L'Allemagne nazie

Hitler prend le pouvoir en Allemagne en 1933 et fonde une dictature légale qui emprunte au fascisme son rejet du libéralisme et son culte de la violence

Adolf Hitler, qui prend le pouvoir en Allemagne en 1933, fonde une dictature légale qui emprunte au fascisme son rejet du libéralisme et son culte de la violence. Comme Benito Mussolini, son homologue italien, il met en place un nouveau régime totalitaire en s’assurant du contrôle absolu de la population. Mais il se sent aussi investi d’une mission : régénérer le peuple allemand et restaurer la grandeur du Reich. Le parti nazi, qu’il dirige, place donc le racisme au cœur de son projet politique. À l’intérieur, il pratique un antisémitisme fanatique, et face au monde extérieur, il revendique un espace vital en préparant une guerre d’expansion.

La conquête légale du pouvoir

Les difficultés de la République de Weimar

Issue de la Révolution et de la défaite, la République fédérale de Weimar est handicapée dès sa naissance. Guillaume II ayant abdiqué, les socialistes du SPD ont proclamé la République la veille de l’armistice du 11 novembre 1918. Mais dès lors, l’opposition nationaliste développe la thèse du "coup de poignard dans le dos", attribuant à la jeune République la responsabilité du diktat de Versailles. Officiers er anciens combattants s’enrôlent dans les groupes paramilitaires d’extrême-droite, tels que les sections d’assaut (SA) du petit parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP). En outre, la coalition au pouvoir a perdu le soutien de la classe ouvrière en écrasant les spartakistes (KPD) lors de la "Semaine sanglante" de janvier 1919. Et les communistes jouent désormais la politique du pire en refusant toute alliance pour défendre le régime.

De plus, en 1923, l’Allemagne, qui a eu recours à l’emprunt pendant la guerre, est en proie à une inflation vertigineuse. Pour faire des économies, les gouvernements successifs tentent de ne pas payer les réparations, mais l’armée française occupe la Ruhr en janvier. Le niveau de vie des salariés s’effondre et les petits rentiers sont ruinés. Les adversaires du régime se mobilisent de plus en plus: ainsi, le chef du NSDAP, Adolf Hitler, tente un putsch à Munich, qui échoue. Aux présidentielles de 1925, c’est un monarchiste, le maréchal Hindenburg, qui est élu.

Néanmoins, grâce aux Etats-Unis, les réparations à payer sont réduites, et les investissements étrangers permettent un spectaculaire redressement jusqu’en 1929. L’industrie allemande se concentre en vastes cartels, tel que IG Farben, et les villes se modernisent. L’Allemagne entre à la SDN (Société des nations) en 1926, et les législatives de 1928 voient refluer les partis extrémistes. Ce climat de prospérité favorise un épanouissement culturel et scientifique, allant du Bauhaus à Einstein, en passant par le cinéaste Fritz Lang.

Vers la dictature légale des nazis

Cet équilibre précaire est remis en cause à partie de 1929 par la crise économique mondiale. L’Allemagne est privée de ses crédits et capitaux étrangers, et ne peut plus écouler sa production industrielle. Le chômage frappe plus de 6 millions de personnes en 1931. Dans toutes les classes sociales, une haine du capitalisme international se développe, mêlée d’antisémitisme. Les partis de la coalition de Weimar voient leur audience s’effondrer, alors que le KPD et le NSDAP se renforcent.

En 1925, Hitler a exposé sa doctrine dans Mein Kampf ("Mon combat"), puis réorganisé le parti en créant les Sections de protection (SS). Les nazis se présentent comme un rempart face aux communistes qu’ils combattent dans la rue. À partir de 1931, Hitler choisit d’abandonner la dimension anticapitaliste du nazisme pour séduire les milieux d’affaires, comme Krupp, Thyssen ou IG Fraben. Lors des présidentielles d’avril 1932, Hindenburg est réélu, mais aux législatives de juillet, le NSDAP devient le premier parti d’Allemagne avec 37,3% des suffrages, alors que la gauche est toujours divisée. Effrayés par le bon score communiste (14,3%), les grands industriels et propriétaires fonciers incitent Hindenburg à nommer Hitler chancelier le 30 janvier 1933.

