RAPHAËL TILLET

Publié dans : Les articles Politique Société & Médias de Raphaël Tillet

Mort de Maurice Herzog, dernier conquérant de l'inutile

Alpiniste et homme politique français, Maurice Herzog est décédé hier à l'âge de 93 ans. Il fut le premier à gravir un sommet de plus de 8000 mètres.

Maurice Herzog entre dans la légende le 3 juin 1950, lorsqu’il devient, avec Louis Lachenal, le premier homme à gravir un sommet dépassant les 8000 mètres. Un exploit qui lui coutera doigts et orteils, gelés et amputés sur place, mais qui l’amènera au statut de légende internationale. «Il était auréolé d'une gloire dont il est difficile de se faire une idée. Il était notre Lindbergh, notre Redford, un des rares Français à être connus partout dans le monde», écrit à son sujet l'académicien Jean d'Ormesson en 1997. Né le 15 janvier 1919 à Lyon, il est d’abord directeur de la société de pneus Kleber-Colombes. Résistant durant la seconde guerre mondiale, puis alpiniste émérite, il devient Haut-commissaire à la Jeunesse et aux sports en 1958 sous la présidence du général de Gaulle. En 1963, il est secrétaire d'État à la Jeunesse et aux sports. Député de Haute-Savoie, il sera maire de la ville de Chamonix de 1968 à 1977.

L'ascension de la gloire

Malgré cette prestigieuse carrière, l’homme de l’Himalaya subit les critiques de toutes parts. Lors de l’escalade de l’Annapurna, Herzog est accompagné de la crème de l’alpinisme français : Louis Lachenal, Gaston Rébuffat, Lionel Terray, Marcel Ichac, Jean Couzy, Marcel Schatz, Jacques Oudot (médecin) et Francis de Noyelle (agent de liaison). Une partie lui reproche de s’être adjugé toute la gloire d’un exploit commun. Durant de longues années, il est le seul à être habilité par contrat à donner sa version des faits, dans son livre, Annapurna, premier 8000, vendu à une douzaine de millions d’exemplaires. Avec son physique de star, et profitant du silence et de l’humilité de ses camarades, il récolte les lauriers de l’ascension. Jusqu’à la publication, en 1996, des « Carnets du Vertige » de Louis Lachenal, le seul de ses compagnons à l’avoir accompagné jusqu’au bout, l’homme qui prit la photographie à la base de la gloire de Maurice Herzog, cette fameuse « Une » de Paris Match.

Le mythe déboulonné

Cette deuxième version de l’épopée contraste le récit épique du héros. Lachenal souligne l’ambition d’Herzog : « [Il] avait l'impression de remplir une mission. Pour moi, cette course était une course comme les autres, plus haute que dans les Alpes mais sans rien de plus. Si je devais y laisser mes pieds, l'Annapurna je m'en moquais ». S’ajoutent alors l’enquête de l’américain David Roberts, puis le livre de la propre fille d’Herzog, Félicité « Un Héros ». Les deux sont critiques, déplorent le caractère de Herzog, imprudent durant l’ascension pour Roberts, menteur, froid et manipulateur pour sa fille. La question est finalement posée à Maurice Herzog : qu’en est-il de cette gloire non partagée ? Il répond : « C'est moi qui suis arrivé le premier au sommet. Vous connaissez le second de Cousteau? Celui d'Armstrong sur la Lune? Celui de Tabarly? ».

Des héros d'antan

A 93 ans, Maurice Herzog était le dernier survivant de l’épopée de l’Annapurna. De l’équipe d’alors, la majeure partie disparait lors d’ascensions. Des héros d’antan, qui grimpaient sans oxygène et sans matériel perfectionné, là ou aujourd’hui encore nous hésitons à nous aventurer. Le président français, François Hollande, ne s’y trompe pas. S’il a déclaré aujourd’hui s’incliner devant le "résistant" et « l'homme engagé », il « salue d'abord l'immense alpiniste ». Quand aux critiques, aux affabulations, il leur est une réponse simple : si jamais nous ne pourrons faire l’entière lumière sur les faits de ce 3 juin 1950, c’est car personne, à l’époque, n’était assez fou, courageux et fort pour suivre ces hommes là. Avec la disparition du dernier d’entre eux, le temps n’est qu’au respect des exploits accomplis par ces conquérants de l’inutile.

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