Miroirs, roman de Gérard de Cortanze entre Venise et Versailles

Venise, Murano et ses verriers, Paris, la conquête du pouvoir passe dans ce roman par la maîtrise de la fabrication du miroir. Paru chez Plon.

Miroirs plonge le lecteur au cœur du Grand Siècle, sur fond de guerre technique, entre Venise et la France, pour l’industrie des miroirs. Entre la France et l’Italie, Paris et Venise, «le pays des demi-masques et des loups», les transactions vont bon train, et l’on fait commerce des hommes autant que des marchandises.

Qui est Gérard de Cortanze?

Né à Paris en 1948, essayiste (il a notamment publié des ouvrages sur Paul Auster, Hemingway, Jean-Marie Gustave Le Clézio…), traducteur (d’auteurs hispanophones, en particulier d’Amérique du Sud) critique littéraire (pour le Figaro littéraire et le Magazine littéraire ) et éditeur, Gérard de Cortanze est désormais aussi connu pour ses romans historiques.

Il a été récompensé pour ses ouvrages Assam (prix Renaudot en 2002, paru chez Albin Michel) et Les Vice-Rois (prix du roman historique de la Ville de Blois et prix Baie des Anges en 1999, initialement paru chez Actes Sud, puis réédité chez Gallimard en Folio en 2010). Homme de lettres accompli, dont les nombreux ouvrages (plus de 60 en tout) sont pour la plupart traduits et souvent réédités en poche, issu d’une lignée d’aristocrates italiens, son sujet de prédilection est l’histoire de ses ancêtres, pour la plupart vice-rois de Sardaigne

Miroirs est son cinquième roman historique et son treizième roman, le troisième à paraître chez Plon .

Miroirs vu par son éditeur

1665. Une nuit d’Epiphanie, des bourgeois effrayés croient voir les Rois mages traverser leur ville. Mais les trois voyageurs ne viennent nullement célébrer la présentation de l’Enfant Dieu aux hommes, et ne transportent ni or ni encens ni myrrhe. Ils viennent de traverser l’Italie, les Alpes, ont franchi tous les obstacles et passé toutes les frontières, afin de livrer à Nicolas d’Assan, baron de Valognes, leur mystérieuse cargaison: d’immenses miroirs de Venise. C’est le grand gel de l’hiver. C’est une nuit extraordinaire. La vie de Nicolas d’Assan va s’en trouver à jamais bouleversée. Car le jeune baron nourrit un goût immodéré pour les miroirs et n’hésite pas, en dépit des risques, à en faire venir en contrebande.

Repéré par la police du Roi, il est d’abord fortement encouragé à rouvrir la verrerie de son père, puis contraint de partir à Venise recruter des ouvriers afin de permettre à la toute nouvelle Manufacture Royale des Glaces de Miroirs de rivaliser avec la Sérénissime.

Lors de son premier voyage, il fait la rencontre de la belle Azura qui accepte de venir travailler à Paris, mais disparaît mystérieusement le jour du départ. Six mois plus tard, au retour de sa troisième mission, Nicolas engage l’un des ouvriers vénitiens, l’énigmatique Vittorio Dino, qui va faire de la verrerie de Valognes une réussite éclatante. Au point de déclencher l’ire de Colbert et d’être recruté de force par la Manufacture Royale.

Les années suivantes, Nicolas va les employer à éclaircir le mystère de l’identité réelle de Dino, apparemment lié à celui de la disparition de sa mère, à sa naissance…

Un roman à l’intrigue décevante

La Venise des demi masques et des demi vérités est une ville dont il faut se méfier, surtout quand, comme le héros du roman, on y vient pour tenter de débaucher les précieux artisans verriers dont a besoin le puissant Colbert pour sa Manufacture royale. Les ouvriers de Murano sont les seuls à détenir les secrets de la fabrication des grands miroirs, et à ce titre on s’arrache leurs services. Le roman décrit ces périples à risques dont tous ne réchappent pas, et cet aspect du livre est passionnant.

En revanche, la partie plus romanesque de l’ouvrage, les relations troubles entre Nicolas, Vittorio et Azzura, est un peu cousue de fil blanc. Le lecteur devine trop tôt l’issue d’un mystère bien peu intrigant car trop évident.

Reste l’intérêt de se replonger dans une époque trouble, avec en toile de fond l’industrie du verre, un sujet assez nouveau pour être intéressant. Notons au passage cette allusion au «méchant mot» d ’Henri IV , «lequel apprenant que les gens qui entravaient sa route étaient des souffleurs de verre pressa son cocher d’aller leur demander de "souffler au cul des chevaux pour les faire aller plus vite !"»

Miroirs , Gérard de Cortanze

Editions Plon, janvier 2011, 235 pages, 20€

ISBN : 2-259-21196-8

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