Des évadés du goulag dans Les Chemins de la liberté de Peter Weir

Une épopée pour la liberté à travers la Sibérie et la Mongolie, avec Ed Harris, Jim Sturgess et Colin Farrell, inspiré d'une histoire vraie.

En pleine deuxième guerre mondiale, six prisonniers d’un camp de travail sibérien entament une interminable marche vers la liberté. Peter Weir avait déjà montré, avec Master and Commander (et Russell Crowe en capitaine de navire), qu’il affectionnait les expériences extrêmes. Son dernier film est adapté du livre autobiographique d’un ancien officier de l’armée polonaise (interprété par Jim Sturgess) publié en 1956 et qui fit grand bruit. Résumé du film, casting et critique du film sorti au cinéma en France le 26 janvier 2011.

« La Sibérie est votre prison »

C’est ce qu’annonce le geôlier aux prisonniers. Pourtant un groupe de sept hommes, bientôt rejoints par une femme, parvient à s’évader du camp de travail. En 1941, alors que la guerre fait rage en Europe, les geôles du goulag soviétique sont pleines – on estime à vingt millions le nombre de prisonniers enfermés entre 1935 et 1953, la plupart d’entre eux ne survécurent pas aux températures extrêmes de l’hiver sibérien (jusqu’à – 50). Les échappés ne savent pas qu’ils entament un périple de plusieurs milliers de kilomètres. Ces personnalités éclectiques et souvent peu compatibles vont devoir apprendre à s’entendre pour traverser la glaciale toundra de Sibérie, la Mongolie et ses vastes plaines, la fournaise du désert de Gobi, l’Himalaya et la muraille de Chine, avant d’arriver en Inde, symbole de la liberté retrouvée.

Le leader du groupe, Janusz, est interprété par Jim Sturgess (vu dans Deux sœurs pour un roi et Across the Universe ). Il est notamment entouré de Mr. Smith (Ed Harris, qui avait d’ailleurs reçu un Golden Globe pour son rôle de Christof dans The Truman Show , du même Peter Weir), un taciturne et mystérieux américain – ils furent des milliers qui, pour fuir la Grande Dépression, émigrèrent en URSS afin d’y trouver du travail et périrent au goulag. Parmi les fuyards, on trouve aussi le très dur Valka, un brigand russe (joué par Colin Farrell, lui aussi récompensé pour son rôle dans Bruges en 2008, qui a troqué la jupette d’ Alexandre , tourné avec Oliver Stone , contre les tatouages d’un kapo). Les autres évadés sont interprétés par des acteurs suédois, roumains ou allemands peu connus du grand public : Dragor Bucur (Zoran), Alexandru Potoceanu (Tomasz), Mark Strong (Khabarov), et une actrice, Saoirse Ronan (Irena).

Une véracité controversée

Le film, inspiré de l’histoire de Slavomir Rawick, retracée en 1956 dans son livre A Marche forcée , a failli ne jamais voir le jour. Si l’officier polonais a en effet bien été arrêté en 1939 et condamné au bagne, il semble qu’il ne s’en soit pas échappé, comme il le raconte dans cet ouvrage, mais qu’il ait été libéré. C’est ce qui est ressorti d’une enquête diffusée sur la BBC. Keith Clarke, le scénariste qui avait adapté le livre, a dû retravailler son projet avant de le proposer à Peter Weir, sur les conseils de Colin Farrell, impressionné par cette histoire incroyable. Heureusement, Keith Clarke a persévéré et, en fouillant dans les archives des prisons soviétiques, a découvert que, si l’histoire de Slavomir Rawick ne lui est pas arrivé à lui, elle a tout de même été vécue par des compatriotes. Le projet pouvait donc continuer, et Peter Weir, loin de s’offenser de ce petit arrangement avec la vérité, y a trouvé « plus de liberté en tant que scénariste, au niveau des faits et des personnages ». L’essentiel était, pour la première fois dans un film américain, d’évoquer le goulag et surtout de retracer la véritable épreuve de bravoure d’une poignée d’êtres qui choisirent de risquer la mort pour leur liberté.

Peter Weir, un réalisateur perfectionniste

Tout le monde le dit : Peter Weir est un méticuleux. Dans sa façon de diriger et de préparer les acteurs d’abord. Il s’est assuré que leur accent serait crédible par exemple, en leur faisant prendre des leçons de diction avec un coach – Jim Strugess a été pécher son accent polonais à Cracovie avant le tournage, Colin Farrell a dû, pour sa part, laisser son accent irlandais pour un russe… Il leur a aussi fait subir un entraînement un peu particulier, visant à les mettre dans la peau de survivants obligés de se débrouiller avec les moyens du bord, leur imposant des heures de randonnée en forêt. Il a pour cela embauché l’explorateur Cyril Delafosse-Guiramand (un Français), qui leur a montré comment confectionner des objets avec des branches et autres brindilles. Et puis il y a les décors. Si le film a été tourné en Bulgarie, dans les studios de Sofia, la reconstitution minutieuse d’un goulag a pris quatre mois. Le résultat est bluffant, des miradors aux baraquements, jusqu’aux barbelés et à la neige artificielle, tout fait vrai.

Au final, le film est éprouvant, comme le périple et les épreuves traversés par les personnages. Mais si les paysages sont grandioses et l’aventure respectable, les hommes, eux paraissent parfois peu crédibles. A trop vouloir les dépeindre en héros, Weir leur ôte un peu de leur humanité. Dommage, car les acteurs sont bons. Par ailleurs, certaines scènes gênent par leur manque de vraisemblance.

On y trouvera toutefois une leçon de courage et de défiance.

Les Chemins de la liberté , de Peter Weir

Titre original : The Way Back

Scénario de Peter Weir et Keith Clarke

2h14

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