Musée de la Renaissance à Écouen: un château aux portes de Paris

Avec les réserves du musée de Cluny, André Malraux établit, en 1969, celui de la Renaissance dans le château du connétable de Montmorency.
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Quand on pense à l’architecture Renaissance surgit aussitôt l’image des châteaux de la Loire. Pourtant, il y existe à environ vingt kilomètres de Paris, un édifice beaucoup moins connu, qui mérite lui aussi le détour. Le château d’Écouen présente un mariage tout à fait réussi du Moyen Âge, ressuscité par ses ponts-levis, et de la Renaissance, dont on repère les innovations architecturales dans les vastes galeries.

Depuis 1969, à l’instigation d'André Malraux, alors ministre de la Culture, qui souhaitait trouver un lieu pour exposer les objets postérieurs au XVe siècle dormant dans les réserves du musée de Cluny , le château d’Écouen est devenu le premier musée du monde consacré aux arts de la Renaissance.

Anne de Montmorency et le château d’Écouen

L’homme, baptisé ainsi d’après sa marraine, Anne de Bretagne, fut l’un de ces grands seigneurs qui s’approchèrent au plus près du pouvoir royal. Élevé auprès du futur François Ier , il connut une carrière des plus brillantes, jusqu’en 1541. Devenu connétable en 1538, il eut l’honneur de porter l’épée du roi. Après une éclipse de six ans, que lui valut son manque de clairvoyance politique, il retrouva les faveurs royales auprès d’Henri II, qui en fit l’une des premières personnalités du royaume. Le règne de François II, de 1559 à 1560, lui valut de retourner quelque peu dans l’ombre, avant que Charles IX ne le remit au premier plan, pour lutter contre les protestants. Montmorency mourut en 1567, en combattant dans la plaine de Saint-Denis. Il laissa derrière lui une fortune colossale, des terres à profusion et près de 130 châteaux dans toute la France.

Le château d’Écouen est l’un de ceux-ci, sans doute le plus beau. Après avoir participé aux guerres d’Italie, aux côtés de François Ier, Montmorency décida de transformer le château médiéval qu’il possédait au nord de Paris en une bâtisse susceptible de lui procurer les mêmes plaisirs esthétiques que ceux qu’il avait éprouvés en Italie. Pour atteindre son but, il ne lésina pas sur les moyens, convoquant les meilleurs artisans de son temps.

Les travaux dureront de 1538 à 1555. Écouen resta chez les Montmorency jusqu’en 1696, pour faire ensuite partie du patrimoine des Condé. En 1789, il devint propriété de l’État: club patriotique, prison militaire, puis maison de la Légion d’honneur, le bâtiment vit des jeunes filles y parfaire leur éducation jusqu’en 1962, avant que Malraux ne jette son dévolu sur lui. Le musée national de la Renaissance ouvre ses portes en 1971.

«Un musée dans un château»

La visite d’Écouen vous amènera à déambuler sur ses trois étages.

Le rez-de-chaussée témoigne d’un effort pour restituer le cadre de vie seigneurial, avec ses cheminées monumentales aux peintures bibliques – La Reine de Saba rendant visite au roi Salomon dans la salle d’armes est remarquable –, ses tentures et tapisseries. Les six salles de l’aile ouest évoquent avec clarté la sculpture, la ferronnerie, la mesure du temps et de l’espace ainsi que le rôle de la gravure dans la diffusion des thèmes de la Renaissance.

Au premier étage, plus que dans un musée, on déambule dans la demeure d’un riche mécène du XVIe siècle, ce qui fait dire à Thierry Crépin-Leblond, le directeur d’Écouen, que «ce que l’on y découvre, c’est un musée dans un château.» Toutes les pièces sont décorées, meublées et ornées de manière à rendre le bâtiment vivant. L’étage comporte néanmoins l’un des chefs-d’œuvre de son époque, une tenture composée de dix pièces s’étendant sur plus de 70 mètres: l’ Histoire de David et Bethsabée (1510-1515).

Enfin, le deuxième et dernier étage présente plus de 1500 objets répartis selon l’art sollicité: céramiques d’Isnik, émaux, majoliques, orfèvrerie…

Quelques joyaux de la Renaissance

Au fil de vos déambulations, vous pourrez notamment admirer:

  • l’horloge de Charles Quint, dite la Nef automate , navire doré où, au déclenchement du mécanisme, les dignitaires défilent devant l’empereur pour le saluer, tandis qu’une fanfare joue pour lui;
  • le pavement de faïence émaillée de la salle d’honneur du premier étage, réalisation du céramiste Masséot Abaquesne;
  • la fameuse tenture de David et Bethsabée , qui raconte leurs amours, les manipulations de David et sa punition, afin de rappeler ses devoirs au roi Henry VIII d’Angleterre , qui en aurait été l’acheteur initial;
  • Les émaux de Léonard Limosin, dont le portrait d’Éléonore d’Autriche – où, sur un fond sombre et sur le velours de la robe contrastent une dentelle et une peau d’une blancheur éclatante –, avec lequel il lança la mode du portrait émaillé.

Musée national de la Renaissance Château d'Ecouen 95440 Ecouen

Tél : 01.34.38.38.50/ Fax : 01.34.38.38.78

Ouvert tous les jours sauf le mardi de 9h30 à 12h45 et de 14h00 à 17h15 (l'hiver) et 17h45 (l'été: à partir du 16 avril). Fermé les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.

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