Raiponce, un Walt Disney doublé par R. Duris et I. Adjani

Dans le 50ème film d'animation des studios Disney, inspiré du conte des frères Grimm, la princesse rencontre, malgré la mère Gothel, le brigand Flynn Rider.

Tout en s’appuyant sur Rapunzel , un récit sombre et ténébreux, le film anniversaire, dont les studios ont confié la réalisation à Byron Howard et Nathan Greno, s’avère joyeux et lumineux. C’est que les auteurs se sont considérablement éloignés du conte original. S’ils ont conservé la jeune fille à la longue chevelure, enfermée dans une tour par une méchante sorcière, tout le reste a été transformé. Dans le conte, Raiponce est une jeune fille du peuple ; ici, c’est une princesse kidnappée. Chez les frères Grimm , elle est sauvée par son prince bien-aimé ; dans la version Disney , c’est devenu un voleur, désireux de changer de vie (ce qui, bien évidemment, se produit sous l’influence de Raiponce). Bref, inutile de chercher dans ce film une adaptation du célèbre conte.

Raiponce à la sauce Disney

Il était donc une fois un couple royal. Lorsque la reine fut enceinte, on lui apporta un plant de raiponce enchanté. Elle en but une décoction et donna naissance à une merveilleuse petite fille dont les cheveux avaient la propriété magique de soigner et de rajeunir. Or la fleur avait été dérobée sous le nez de Gothel, une vilaine sorcière, qui escomptait perdre au moins soixante-dix ans par son entremise. La voici donc qui se faufile dans le château dans l’intention de couper une boucle de cheveux au bébé. Mais une fois coupée, la mèche blonde vire au brun et perd son pouvoir. Obsédée par son apparence, Gothel n’a plus qu’à enlever son « élixir de jouvence ».

Une fois par an, le jour de l’anniversaire de Raiponce, ses malheureux parents font voler des lanternes chinoises, et du fond de sa forêt, dans la tour où elle est retenue prisonnière, une jeune fille aux cheveux incroyablement longs se demande, en voyant ces lanternes, pourquoi elle est si troublée et ce qu’elle a bien pu oublier. L’irruption inattendue de Flynn Rider, voleur, certes, mais des plus avenants, va changer la vie de Raiponce : elle redescendra sur la terre et grâce à son nouvel ami, parviendra à gagner le royaume.

Un film conçu pour que chacun y trouve son compte

Il va de soi que tout se termine bien. Par un mariage, comme de bien entendu. Ceci, c’est pour plaire aux fillettes. Mais chez Disney, on cherche à agréer à tous les publics. La 3D a été utilisée, pour séduire des enfants un peu plus âgés. Les adultes s’amuseront des plaisanteries effrontées qui émaillent çà et là le film – ah, le rapprochement insidieux de Gothel avec la chanteuse éternellement jeune qu’est Cher ! Les grands-parents, eux, seront enchantés de trouver dans ce film un rappel de l’esthétique Disney des années 50. Et les chansons du film sont si efficaces qu’on imagine aisément une adaptation de Raiponce sur une scène de Broadway.

À côté des protagonistes, les scénaristes ont introduit deux personnages destinés à ravir petits et grands : Pascal le Caméléon, unique ami de la jeune recluse. Et Maximus, le cheval de Flynn, persuadé qu’il est un chien de chasse. Si les humains du film peuvent parfois laisser dubitatifs, Pascal et Maximus sont parfaitement aboutis dans leur genre. Dès leur apparition à l’écran, on remarque en eux un esprit et un sens de l’humour indéniables. Mais ils ont par ailleurs une qualité inappréciable : ils savent se taire. Songez à l’incessant bavardage de l’Âne, dans Shrek , et vous apprécierez les silences de Maximus.

On peut enfin, et pour une fois, louer le recours à la 3D. Une utilisation que l’on pourrait qualifier de sobre. La scène des lanternes chinoises, travaillée dans les moindres détails, est à cet égard tout à fait remarquable : on dirait que des feux follets se disséminent à travers la salle de cinéma. Pour une fois que la 3D enchante au lieu d’irriter !

Avec Romain Duris et Isabelle Adjani pour doubler respectivement Flynn et Gothel dans la version française, Disney signe l’ambition du film. L’ Académie des arts et sciences du cinéma vient de désigner les 15 prétendants aux nominations du Meilleur film d’animation : Raiponce y figure, aux côtés de Toy Story 3 , Shrek 4 , Megamind , Dragons , Le Royaume de Ga'Hoole , L'Illusionniste ou encore Moi, moche et méchant . Seuls trois d’entre eux seront sur la liste définitive des nominés. Réponse le 25 janvier 2011, pour une attribution de l’Oscar le 27 février.

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