Irlande : la guerre contre l'occupant anglais au XVIe siècle

Hugh O'Neill, comte de Tyrone, et Rory O'Donnell, comte de Tyrconnell, se révoltent contre la colonisation du pays par les Tudors. Ils devront fuir en 1607.

En septembre 1607, un navire français quitte les eaux irlandaises, emmenant des hommes particulièrement sombres. Les plus illustres parmi eux ne sont autres que les héros défaits de la guerre de neuf ans, qui, de 1594 à 1603, avait opposé les chefs de l’Ulster à l’occupant anglais. Hugh O’Neill et Rory O’Donnell comptaient rallier l’Espagne pour y recruter une armée et reconquérir l’Irlande, mais leur échec a marqué un tournant dans l’histoire du pays.

Une île très convoitée

Les archéologues ont trouvé en Irlande de quoi affirmer que l’île est habitée depuis 6000 avant J.-C., mais l’on suppose l’arrivée des premiers Celtes ou Gaëls vers - 600. En 432, selon la légende, saint Patrick convertit l’Irlande au christianisme. L’île se présente alors comme une collection de petits royaumes à la hiérarchie variable et sans cesse remise en cause. Ce morcellement constitue bientôt une faiblesse dont des envahisseurs ne tardent pas à profiter.

Les Vikings envahissent l’île au IXe siècle, créent les villages qui vont devenir Dublin, Cork ou Limerick, et ne sont stoppés que lorsque Brian Boru s’intronise roi suprême de l’Irlande et met un terme à leur conquête. Malheureusement, il meurt sans successeur incontestable, et l’île se retrouve bien vite en proie à ses divisions intestines.

Il ne faut pas plus de cinquante ans pour qu’un nouvel envahisseur ne jette son dévolu sur l’Irlande, mettant à profit les rivalités opposant certains rois. L’invasion anglo-normande débute en 1169, sous le commandement de Richard FitzGilbert, comte de Pembroke, dit Strongbow. Il devient roi de Leinster en mai 1171. Henry II d’Angleterre, Normand lui aussi, arrive sur l’île quelques mois plus tard, pour y imposer sa souveraineté. Il distribue des terres à ses barons, afin qu’ils imposent leur autorité sur l’Irlande, qui se couvre de donjons et de châteaux forts.

Les «plantations» des Tudors au XVIe siècle

Au fil des siècles, l’autorité du roi d’Angleterre en vient toutefois à se réduire à la Pale, une petite région autour de Dublin. Les populations se gaélisent et deviennent parfois plus irlandaises que les Irlandais, adoptant leurs lois et coutumes. L’Angleterre, préoccupée par la Guerre de Cent Ans, laisse la plus grande famille normande, les FitzGerald de Kildare, prendre une autorité sans rivale sur l’île.

Mais au début du XVIe siècle, les Tudors vont chercher à regagner leur influence sur le pays. Henry VIII commence par se montrer prudent, jusqu’à ce que son schisme avec Rome ne provoque de forts remous en Irlande. L'insurrection prend de l'ampleur pendant l’été 1534, à l’instigation du comte de Kildare. Faute d’avoir été aidés par Rome, comme ils l’espéraient, les insurgés sont écrasés et doivent se soumettre à Henry VIII, qui prend le titre de roi d’Irlande en 1541.

Quand la reine protestante Elizabeth ì ère monte sur le trône d’Angleterre et que les parlementaires irlandais la confirment comme Chef de l’Église irlandaise, les Gaëls et leurs alliés regimbent, d’autant que la reine vierge met en place la tristement célèbre politique de colonisation par confiscation des terres (les «Plantations»).

La résistance d’Hugh O’Neill

Le pouvoir de l’Angleterre se renforce, accru par arrivée massive d’immigrants, mais une région manifeste une forte résistance, l’Ulster. Exempte de garnisons anglaises, couverte de lacs et de forêts, elle est facile à défendre, et Hugh O’Neill, comte de Tyrone , va organiser la rébellion.

Dans son enfance, il a été confié au vice-roi d’Elizabeth et élevé comme un noble anglais. Mais après son retour en Irlande, on doute de plus en plus de sa loyauté. Ainsi remarque-t-on qu’il a fait fondre en balles le plomb destiné à la toiture de l’un de ses châteaux. Or il dispose d’une armée de 600 hommes, payés par la Reine, et comme il en change souvent, il dispose de troupes importantes. O’Neill trouve en Hugh O’Donnell, comte de Tyrconnell, un allié robuste, et en 1593, il prend avec lui la tête des chefs de l’Ulster, pour défendre l’Irlande et la foi. Habile commandant, il remporte d’abord des victoires conséquentes à Clontibret en 1595, puis à la bataille de Yellow Ford en 1598, mais son armée est totalement défaite en 1601, dans le port de Kinsale, alors qu’elle devait être rejointe par des Espagnols venus en renfort.

La Fuite des Comtes

Hugh O’Donnell s’enfuit en Espagne où il est, paraît-il, assassiné, et c’est son frère, Rory O’Donnell, qui prend le titre de comte de Tyrconnell.

O’Neill, lui, retourne à Tyrone et se soumet, en 1603, à Lord Mountjoy, le représentant de la Reine. Toutefois, il a beaucoup de mal à accepter cette autorité, car s’il conserve son titre et ses terres, son pouvoir est restreint, et en 1605, sa liberté ainsi que celle de Rory O’Donnell se voient réduites au point que les deux comtes, redoutant une arrestation, s’enfuient en septembre 1607.

Le navire français qui devait les emmener en Espagne est obligé de se dérouter vers la France, en raison de violentes tempêtes. De là, les comtes et leurs familles se rendent en Italie. Ils avaient espéré pouvoir recruter une armée en Espagne, mais en 1607, l’Invincible Armada n’est plus ce qu’elle était et Philippe III d’Espagne, qui vient juste de conclure la paix avec l’Angleterre, au terme de près de vingt ans de conflits, ne tient guère à la mettre si rapidement en péril. O’Neill reste donc en Italie où il fomentera, sans succès, des plans pour rentrer en Irlande, jusqu’à sa mort en 1616. L’Ulster est donc désormais privée de son aristocratie gaélique, le gouvernement anglais confisque la majorité des comtés, et mène une politique de colonisation massive de la région par des Protestants venus d’Écosse et d’Angleterre. Ce sont là les prémisses de la division actuelle de l’île et des conflits qui ont déchiré l’Ulster jusqu’à nos jours.

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