Paris vs New York: les deux villes confrontées via leurs symboles

Le graphiste Vahram Muratyan a lancé un blog où il compare visuellement la capitale française et Big Apple, en rapprochant des images de leurs emblèmes.

C’était simple, mais il fallait y penser. C’est ce que l’on est tenté de se dire en regardant les créations que Vahram Muratyan propose sur son site Paris versus New York au succès amplement mérité. Tous les trois-quatre jours, il croque un symbole de ces villes, dans sa version parisienne et dans sous sa forme new-yorkaise. La confrontation des images, minimalistes et stylisées, empreintes d’humour, est aussi amusante que révélatrice.

« Un amoureux de Paris »

Âgé de trente ans, Vahram Muratyan est diplômé de l’ESAG-Penninghen (http://www.penninghen.fr/) , qui forme au design, à l’art graphique et à l’architecture d’intérieur. En 2005, il fonde le studio de création graphique ViiiZ avec une condisciple, Élodie Chaillous, et conçoit des outils de communication pour des clients aussi prestigieux qu’Arte, France Télévisions, MK2… Trois ans plus tard, les deux compères sont appelés à enseigner l’infographie à l’ESAG, et commencent à publier chez Tana Éditions . En 2009, ce sera une collection de boîtes – Colle, décolle et recolle – contenant dix carnets de vingt post-it illustrés, aux messages décalés, à placer et déplacer selon les humeurs, sur les surfaces du quotidien : Colle, décolle et recolle ton boulot , tes potes , tes rêves … La collection compte une dizaine de titres. En avril 2010, ils publient un livre intitulé J’ai toujours rêvé d’être un artiste , présenté comme un « livre pour les créatifs qui s’ignorent » et destiné à « décomplexer » ses lecteurs, à leur « prouver qu’[ils auraient] très bien pu être Gustave Eiffel ou Andy Warhol ». Ouvrage qu’ils complètent en octobre 2010 par un carnet, J’ai toujours rêvé d’être un artiste en 52 semaines , où le lecteur est invité à colorier, dessiner, inventer, en suivant « un programme de semaine en semaine, de 01 (très facile) à 52 (super dur) pour réveiller l'artiste qui sommeille en [lui] ».

« Un match visuel amical entre deux villes »

Vahram Muratyan ouvre son blog le 18 octobre 2010. Le projet lui serait venu en comparant une feuille au format A4 et au format Letter : même utilisation, même fonction, mais objet différent. Amoureux de Paris, familier de New York, il décide de porter son regard sur l’infinité de détails qui font la vie de ces villes et permettent de les rapprocher tout en les distinguant. Il sous-titre son blog A tally of two cities , en référence manifeste au roman de Dickens ( A Tale of Two Cities Le Conte de deux cités –, qui jadis rapprocha les Londres et Paris de la fin du XVIIIe siècle, pour les distinguer), le lyrisme en moins et l’humour en plus.

À un rythme irrégulier, mais néanmoins suffisamment soutenu pour alimenter l’intérêt suscité par son blog, Vahram Muratyan publie des illustrations qui, divisées en deux, déclinent un thème donné dans chacune des deux villes. Son premier post, l’un des plus fournis, rapproche ainsi le petit Expresso parisien et le gigantesque Americano new-yorkais, le gris du ciel hivernal français et le bleu de son équivalent américain, la vielle dame de Paris et la femme forever young de New York. Si certaines confrontations de ce match tournent à l’avantage de la capitale française – la colonne Morris est plus plaisante que la construction new-yorkaise, qui crache de la fumée ( la colonne , post du 23 novembre 2010) –, d’autres ne sont guère en sa faveur, comme la crotte de chien qui orne ses trottoirs tandis qu’on voit les chiens sans leurs excréments à New York ( les chiens , post du 3 décembre 2010)…

Le trait est simple, presque minimaliste, pour ne conserver que l’essentiel, témoignant d’un regard à la fois averti et distancié. Quant aux couleurs, elles sont souvent peu nombreuses dans une même vignette, en harmonie avec la simplicité du trait dont elles soulignent souvent l’humour.

Un indéniable succès

Même si le rythme du graphiste s’est quelque peu ralenti, il y a fort à parier qu’on n’en est – fort heureusement – qu’au début de l’aventure : « Vagabonder dans ces deux villes est une histoire sans fin, ce match aussi… », a déclaré Vahram Muratyan. À une époque où les blogs prolifèrent et parviennent difficilement à sortir de l’anonymat, le nombre de médias (essentiellement des sites ou des blogs), français et américains, qui se sont déjà fait l’écho du « match amical » instauré entre Paris et New York est impressionnant (plus d’une vingtaine). Et les messages enthousiastes se multiplient sous les vignettes de Paris versus New York .

Aussi Muratyan amorce-t-il la commercialisation des produits dérivés de ses créations. Via son blog, on peut d’ores et déjà acheter les reproductions de certaines illustrations, et le site laisse penser qu’on y trouvera bientôt des étuis pour iPhone, des T-shirts ou des sweat-shirts à capuche… À suivre donc.

Paris versus New York : http://parisvsnyc.blogspot.com/

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