Megamind: un DreamWorks doublé par Kad Merad et Franck Dubosc

Avec Megamind, Metro Man, Titan et Roxane, le nouveau film du réalisateur de Madagascar montre que mauvais génies et super héros ne sont pas si éloignés.

Même si la carrière des super héros est on ne peut plus digne de respect, celle des super méchants est bien plus amusante. Les producteurs ont bien saisi dans quelle direction soufflait le vent : l’heure est actuellement aux gentils méchants, comme en témoigne le succès récent de Moi, moche et méchant . Après Universal Pictures, c’est désormais au tour de DreamWorks de nous livrer son mauvais génie, répondant au doux nom de Megamind, dans un film en 3D programmé pour cartonner en France pendant les vacances de Noël 2010 : de façon significative, Brad Pitt et Will Ferrel qui le doublaient en anglais ont été remplacés par deux chouchous du public français, Franck Dubosc et Kad Merad.

Une intrigue qui prend le spectateur à contre-pied

Soit un super héros du nom de Metro Man, doté d’une belle mâchoire carrée et d’un charisme de millionnaire (en dollars). Depuis des années, il livre une guerre interminable à l’incarnation du crime, un génie du mal à la peau bleue, nommé Megamind. Son mode opératoire est à chaque fois le même : Megamind kidnappe la journaliste Roxane Ritchi, pour attirer Metro Man dans un guet-apens. Mais le scénario connaît toujours une fin identique : la force brute du héros triomphe des combinaisons raffinées du malfaiteur, qui se retrouve immanquablement en prison.

Or voici qu’un jour, Megamind triomphe de Metro Man : le gentil meurt. Tout à sa joie, la créature bleue dévalise des banques, se conduit en voyou dans la rue, mais… sans adversaire pour le contrer, il finit par s’ennuyer. Megamind en vient donc à conclure qu’il lui faut créer un super héros pour avoir quelqu’un à combattre. Or au lieu d’un défenseur du Bien, notre malfaiteur crée accidentellement, à partir de Hal Stewart, le caméraman de Roxanne, un génie du Mal, qui prendra le nom de Titan, encore plus mauvais que lui. Pour la première fois de sa vie, Megamind va devoir devenir le gentil et sauver Metro City…

La fragile frontière qui sépare le Bien et le Mal

Conformément aux nouvelles tendances en vogue dans le dessin animé, le monde des héros en cape et collants est mis cul par-dessus tête. Les héros positifs voient leurs plus se transformer en moins (essentiellement par ennui, mais chut !) ; quant aux méchants, ils le sont surtout par la faute de la société. Le malfaiteur, qui a passé la plus grande partie de sa vie en prison, est prêt à défendre sa ville à tout prix, tandis que le soi-disant sauveur s’avère avant tout un paon orgueilleux.

Le cinéma américain s’est toujours intéressé aux racines du mal, et Megamind conduit le spectateur vers des conclusions pour le moins pessimistes : le mal le plus dévastateur, celui qui finit en terreur, c’est la médiocrité. Une fois doté de super pouvoirs, l’être quelconque qu’était Hal Stewart pense qu’il a effectivement le droit de tout faire et commence à se venger sans pitié des offenses qu’il a subies sur son entourage. Autre conclusion désabusée vers laquelle le film porte le spectateur : si la lumière ne peut exister sans ombre, c’est aussi elle qui lui donne sa valeur.

La Belle et la Bête

Il ne faut toutefois pas oublier que Megamind est avant tout un dessin animé à destination des enfants, et non un essai philosophique. On y retrouve ainsi l’idée réconfortante, à défaut d’être forcément avérée, que chacun choisit son destin, et surtout une ligne sentimentale que l’on connaît depuis – au moins – La Belle et la Bête . Et comme Megamind est un film américain, on peut aussi y voir un clin d’œil à Superman et aux amours de Lois et Clark, avec un Superman devenu Docteur No. Est-ce pour autant trop forcer l’interprétation que de se demander si la journaliste n’a pas été rebaptisée Roxane en référence à Cyrano de Bergerac ? La belle jeune femme, très convoitée, qui fit par aimer un homme laid pour la valeur (morale et rhétorique) dont il fait preuve, n’est après tout pas si éloignée de son homonyme de dessins animés.

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