Investir dans un film, un chanteur, un écrivain

Via Internet, on peut facilement sponsoriser un objet culturel ou un artiste. Entre tops et flops, combien ça peut rapporter, quels sont les risques ?
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Les placements en Bourse n’ont plus la côte, et les banques offrent des taux d’intérêt très bas sur leurs livrets et autres comptes épargne. Si vous n’avez pas envie de financer la spéculation, si vous vous méfiez du boursicotage, si votre capital n’est pas assez conséquent pour investir dans la pierre , vous pouvez opter pour le financement d’un artiste, d’un film, d’un spectacle, d’un romancier… Un soutien à la culture, qui présente certes des risques, mais peut aussi rapporter.

Musique : Grégoire en chef de file

Lancé par le phénoménal succès de leur poulain, le chanteur Grégoire, My Major Company a cartonné en 2009. Créé par Michael Goldman (fils de Jean-Jacques), Sevan Barsikian et Simon Istolainen, le site propose aux internautes de miser de 10 à 1000€ sur un artiste (le plafond, fixé à 7000€ à l’origine, a été rabaissé pour limiter les pertes chez les investisseurs alléchés par les gains engendrés sur le carton de Grégoire). Une fois que la communauté a permis de réunir la somme de 100 000€, l’album est lancé.

C’est ce qui c’est passé pour Grégoire en 2009 avec son désormais célèbre Toi + Moi qui dépasse le million d’exemplaires vendus. Grâce à ce succès, ses 350 mécènes vont engranger près de 20 fois leur mise de départ. A titre d’exemple, celui d’entre eux qui a misé le plus, 6000€, va récolter plus de 120 000€. Ces gains sont versés chaque année tant que l’album génère des bénéfices.

Mais ce record reste exceptionnel, et parmi la vingtaine d’artistes lancés par le label communautaire (Marie-Amélie Seigner, Margaux Simone, Thomas Pradeau, Siobhan Wilson, Eye Jack ou Agonie…), seule Joyce Jonathan permet pour l’instant à ses producteurs en herbe de gagner de l’argent. Les fondateurs invitent d’ailleurs à la prudence, à l’image de Sevan Barsikian : « Il faut avant tout investir pour un artiste que l’on aime, ensuite le profit c’est la cerise sur le gâteau ».

Cinéma : le succès se fait attendre

Sur le même principe, on peut aussi participer à la distribution d’un film . L’idée paraît sensée, puisque les chiffres de fréquentation des salles obscures ont été très bons en 2010. En misant 20€ minimum, plus de 15 000 membres ont déjà investi près de 500 000€, répartis sur des films français ou étrangers. Ces sommes servent non pas à tourner le film mais à contribuer à sa distribution. Les gains dépendant donc du nombre d’entrées en salles, ainsi que des ventes de DVD ou aux télévisions. Contrairement à la musique, l’investisseur ne participe que de loin au projet, puisque le film existe déjà, mais les internautes peuvent néanmoins assister aux avant-premières ou à des rencontres privilégiées avec les équipes.

Souvent, les films soutenus ont connu des fortunes peu convaincantes : Le Siffleur (avec Thierry Lhermitte et François Berléand) ou Brothers (avec Nathalie Portman et Tobey Maguire), malgré des castings alléchants, n’ont pas attiré suffisamment de spectateurs pour rembourser la mise des investisseurs. Sur cette toile de fond, le succès du Bruit des glaçons de Bertrand Blier fait quelque peu figure d’exception. Gageons que Les Emotifs anonymes (avec Benoît Poelvoorde et Isabelle Carré) ou Mon Pote (avec Benoît Magimel et Edouard Baer), encore en salles, feront mieux que leurs prédécesseurs. Mais même dans le cas d’un succès en salles, on ne peut guère espérer que doubler sa mise.

Toujours dans le domaine cinématographique, on peut aussi soutenir un film d’auteur . Si l’on croit plutôt en la force d'Internet, il existe aussi des mini-séries à sponsoriser.

Livres : du roman à la BD

Ce sont les Editions Alphée de Jean-Paul Bertrand qui ont pris l’initiative, en invitant les internautes à devenir acteurs de la production littéraire en investissant sur des ouvrages. Sur d’ autres sites , on retrouve ce système d’édition participative, avec la possibilité d’acheter des parts (ou « bons de participation ») de manuscrits à publier. Si les gains sont très hypothétiques – les best-sellers ne courent pas les rues ! –, le geste (15€ minimum) est modique. Par ailleurs, les avantages offerts en retour sont attrayants (possibilité de dialoguer avec les auteurs, participation à la fabrication et à la diffusion du livre, exemplaire dédicacé de l’ouvrage offert) et on a l’assurance que le livre sera publié.

Autres investissements culturels ou sportifs

Si l’on est plus intéressé par le plaisir de participer activement et financièrement à la naissance d’un objet culturel que par les gains éventuels, on peut aussi se tourner vers le spectacle vivant , et le financer, à raison de 25€ la part. Plutôt que des espèces sonnantes et trébuchantes – il est rare que l’on touche des dividendes –, on y gagnera des invitations et des rencontres enrichissantes. Des pièces de théâtre ( Promenade de santé , avec Mélanie Laurent, Le Gang des potiches ou Frères du Bled ) aux spectacles musicaux ( Celtic Legends, Il était une fois Joe Dassin, La Fabuleuse histoire de Bollywood ) en passant par les tournées et concerts (de Karimouche, Volo…), les genres sont variés et le plaisir assuré.

Toujours dans le concret, mais pour ceux que le sport attire plus que l’art, vous pouvez devenir l’heureux propriétaire d’un club de foot . Moyennant une somme de 50€, correspondant à l’abonnement annuel, vous détenez des parts et participez au devenir d’un petit club de CFA, voire de bas de tableau de L2 si le nombre d’investisseurs est suffisant. En tant que membre, vous êtes partie prenante dans les achats et ventes des joueurs, les transferts, et tentez de hisser votre équipe en haut de l’affiche. Si l’idée peine à prendre racine, le seul club jusque-là géré de façon participative, les amateurs de Sénart-Moissy, pointe en milieu de classement de son groupe de CFA.

Dans tous les cas, quand on parie ainsi sur un succès, la règle à suivre est la même que dans tout type d’investissement spéculatif : ne miser que ce que l’on est prêt à perdre !

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