivait dans l’amateurisme et c’était par pur plaisir, par simple amour des différentes disciplines, que les pratiquants se lançaient des défis pour aller aux limites de leurs possibilités et même se surpasser. C’est ainsi que naquirent des athlètes charismatiques qui symbolisaient, à eux seuls, par leurs exploits, toute la discipline. Pour les spectateurs, toute la discipline sportive se confondait avec le champion qui y brillait. Ces idoles servaient d’exemples aux jeunes qui rêvaient de leur ressembler.

C’est dans un tel environnement que Pierre De Coubertin a pu lancer fièrement: « L’essentiel, c’est de participer !».

Le rôle des chaînes de télévision

La télévision, en rapprochant les exploits des athlètes et les compétitions de ses clients (les téléspectateurs), a bouleversé la donne. Le sport, devenu spectacle, attirait maintenant des millions de téléspectateurs. Les entreprises commerciales ne pouvaient rester insensibles à un tel marché, facilement accessible à leurs campagnes de promotion.

Par conséquent, les entreprises, heureuses de pouvoir communiquer via la télévision avec des millions, voire des milliards de clients potentiels dans le monde, devinrent des sponsors et investissèrent aveuglément dans le domaine sportif.

Les responsables des principaux organismes gérant le sport dans le monde (CIO, FIFA, particulièrement) flairèrent les immenses profits qu’ils pourraient tirer de cette nouvelle situation du sport et, surtout, de ce rapprochement entre les entreprises et le public sportif.

Les actions de la FIFA et du CIO

Ils vont exploiter cette situation en lançant des actions selon quatre axes:

1. Multiplier les compétitions pour augmenter le nombre d’occasions offertes aux sponsors pour communiquer directement avec les clients potentiels;

2. Restreindre l’accès aux compétitions pour les chaînes de télévisions pour faire monter les enchères et créer une grande concurrence entre elles pour augmenter régulièrement les droits de télédiffusion;

3. S’assurer de partenariats solides et rémunérateurs avec des multinationales désireuses de faire de la promotion à l’échelle planétaire;

4. Mettre les grands clubs professionnels et les fédérations nationales de son coté, voire les assouvir en leur distribuant des pécules issues de la sponsorisation et des droits de télévisions.

L’argent dope les performances

Mais pour que tous ces projets aboutissent, il faut des performances hors norme, pour entretenir l’intérêt des milliards de spectateurs à travers le monde. C’est ainsi que la pression va être mise sur les sportifs, via des cachets démentiels, pour qu’ils se surpassent. C’est ainsi que l’appât du gain a transformé la plupart des athlètes en machines à performances. Et tous les moyens sont devenus bons (y compris ceux qui sont illégaux comme le dopage) pour réaliser des performances.

Sans négliger les autres sports (comme l’athlétisme, la boxe, le cyclisme, etc.), c’est le football qui est le cas le plus significatif à cause de sa plus grande popularité et de la richesse des grands clubs professionnels.

Ces importantes rentrées d’argent (par la sponsorisation et les droits de télévision) ont créé une énorme concurrence entre les grands clubs professionnels qui ont commencé, de leur côté aussi, a faire monter les enchères en recrutant les meilleurs joueurs du monde et les plus grands entraîneurs. Cette tendance a été boostée par l’arrêt Bosman qui a libéralisé les transferts. La recherche de la performance a donc créé une véritable course aux recrutement qui , elle-même, a généré une terrible inflation des salaires. Celle-ci va atteindre son paroxysme lors du recrutement du Portugais Cristiano Ronaldo par le Real Madrid en 2009 (pas moins de 93.3 millions d’euros!).

L’effet pervers de cette situation, c’est qu’aujourd’hui, non seulement l’inflation des salaires continue mais aussi, et surtout, l’écart entre les riches et les pauvres ne fait que s’accentuer. Le défi du football, aujourd’hui, est de stopper ce tourbillon qui met en danger toute la discipline. Mais le peut-il ?

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