Le 27 février 1933, Hitler fait incendier le Reichstag et en accuse le KPD, qui est interdit. C’est le prétexte, dès le lendemain, pour supprimer toutes les libertés individuelles par décret. Le 23 mars, Hitler réclame les pleins pouvoirs aux députés que seuls les socialistes lui refusent: la dictature légale est instaurée.

L’idéologie nazie

Le pouvoir charismatique du Führer

Fort de ses 5,4 millions de membres en 1939, le parti nazi s’impose progressivement au côté des organes traditionnels de l’Etat, et les centres de pouvoir prolifèrent. Par exemple, les tribunaux spéciaux du parti se juxtaposent au ministère de la Justice, et les SS investissent la police, battant en brèche le monopole de l’armée. Le IIIe Reich a pu ainsi apparaître comme une "anarchie autoritaire", car les rivalités au sein de cette polycratie rendent l’arbitrage du Führer (le guide) indispensable.

Né en 1889 en Autriche, Adolf Hitler est un autodidacte qui a raté sa carrière de peintre. La Première Guerre mondiale,au cours de laquelle il a été blessé, a fait de lui un ultranationaliste, persuadé d’avoir pour mission de restaurer la puissance de l’Allemagne et de régénérer son peuple. Les masses le perçoivent comme un héros providentiel, ce qui fonde son charisme. Pour de nombreux Allemands, le Führer est à la fois la source de l’orthodoxie idéologique et l’incarnation du peuple. Le "Führerprinzip"fait donc reposer toute légitimité sur Hitler, et impose à tous les fonctionnaires et militaires de lui prêter un serment de fidélité, il s’illustre dans le slogan "un Peuple, un Empire, un Chef".

Le racisme au cœur du nazisme

Le nazisme emprunte au fascisme son culte de l’action et de la violence et son rejet du libéralisme humaniste et du marxisme. Mais, selon Hitler, la race serait le moteur de l’Histoire. Ce racisme biologique détermine à la fois la politique intérieure et extérieure du nazisme, et le distingue du fascisme italien et du stalinisme.

Selon lui, le peuple allemand constituerait "une communauté de sang et de sol", les Aryens. Pour conserver sa pureté, les nazis lancent une politique eugéniste, visant à stériliser puis à éliminer les malades mentaux et les handicapés, et pratiquent un antisémitisme fanatique. Les juifs sont considérés comme des sous-hommes et des parasites nuisibles parce qu’ils n’ont pas de patrie et qu’ils sont rendus responsables de la décadence qui aurait conduit l’Allemagne à la défaite. Est considéré comme juif toute personne ayant au moins un grand-parent juif, établi selon des critères de faciès, de religion et de "comportement".

Dans un premier temps, les juifs sont exclus des lieux publics, des professions libérales et de la fonction publique. Puis, les lois de Nuremberg de 1935 leur dénient la citoyenneté allemande et leurs interdisent les relations sexuelles et le mariage avec des non-juifs. À la ségrégation succède la persécution organisée, lorsque les 9 et 10 novembre 1928 un violent pogrom, "la nuit de cristal", provoque l’incendie des synagogues, le pillage et le meurtre.

À la conquête de l’espace vital

Le souvenir du Saint Empire romain germanique nourrit le mythe d’un "IIIe Reich pour mille ans". Le nazisme récupère les frustrations des nationalistes, qui désirent la révision du traité de Versailles, et il emprunte au pangermanisme son projet de Grande Allemagne. Mais selon Hitler, les races humaines seraient hiérarchisées et, comme pour les espèces, la sélection naturelle ferait des Aryens un peuple supérieur destiné à dominer ses inférieurs, les Latins, et surtout les Slaves. Cette conception le conduit à revendiquer un espace vital ("Lebensraum") et un droit de conquête sur les peuples d’Europe centrale et de l’Est. Il le justifie par la croissance de la population allemande que lui-même encourage par une politique nataliste. L’Allemagne se prépare donc à la guerre.

