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RAHMOUNA OUARDIGH

Publié dans : Les articles Histoire de Rahmouna Ouardigh

Les premiers Habsbourg

La Maison de Habsbourg est une importante famille royale d'Europe connue pour avoir fourni tous les monarques du Saint-Empire romain germanique

Depuis cinquante ans, le trône impérial était inoccupé. Enfin, en 1273, les seigneurs allemands se mirent d’accord sur la personne de Rodolphe de Habsbourg. Ce choix était dû à sa réputation d’homme modeste, sage et intelligent. Même sur le trône, Rodolphe ne portait qu’un simple manteau gris. On rapportait qu’il le raccourcissait en campagne, pour donner un exemple de modestie ! On pouvait tout attendre d’un tel homme.

Une dynastie impériale

Les Habsbourg apparurent sur le devant de la scène européenne au milieu du XIIIe siècle et ne quittèrent plus celui-ci jusqu’en 1918. Il y eut une époque où ils gouvernèrent pratiquement toute l’Europe, à l’exception de la France ; leurs possessions s’étendaient alors jusqu’en Amérique, du Mexique à la Terre de Feu : on disait que le soleil ne se couchait jamais sur le gigantesque empire des Habsbourg. Cette puissance, qui explique pourquoi la couronne impériale fut, à partir de 1438, presque toujours confiée à un Habsbourg, fut le résultat d’une longue et obscure lutte menée aux XIe et XIIe siècles en Europe centrale par de petits seigneurs pour agrandir pas à pas leurs fiefs. Mais personne alors n’aurait pu prévoir un si glorieux avenir.

Les origines des Habsbourg

On admet généralement que la famille des Habsbourg descendait du duc d’Alsace Etichon et qu’elle s’établit au Xe , en Suisse du Nord, dans le canton d’Argovie. Le premier comte de Habsbourg, ou plus exactement, de Habichtsburg, ce qui signifiait « château des autours », fut Werner, un petit noble qui fit construire le premier château de la famille. Ses successeurs multiplièrent ensuite leurs possessions aussi bien en Suisse septentrionale qu’en Haute-Alsace, où ils fondèrent, par exemple, le couvent d’Ottmarsheim. Durant cette période, qui s’étendit jusqu’au XIII e siècle, ils furent soutenus par la puissante famille des Hohenstaufen, de laquelle sortirent de grands empereurs comme Frédéric Barberousse et Frédéric II. C’est précisément au moment où les Hohenstaufen disparurent que commença l’ascension des Habsbourg, avec l’énergique et intelligent Rodolphe Ier.

Rodolphe Premier, l’ambitieux

Balzac disait que « derrière toute grande fortune, il y’a toujours un grand crime »et, de fait, les violences ne sont pas absentes de l’histoire des Habsbourg. Au cours d’une nuit d’hiver 1242, une poignée d’hommes armés, guidée par Rodolphe de Habsbourg, pénétra dans le château d’un seigneur suisse, Hugo Tuffenstein. Après avoir tué ce dernier, Rodolphe s’appropria son fief. C’est par des procédés semblables, ainsi que par des campagnes militaires victorieuses que l’énergique Rodolphe se rendit maître d’une grande partie de la Suisse et de l’Allemagne du Sud.

C’est alors qu’il révéla tout son sens politique. Il inaugura une pratique qui fut suivie par les Habsbourg après lui : plutôt que de s’aventurer dans des guerres hasardeuses, il jugea plus profitable d’obtenir autant et mieux par une habile politique d’alliances matrimoniales. C’est ainsi que Rodolphe épousa l’héritière d’une puissante famille germanique, Gertrude de Hohenberg, qui lui apporta ses terres en dot.

