Potiche: François Ozon unit Catherine Deneuve et Gérard Depardieu

Adapté d'une pièce avec Jacqueline Maillan, le film est servi par une pléiade d'acteurs, dont Judith Godrèche, Karin Viard, Fabrice Luchini et Jérémy Rénier

Depuis 8 femmes , on sait que François Ozon aime les actrices. Dans son dernier film en date, Potiche , Catherine Deneuve reprend le rôle-titre, créé pour Jacqueline Maillan sur les planches, d’une épouse dévouée et soumise à un mari tyrannique. Après une série de films en demi teinte, le réalisateur revient à la comédie, sans pour autant laisser de côté la réflexion. Il s’est entouré d’acteurs de premier choix pour un projet de longue date.

« Beaucoup de choses et de discours n’ont pas vraiment changé en 30 ans »

De son propre aveu, François Ozon avait d’abord envie, dans ce dernier opus, de retrouver les comédies qui l’avaient fait rire dans sa jeunesse – les années 70. Depuis longtemps, par ailleurs, il envisageait d’adapter au cinéma Potiche , le classique du théâtre de boulevard écrit par le duo Barillet-Grédy en 1980 pour la truculente Jacqueline Maillan. Et c’est pendant la dernière campagne électorale, lors de l’affrontement Royal-Sarkozy, ayant constaté combien le machisme était encore de rigueur, qu’Ozon a décidé de mêler toutes ces envies en un film. Les rapports hommes-femmes, la misogynie dans le monde de l’entreprise, ces thèmes sont toujours d’actualité. Ozon pouvait donc signer un film aux couleurs des seventies qui parlerait encore au spectateur de 2010. Le parti-pris de conserver le contexte des années 70 – avec couleurs flashy, pattes d’eph’ et crinières vintage à l’appui – a coulé de source. Il permettait le recul nécessaire à la comédie et à la réflexion sur l’évolution de notre société. L’occasion aussi d’offrir à Catherine Deneuve, une star glamour un peu froide et distante, un rôle à l’opposé de cette image. Un contre-emploi essentiel pour le réalisateur, qui prend Fabrice Luchini pour jouer son époux grossier et arrogant, avec en tête une sorte de Louis de Funès dans ses meilleures fulgurances de mauvaise foi misogyne.

Bourgeois et syndicalistes, une histoire qui colle à l’actualité

En province, dans les années 70, le PDG d’une entreprise de confection de parapluies, Robert Pujol (Fabrice Luchini), mène ses employés et sa famille à la baguette. Il rabroue sa femme, Suzanne (Catherine Deneuve), trop soumise pour répondre à ses sarcasmes misogynes. Quand l’usine est prise d’assaut par des ouvriers excédés qui séquestrent leur patron, ce dernier fait une attaque. Obligé de se reposer, il accepte à contrecœur de laisser les rênes à sa femme. Contre toute attente, Suzanne fait des merveilles : elle amadoue le plus virulent des communistes, Maurice Babin (Gérard Depardieu), qui tombe sous le charme de cette bourgeoise ; elle choie ses employés qui ne tardent pas à l’adorer ; avec son fils, Laurent (Jérémy Rénier), elle modernise l’entreprise… Bref, elle s’émancipe, prend le pouvoir et n’a plus du tout envie de retourner à ses fourneaux.

Tant va la cruche à l’eau…

Si Ozon s’était montré peu convaincant depuis Swimming-pool , il semble avec Potiche avoir retrouvé sa verve et son humour intelligent. Il signe une comédie réjouissante, en apparence légère, mais qui vaut aussi par la réflexion toute en nuance qu’elle offre sur les rapports humains. Il serait en effet un peu réducteur d’y lire un simple plaidoyer en faveur de l’égalité hommes / femmes. Car si le spectateur jubile à la prise de pouvoir de cette femme brimée sur un mari tyrannique devenu impuissant, Ozon le rappelle bien vite à l’ordre. Quel que soit le sexe de celui qui a le pouvoir, il se révèle bien vite despotique à sa façon : brutale pour l’homme, infantilisante pour la femme.

Par ailleurs, François Ozon a le don de s’allier des castings de rêve. Ici, les acteurs sont formidables d’autodérision. Depardieu est extra en jumeau capillaire de Bernard Thibault, amoureux d’une Catherine Deneuve au chignon choucrouté façon Fabiola de Belgique, tantôt apprêtée tantôt le bigoudi au cheveu. Quant à leurs rejetons, Jérémie Rénier en quasi sosie de Claude François, tant au niveau du brushing que de la chemise col pelle à tarte et Judith Godrèche, drôle de dame façon Farah Fawcett, et surtout Karin Viard, la secrétaire abusée par son patron, lookée Denise Fabre rousse, tous se prêtent à la fantaisie du réalisateur avec un plaisir visible et communicatif. Mais point de reconstitution systématique de l’époque chez Ozon. Si les costumes et les coiffures sont clairement datés, il ne s’agit pas d’un simple exercice de style, mais d’une façon d’appréhender le goût immodéré du réalisateur pour la mise en scène. Et ce choix favorise le rire, qui l’emporte au final.

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