L’Etat hitlérien

Terreur et encadrement

À partir de mars 1933, un pouvoir totalitaire s’installe rapidement. Non seulement le régime pratique le terrorisme d’Etat en ouvrant à Dachau son premier camp de concentration, mais il encadre systématiquement la population. Le 2 mai 1933, les syndicats sont remplacés par le Front du travail ; le 10 mai ont lieu les premiers autodafés de livres dits "dégénérés". Le 14 juillet, le parti unique est instauré. Le Reich n’est plus fédéral mais unitaire et centralisé. Hitler fait éliminer les derniers opposants lors de la "nuit des longs couteaux", le 30 juin 1934. Röhm et les principaux SA, volontiers anticapitalistes, sont assassinés par les SS. à la mort de Hindenburg, le 2 août, Hitler cumule les fonctions de Führer et de chancelier du Reich.

Le parti unique et ses multiples organisations contrôlent la société de sorte que "seul le sommeil relève encore de l’individu". L’Etat policier s’étend, depuis les centaines de milliers de "chefs d’îlots" jusqu’aux 33 chefs de région ("Gauleiter"). En 1936, Himmler, chef des SS, confie à Heydrich le RSHA, organe tentaculaire qui regroupe toutes les polices, dont la Gestapo. La jeunesse hitlérienne embrigade les garçons avec une formation militaire et prépare les filles à leur rôle de mère. Elle se substitue peu à peu aux écoles confessionnelles et aux parents. Le Front du travail cherche à améliorer le sort des ouvriers (50% de la population) dont dépend l’effort de réarmement, et les loisirs sont programmés par La Force par la joie. Enfin, la propagande orchestrée par Goebbels endoctrine les masses.

Autarcie et armement

Dès 1933, Hitler sait qu’il doit trouver des solutions rapides à la crise économique. En 1936, l’autarcie est instaurée par le plan quadriennal, dirigé par Goering. Il limite les importations de matières premières et invente des produits de remplacement ("Ertsatz"). Les biens importés des pays d’Europe balkanique ou danubienne sont payés en exportations allemandes, sans échange de devises. Des barrières douanières protègent l’agriculture. Pour résorber le chômage, Hitler lance une politique de grands travaux et incite les femmes à rester au foyer. Le rétablissement du service militaire en 1935 et l’enrôlement dans les SS y contribuent également.

Mais c’est le réarmement massif qui, à partir de 1936, règle le problème. La militarisation de l’économie relance la production : avec la marche à la guerre, les entreprises n’ont plus à se préoccuper de trouver de nouveaux débouchés. De grands groupes industriels tels que IG Farben et Krupp s’associent à cette politique qui les enrichit car son financement est assuré par la stagnation des revenus et le maintien de la consommation à un bas niveau.

Les résistances

Un courant d’adhésion se diffuse dans l’ensemble de la société, renforcé par les premiers succès extérieurs. Dans ce contexte, la résistance au régime est très difficile. De nombreux intellectuels et savants préfèrent s’exiler, tels que Thomas Mann ou Albert Einstein. Les communistes, les premiers à être internés, et les socialistes doivent se contenter de diffuser tracts et journaux clandestins. L’Église catholique signe un concordat, puis devient méfiante lorsque celui-ci n’est plus respecté après 1936. Dans leur paroisse, des prêtres prêchent d’eux-mêmes le refus. Enfin, l’Eglise protestante est divisée entre une majorité ralliée, et une minorité qui, derrière les pasteurs Karl Barth et Martin Niemoller, se lance dans la résistance active, ce qui lui vaut d’être violemment réprimée.

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