Malgré sa puissance nouvelle, il résista à la tentation de postuler immédiatement le trône impérial, ce qui l’aurait obligé de partir guerroyer en Italie ; il préféra sagement fortifier d’abord son pouvoir en Allemagne et s’acquit ainsi la reconnaissance de ses sujets ;

Le premier empereur Habsbourg

L’Empire germanique, qui avait été solidement reconstitué par Frédéric Barberousse et que Frédéric II avant défendu avec ténacité et intelligence, était en pleine crise. Frédéric II était mort, et aucun de ses successeurs ne réussit à redonner sa stabilité au pouvoir impérial. En 1254, à la mort du dernier d’entre eux, Conrad IV, le trône resta inoccupé. La papauté, les communes italiennes, les grands princes et les rois passèrent à l’offensive. Dans un monde germanique en pleine anarchie, chaque seigneur entra en lutte contre ses voisins dès qu’il entrevit une possibilité d’étendre ses domaines, ou de se rapprocher du trône.

Celui- ci était convoité par de nombreux princes : Guillaume de Hollande, Richard de Cornouailles et même Alphonse de Castille y prétendirent à tour de rôle. Cette période, appelée le Grand Interrègne, dura jusqu’en 1273.

Rodolphe de Habsbourg, qui s’était attiré le soutien des grands barons allemands en restant fidèle jusqu’au bout à la famille des Hohenstaufen, récolta alors les fruits de son attitude.

L’empereur, un souverain élu

Rodolphe fut élu roi de Germanie le 1er octobre 1273 et couronné empereur à Aix-la-Chapelle trois semaines plus tard. Le Saint Empire romain germanique avait en effet la particularité d’élire ses souverains : ce caractère électif de la charge suprême traduisait l’organisation fédérale de l’Empire et le lien assez lâche existant entre des principautés qui maintenaient leur autonomie, sous l’autorité lointaine de l’empereur.

Depuis le XIe siècle, l’élection revenait à sept grands Électeurs : quatre laïcs (le roi de Bohême, le margrave de Brandebourg, le duc de Saxe, le comte du Palatinat) et trois ecclésiastiques (les princesses évêques de Mayence, de Cologne et de Trêves). Ces puissants personnages n’étaient pas forcément ceux qui possédaient les territoires les plus importants : ainsi le duc de Bavière, qui gouvernait un immense domaine, n’était pas électeur.

Les sept s’étaient donc mis d’accord pour élire un prince qu’ils pensaient inofensif. La suite des événements allait révéler leur erreur. Dès son élection, Rodolphe demanda au roi de Bohême la restitution à l’empereur de fiefs en sa possession. Ce souverain, naturellement, refusa. Il s’ensuivit une guerre au cours de laquelle le roi de Bohême fut tué au combat. Son fils Wenceslas, qui lui succèda, perdit de grandes étendues de son territoire, dont les Habsbourg, s’emparèrent. Rodolphe fit de l’Autriche, de la Styrie et de la Carinthie sa possession personnelle, ce qui scandalisa les princes allemands.

Il déplaça ainsi vers l’est le centre de gravité des possessions des Habsbourg, dont le destin fut désormais lié à celui de l’Autriche. Mais Rodolphe s’occupa aussi très activement de l’Allemagne. Durant tout son règne, il lutta contre les nobles brigands qui troublaient la paix de ses États. Il les attaqua sur place dans leurs repaires. Il fit raser leurs châteaux forts. Dans la seule forêt de Thuringe, il fit démanteler, au cours de la même année, plus de soixante de ces manoirs.

Après un règne qui n’avait pas connu un moment de repos, Rodolphe mourut à l’âge de soixante-treize ans. Quand son médecin lui annonça qu’il ne lui restait que peu de temps à vivre, l’empereur dit : « Allons à Spire où reposent déjà mes prédécesseurs ! » Sur son passage, la foule se massa en grand nombre pour voir une dernière fois son vieux souverain. Peu de temps après son arrivée à Spire, Rodolphe rendit l’âme et fut enterré à côté des Hohenstaufen.

