Le gène Homer Simpson nous rendrait moins intelligents

Dans une région mal connue de l'hippocampe, siège des souvenirs du cerveau, la protéine RGS14 serait la cause du ralentissement des connexions neuronales.
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Des chercheurs américains ont découvert, en expérimentant leurs théories sur des souris, que la suppression de la protéine RGS14 dans leur cerveau les rendrait plus intelligentes. Est-ce à dire que chacun d’entre nous devrait se faire opérer pour être capable de mieux mémoriser les informations? Et si le gène qui porte cette protéine ne servait à rien? En tout cas, il a immédiatement été surnommé le «gène Homer Simpson» – l’un des personnages phare du célèbre dessin animé de Matt Groening, père de Bart Simpson et connu pour son apathie et son manque de vivacité d’esprit.

Un gène qui limite les capacités d’apprentissage

C’est à l’ Emory University School of Medicine (école de médecine de l’université d’Emory), à Atlanta, que des chercheurs ont fait une découverte surprenante en étudiant une partie encore mal connue de notre anatomie. Le cerveau est un organe extrêmement complexe, divisé en plusieurs régions, chacune jouant un rôle bien défini.

L’hippocampe, par exemple, est le siège de la fabrication et du stockage des souvenirs. Stimulé par une odeur, un son, un goût (la fameuse «madeleine de Proust»), un circuit neuronal se met en branle qui déclenche la mémorisation ou la restitution des apprentissages par le biais des souvenirs. À l’intérieur de l’hippocampe, une région était jusque-là totalement inexplorée: la CA2 (Corne d’Ammon 2). Logiquement située à proximité des régions CA1 et CA3, elle constitue avec ses voisines un circuit permettant la circulation des informations de neurone en neurone.

Mais le rôle de la CA2 est encore bien mystérieux. Moins active que les autres, cette région est aussi indépendante. Contrairement au reste du cerveau, elle résiste à la plasticité synectique (mécanisme par lequel les connexions entre neurones se solidifient après la formation d’un souvenir, de façon, en quelque sorte, à l’entériner). De plus, les connexions entre synapses au sein de la CA2 sont simples, alors qu’elles sont plus intenses, et donc plus efficaces, dans les autres régions. Autre spécificité, CA2 contient une protéine de signalisation, le RGS14.

Pour caractériser cette protéine mise au jour il y a seulement une dizaine d’années, les chercheurs ont procédé de la manière habituelle: ils l’ont supprimée pour observer les conséquences de son absence sur leurs cobayes.

RGS14: le gène Homer Simpson

Des souris ont donc subi une modification génétique: le gène contenant la protéine RGS14 leur a été retiré. Les résultats sont frappants: les souris transgéniques, si elles ressemblent en apparence à des souris normales, présentent des capacités d’apprentissage améliorées. Elles reconnaissent plus vite les objets déjà vus, s’orientent mieux dans un labyrinthe, en retrouvent plus facilement l’issue, mémorisant pour ce faire des indices visuels. Pourquoi? Tout simplement parce qu’en neutralisant le gène RGS14 les scientifiques ont permis que s’établissent des connexions plus solides entre leurs neurones, ce qui a optimisé les facultés d’apprentissage et de mémorisation des souris cobayes. Par ailleurs, les animaux ne semblent pas autrement affectés par la perte de celui que les chercheurs n’ont pas tardé à surnommer le «gène Homer Simpson».

Mais attention, rien ne dit que, sur le long terme, la perte de ce gène ne va pas entraîner d’autres modifications neurologiques majeures. En effet, le corps humain est un système élaboré dont on a coutume de penser que chaque composant a son utilité. Du moins jusqu’à preuve du contraire. La découverte d’un gène parasite peut donc laisser dubitatif. Serait-on en train de s’orienter vers la fin d’une idée reçue? Dans le cochon, pas plus que dans l’homme, tout ne serait donc pas bon?

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