Quelle joie de vivre: une ressortie qui ravira les cinéphiles

Le chef-d'œuvre méconnu de René Clément, avec Alain Delon dans l'un de ses plus beaux rôles, à découvrir sur grand écran dès le 29 février.
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Quelle joie de vivre , réalisé en 1961, est resté curieusement invisible pendant de longues années, malgré ses qualités qui auraient dû lui assurer un statut de « classique » ou de film culte. C’est sans doute l’œuvre la plus originale de René Clément : une « comédie à l’italienne » au propos libertaire, confrontant anarchistes et fascistes dans une mise en scène qui joue sur tous les registres, du burlesque au dramatique.

Résumé du film

En 1921, les pupilles d’un orphelinat de province arrivent à Rome pour faire leur service militaire. Parmi eux, les inséparables Ulysse (Alain Delon) et Turiddu (Giampiero Littera) qui décident, au sortir de la caserne, de chercher du travail dans la capitale. Faute d’en trouver, ils s’inscrivent au parti fasciste qui offre une prime d’engagement. Leur première mission consiste à retrouver l’imprimeur qui propage des tracts antifascistes. Ulysse y parvient, mais au lieu de le dénoncer, il saisit l’occasion de devenir apprenti, tombe amoureux de la fille de son patron, la belle Franca (Barbara Lass), et se laisse convertir à l’anarchisme pour lui plaire. Il en arrive à se faire passer pour un vrai terroriste, et à se muer en héros malgré lui en accomplissant des actes dont les braves « subversifs » romains ne sont capables qu’en théorie. Mais au moment où il se retrouve pris entre deux feux, poursuivi par les fascistes et risquant d’être démasqué devant Franca, il fait un choix de désobéissance totale, au nom de sa propre définition de la liberté…

Critique du film

Quelle joie de vivre fait partie des films conçus pour captiver tous les publics : on peut le voir au premier degré, comme une comédie savoureuse qui ne manque pas de moments touchants ; on peut aussi être sensible à son discours politique, qui revient à montrer que tous les dogmes sont liberticides, et que les idéalistes croyant servir une bonne cause mesurent rarement les conséquences de leurs actes ; c’est par ailleurs une fable, comparable à Candide , au propos universel portant sur les valeurs les plus précieuses en dernière analyse : l’amour et la liberté.

A la fois accessible et très complexe, le film a en outre une particularité propre à enchanter les cinéphiles : il regorge de clins d’œil à l’histoire du cinéma et de citations détournées qui vont de Chaplin au néoréalisme, en passant par Fritz Lang et Eisenstein. En 1961, on ne parlait pas encore de cinéma « postmoderne », mais Quelle joie de vivre montre que René Clément l’était, avant la lettre. C’est l’une des caractéristiques qui font qu’aux yeux d’un spectateur d’aujourd’hui, ce film n’a pas vieilli, produisant un effet intemporel, comme son propos.

La mise en scène de Clément est virtuose de bout en bout, et les acteurs s’y prêtent de leur mieux : outre Alain Delon, dont le rôle révèle toute l’étendue de son potentiel, dans une alternance de comique, de romantique et de dramatique, on trouve Barbara Lass impeccable et pleine de charme ; Gino Cervi et Rina Morelli forment un couple hilarant, mais qui échappe à la caricature ; les autres seconds rôles, dont Paolo Stoppa et Ugo Tognazzi, apportent chacun sa touche qui enrichit le spectacle. A voir et à revoir.

"J'ai pris un immense plaisir à faire ce film avec René Clément, après Plein soleil où je venais de jouer un personnage complètement différent. De fait, Tom Ripley devient assassin, tandis qu'Ulysse, dans Quelle joie de vivre , préfère rester du côté des plus faibles. Clément aimait justement me donner des rôles radicalement opposés, pour faire ressortir mon potentiel de composition. Quelle joie de vivre a été sous-estimé à sa sortie, et j'espère que le public d'aujourd'hui saura y reconnaître un vrai chef-d'œuvre de René Clément." Alain Delon

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