Une éclipse de deux siècles

À sa mort, en 1291, Rodolphe laissait à son fils Albert une base territoriale solide. Mais il ne put lui assurer sa succession sur le trône impérial : les grands Électeurs et les autres princes allemands estimèrent que l’ascension des Habsbourg avait été trop rapide et qu’il convenait de les écarter.

La dynastie connut alors une éclipse politique, qu’elle mit à profit pour enraciner son pouvoir sur les terres d’Autriche et sur celles de la Suisse. Mais ils rencontrèrent une résistance inattendue dans les cantons forestiers de la Suisse centrale. Les petites communautés qui bordaient le lac des Quatre Cantons avaient pris l’habitude de traiter leurs affaires dans des assemblées où étaient réunis tous les citoyens. Le 1er août 1291, les représentants de Schwyz, d’Uri et d’Unterwald firent le serment de se prêter assistance en cas d’attaque et de n’accepter aucun juge étranger aux vallées. Cette prétention à l’autonomie, que rappelle la légende de Guillaume Tell, ne pouvait être acceptée par les Habsbourg.

En 1315, le duc Léopold décida de mettre au pas les remuants montagnards, mais son armée fut battue par les Suisses au Morgarten. Peu après, les vainqueurs renouvelèrent leur serment. Ainsi naquit la Confédération helvétique ; cinq autres cantons rejoignirent au cours du XIVe siècle les trois cantons primitifs.

Après plusieurs guerres, qui se terminèrent toutes à l’avantage des cantons, les Habsbourg finirent, en 1389, par reconnaître l’indépendance de la Confédération helvétique. Mais cet échec se trouva bientôt effacé.

Enfin l’Empire

Au moment où ils perdirent leurs possessions helvétiques, les Habsbourg accrurent le duché d’Autriche de la Carniole et de Trieste, important port sur la mer Adriatique au sud, du Tyrol à l’ouest et, dans la région rhénane, du Sundgau en Alsace et du Brisgau. Leur puissance à la fin du Moyen âge était telle que les grands Électeurs ne pouvaient plus les ignorer.

En 1438, l’empereur Sigismond de Luxembourg, dont la fille avait épousé Albert II de Habsbourg, mourut sans laisser d’héritier mâle. À qui donner la couronne impériale, sinon au gendre de sa fille, qui était lui-même un prince si puissant . Albert II ne vécut qu’une année. Mais à partir de ce moment, le titre impérial ne sortit plus, sauf durant trois années, de la famille des Habsbourg. Élu en 1440, le nouvel empereur, Frédéric III, prit comme devise Austria est imperare orbi universo ( Il appartient à l’Autriche de régner sur tout l’Univers). Mais son attitude, au cours d’un règne qui dura jusqu’en 1493, démentit souvent cette orgueilleuse devise.

Taciturne, hostile à toute aventure guerrière, il refusa même de prêter main forte aux Hongrois lorsque ces derniers furent attaqués par les Turcs. Aussi le roi de Hongrie, Mathias Corvin, envahit-il en 1485 l’Autriche et occupa-t-il Vienne durant cinq ans.

C’est pourtant Frédéric III, ce prince faible et timoré, qui prépara l’agrandissement de l’empire en mariant son fils Maximilien avec Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire et future héritière des Pays-Bas et de la Bourgogne. L’entrée de l’héritage bourguignon dans le domaine des Habsbourg allait avoir une double conséquence.

La dynastie autrichienne (et, par la force des choses, l’Empire germanique) fut contrainte d’épouser l’antagonisme qui opposait les princes bourguignons aux Valois : ainsi furent brouillés pendant plus de trois siècles les maisons d’Autriche et de France et fut jeté le germe de l’inimitié franco-allemande, qui n’existait pas jusqu’alors.

Grâce à cet héritage, les Habsbourg allaient bientôt être en mesure de faire entrer la devise de Frédéric III dans les faits.

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