Comment Francisco de Orellana décrouvrit l'Amazone

Mis en appétit par la conquête du Mexique et du Pérou, les Conquistadors poursuivent leur quête de l'Eldorado... qui les mène au plus grand fleuve du monde.
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En conquérant le territoire de ce qui deviendra le Mexique et le Pérou, les Espagnols se sont solidement implantés en Amérique. Les pays colonisés sont riches et rapportent beaucoup d’argent au royaume d’Espagne. Il n’en faut pas plus pour que les rumeurs les plus folles courent sur les richesses cachées du continent américain, suscitant la convoitise des Conquistadors du XVIe siècle. Tour à tour, Sebastián de Belalcázar, Hernando de Soto ou Francisco Vásquez de Coronado tentent leur chance. Si aucun d’eux ne découvre l’Eldorado, certains, comme Francisco de Orellana, inscrivent leur nom dans l’histoire en explorant des contrées jusqu’alors vierges.

À la recherche du «Pays de la cannelle»

En 1541, Gonzalo Pizarro, alors gouverneur de Quito, est chargé par son demi-frère, Francisco, le célèbre Conquistador, de diriger une expédition pour le «Pays de la cannelle» – à cette époque-là, cette épice est presque aussi précieuse que l’or. D’après ce que racontent les Indiens, on suppose que ces terres mirifiques se situent quelque part vers l’est. Gonzalo Pizarro quitte donc la ville avec 300 Espagnols et 4000 Indiens.

La traversée des Andes s’avère meurtrière (près de 3000 Indiens et plus de 100 Espagnols désertent ou meurent de froid), mais le calvaire des rescapés ne fait que commencer. En effet, de l’autre côté des montagnes, ils doivent se frayer un chemin à travers des forêts impénétrables, sous une pluie battante et dans une chaleur devenue étouffante.

Et même si l’expédition finit par atteindre son but, en s’approchant des rives d’un fleuve appelé Rio de Canela, en raison des canneliers qui le bordent, cette contrée est trop éloignée des colonies espagnoles pour se prêter à une exploitation commerciale. Toutefois, au lieu de rebrousser chemin, les hommes poursuivent encore vers l’est, sur les indications des indigènes, qui mentionnaient «un pays très peuplé où l’or se trouve en abondance».

La première descente de l’Amazone

Il devient néanmoins patent que la troupe emmenée par Gonzalo Pizarro n’est plus en état d’avancer. Comme ils viennent de découvrir une rivière – l’histoire leur apprendra par la suite qu’il s’agissait du Napo, l’un des affluents d’un fleuve qui sera baptisé l’Amazone –, Gonzalo Pizarro décide de construire un bateau, le San Pedro , qui transportera les plus faibles de la troupe et permettra éventuellement de découvrir des villages en aval. Il en confie le commandement à Francisco de Orellana.

L’équipage de 57 hommes descend le cours d’eau, rejoint le fleuve dont il est l’affluent, un fleuve si large qu’il est impossible de voir ses deux rives en même temps, et si impétueux que la navigation s’avère redoutablement difficile. Une brigantine plus solide s’impose pour l’affronter: ce sera la Victoria . Les haltes ne sont pas non plus de tout repos, sous la menace constante des indigènes. Le combat le plus marquant les oppose à des guerriers qu’ils prennent pour des femmes et la description qu’ils en font au roi d’Espagne à leur retour lui rappelle les Amazones de la mythologie grecque. Le nom définitif du fleuve, d’abord baptisé rivière Orellana, est trouvé! Après huit mois de navigation, Orellana et ses hommes atteignent enfin l’océan Atlantique, le 26 août 1542.

C’est ainsi que Francisco de Orellana devient le premier Européen à traverser l’Amérique du Sud dans sa plus grande largeur. Il est considéré comme le découvreur du fleuve qui, depuis, ne cesse d’alimenter les fantasmes des aventuriers ( Indiana Jones et le Royaume du Crâne de cristal est ainsi en partie basé sur son expédition).

Pendant que le navigateur inscrit son nom dans l’histoire, Gonzalo Pizarro, comprenant qu’il est vain d’attendre le retour de son lieutenant, se résout à rebrousser chemin vers Quito. Le trajet est long et éprouvant, et c’est plus d’un an après leur départ que les survivants regagnent la capitale du Pérou, exténués, pieds nus et seulement vêtus de peaux de bêtes.

La deuxième expédition: à contre-courant

À son retour en Espagne, et malgré la proposition alléchante du roi du Portugal, Orellana reste fidèles à la couronne espagnole, et après neuf mois d’âpres négociations, il est nommé gouverneur de Nouvelle Andalousie. Il réussit, en dépit des obstacles, à réunir une flotte de quatre navires, qui met les voiles en mai 1545 et atteint l’embouchure de l’Amazone, nettement diminuée, à Noël de la même année.

Une partie de l’équipage est trop faible pour continuer: les hommes, affaiblis, sont recueillis par des indigènes pendant que les plus valides entament une remontée du fleuve. Malheureusement, les maladies tropicales et les attaques incessantes des Indiens ont raison des explorateurs. Seuls 44 des 300 hommes présents au départ survivent et sont secourus par un autre vaisseau espagnol. Orellana lui-même meurt pendant l’expédition, en novembre 1546.

Source s

  • Marianne Mahn-Lot, La Découverte de l’Amérique , Flammarion
  • Mitzi Bales, Sur le chemin de l’aventure : les explorateurs célèbres , Ed. Christophe Colomb

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