Date Limite, un road-movie déjanté pour Galifianakis et Downey Jr

Après Very Bad Trip, Todd Phillips revient avec une comédie sur le même schéma, mais moins drôle, même si elle contient quelques scènes hilarantes.

Après le succès sans précédent de Very Bad Trip ( The Hangover , pour les spectateurs anglophones) en 2009, on attendait avec impatience le nouvel opus de Todd Phillips. Date Limite ( Due Date ) a été annoncé comme la comédie la plus drôle de l’année 2010, et le réalisateur ayant choisi de refaire tourner Zach Galifianakis , on riait d’avance aux blagues et situations classées X que cette nouvelle association permettait sans mal de présager. Pourtant, si l’on rit bien en voyant Date Limite , le résultat n’est pas tout à fait à la hauteur des espérances du spectateur.

De Very Bad Trip à Date Limite

En 2009, Very Bad Trip est sorti de nulle part pour devenir l’une des meilleures comédies qui soit, à l’humour déjanté et auréolée d’un succès fracassant, en racontant comment un certain Doug a enterré sa vie de garçon. Les membres de l’équipe étaient alors des célébrités de second rang : aucun inconnu parmi eux, mais aucune star planétaire non plus. La situation a radicalement changé lorsque le film est venu combler l’absence de comédies valables au cours de l’été 2009. Dans l’espoir de réaliser des gains de la même ampleur, la Warner n’a pas hésité à remettre le couvert avec le réalisateur et Galifianakis, le comique étant désormais devenu une vedette. Pour pimenter le casting, on lui a adjoint cette fois-ci une star de renom, Robert Downey Jr , le Chaplin de Richard Attenborough et le Sherlock Holmes de Guy Ritchie. Todd Phillips étant, de son propre aveu, « un réalisateur boulimique », il a sauté sur cette opportunité de tournage, afin de patienter, sans s’angoisser, jusqu’à celui de Very Bad Trip 2 , qui vient de commencer avec les acteurs du premier volet, accompagnés, par une série de caméos prestigieux (Juliette Lewis, Liam Neeson – en lieu et place de Mel Gibson, boycotté suite à ses frasques –, Mike Tyson et… Robert Downey Jr !).

Le quatuor de Very Bad Trip , un duo, donc, pour Date Limite . Peter Highman (Robert Downey Jr) est un architecte névrosé, ultra-nerveux, qui doit rentrer chez lui au plus vite, à Los Angeles, où sa femme est sur le point d’accoucher de leur premier enfant. Au moment de prendre l’avion à Atlanta, où il se trouve, il tombe sur Ethan Tremblay (Zach Galifianakis), acteur en quête de rôles, qui veut aller à Hollywood pour une audition. Bien entendu, les deux hommes sont à l’opposé l’un de l’autre, Ethan étant infantile, irresponsable… Mais une série d’incidents les oblige à faire le trajet ensemble dans une voiture de location. Les voici donc partis pour un road-movie prometteur de gags et de situations absurdes à profusion.

La structure traditionnelle du duo mal assorti

L’une des raisons du succès de Very Bad Trip avait été de proposer une version originale et intéressante du format éculé de la comédie potache. Date Limite , en revanche, ne fait que reprendre un, ou plutôt deux canevas usés jusqu’à la corde sans véritablement parvenir à leur donner ce grain de folie véritable qui caractérisait le film précédent.

On trouve donc deux individus antagonistes – un psychorigide nerveux et égoïste face à un imbécile insouciant – forcés de se côtoyer, qui plus est ici, dans un espace restreint. L’imbécile, joué par Galifianakis, crée un problème, ce qui énerve le psychorigide, amenant l’imbécile à causer un nouvel incident, d’où un agacement accru du psychorigide, etc. Et s’il est vrai que de cette situation archi-conventionnelle naissent parfois des scènes fort drôles, c’est loin de fonctionner tout au long du film.

Car la structure générale de road-movie que Phillips a choisi de donner à son film lui nuit plus qu’elle ne le sert. En effet, Date Limite devient ainsi une série de sketches mis bout à bout, auxquels le film peine à donner une vraie unité. Ce qui arrive dans une scène, même si c’est horrible, semble en effet quasiment oublié dans la scène suivante. On a donc des gags ponctuels qui sont irrésistibles, dès que Phillips parvient à faire fonctionner son sens de l’absurde et sa prédilection pour le trash, mais l’ensemble est poussif et manque de rythme véritable.

Un comique de gags servi par des acteurs brillants

Donc on rit moins que dans Very Bad Trip , c’est indéniable, mais on rit quand même, et on le doit aux deux acteurs, qui parviennent à donner vie à cet humour potache, malgré le sentiment de déjà-vu qui ne manque pas d’envahir le spectateur en voyant l’honorable Peter confondu avec un terroriste au moment de prendre l’avion ou lorsque les cendres du père d’Ethan ne sont pas traitées avec les égards qu’elle devraient.

Galifianakis joue un rôle assez proche, au fond, de celui qu’il tenait dans Very Bad Trip : une créature transpirante, dépourvue de tact, à la comprenette limitée, qui doit se masturber « à peu près trente-cinq minutes » avant de s’endormir, même s’il se trouve enfermé dans une voiture avec un inconnu. Si bien que c’est surtout de Downey Jr que surgissent l’inattendu et donc les scènes les plus réjouissantes. Quand, fou de rage, il s’en prend à son comparse, on le voit se comporter de façon aussi inattendue qu’inexcusable… Et le spectateur s’écroule immanquablement de rire. Il n’est pas aisé de rendre un homme coincé mémorable, mais Downey Jr apporte tant d’intensité dans son personnage qu’il le rend moins inconsistant qu’il n’y paraît.

Quant aux caméos du film, ils sont plutôt réussis. Juliette Lewis incarne une dealeuse hilarante, même si ce n’est que pour quelques minutes. Jamie Foxx , en Darryl, un ami de Peter, introduit dans le film une petite dose d’insécurité bienvenue, mais c’est surtout Danny McBride (qu’on a vu récemment dans In the Air de Jason Reitman) qui vaut le détour pour son irascible vétéran de la guerre en Irak, travaillant désormais par la Western Union. Alors en attendant Very Bad Trip 2 , prévu pour mai 2011, on peut toujours se laisser tenter…

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