Alain Delon: Une journée ordinaire, Théâtre des Bouffes Parisiens

Dans une pièce où le comique se mêle au dramatique, Alain Delon brille dans tous les registres, et sa fille Anouchka fait des débuts très convaincants.
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Selon un lieu commun répandu dans le métier, l’épreuve décisive pour un acteur de cinéma, c’est le théâtre. On en connaît bon nombre qui ont dû regretter de s’y être essayés. Alain Delon avait déjà prouvé qu’il était une bête de scène, dans une série de spectacles dont le plus remarquable était Love Letters , qu’il a joué en 2008, avec Anouk Aimée, au Théâtre de la Madeleine . Aussi, à l’annonce d’une nouvelle pièce écrite sur mesure pour lui par Eric Assous, pouvait-on imaginer quelque chose de confortable, où il se coulerait sinon pour se reposer sur ses lauriers, du moins sans y trouver un défi vraiment stimulant. Or, la première d’ Une journée ordinaire , qui raconte l’histoire d’un père, veuf depuis douze ans, refusant que sa fille de 20 ans, Julie, parte vivre sa vie, nous a donné le plaisir rare de voir ce qu’un grand acteur peut faire sur scène même quand personne ne lui en demande autant.

Une performance magistrale

Devant une salle comble où le public acquis d’avance semblait majoritaire, Delon a livré une performance magistrale, particulièrement brillante dans le registre comique – montrant là un potentiel qu’il n’a guère eu l’occasion d’exploiter au cinéma -, avec une richesse de nuances, une inventivité et des effets de surprise qui faisaient rire le public au point qu’une partie des répliques suivantes en devenaient inaudibles. Dans le rôle un peu caricatural du père à l’ancienne, il s’impose d’autant mieux qu’il s’en sert comme d’un prétexte pour déployer un jeu beaucoup plus fin, en décalage constant avec l’attente créée par l’écriture de la pièce. S’il est prodigieusement drôle aux moments conçus pour être cocasses, il n’en passe pas moins avec virtuosité au registre plus grave, voire pathétique – l’espace d’un instant, il change de gamme, et la salle se retrouve au bord des larmes. Quoi qu’il fasse, il règne sur le public, avec une puissance de jeu renversante.

Des débuts réussis

Sa fille Anouchka, débutante complète pour ce qui est du théâtre, se révèle étonnamment solide dans son rôle, pourvue d’un abattage inattendu, d’une élocution impeccable et du sens des proportions : elle ne cherche ni à faire de l’épate, ni à rivaliser avec les autres interprètes – Elisa Servier, très appréciable dans un rôle bien court, et Christophe de Choisy, juste et touchant en fiancé intimidé par le père de sa petite amie. Les scènes où la fille et les invités plutôt indésirables de son père dialoguent permettent de mesurer l’efficacité de cette jeune femme, manifestement douée autant qu’il le faut pour qu’on lui prédise une belle carrière.

Un spectacle à ne pas rater

La pièce d’Assous, mise en scène par Jean-Luc Moreau dont on connaît le professionnalisme, est à recommander sans restriction à tous les publics : les admirateurs d’Alain Delon y trouveront de quoi l’admirer encore davantage, les tièdes risquent de se retrouver émerveillés, et les hostiles, retournés – c’est du spectacle comme on n’en voit guère ces derniers temps. Le public applaudissait debout, à la fin ; on peut gager qu’il en sera de même à chacune des représentations suivantes. On peut y venir en famille, avec les adolescents qui seraient portés à s’identifier aux plus jeunes, et à se moquer des aînés – dans tous les cas, on se retrouvera content d’avoir vu un spectacle mémorable.

Une journée ordinaire , à partir du 21 janvier 2011

Les mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 17h00 ou 20h30 selon la séance

Théâtre des Bouffes Parisiens – 4, rue Monsigny 75002 Paris – Réservations au 01.42.96.92.42

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