Rango, le dessin animé de Gore Verbinski, doublé par Johnny Depp

Après Pirates des Caraïbes, Verbinski revient avec un film d'animation, western comique où un caméléon domestique doit affronter le "Wild West".
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À chaque saison, son blockbuster animé. Après Moi, moche et méchant à l’automne, Raiponce pendant l’hiver, voici Rango pour réjouir les familles au printemps 2011. Produit par Nickelodeon, le film est annoncé par sa bande-annonce depuis plusieurs mois et met en avant ses deux atouts majeurs, en la personne de Gore Verbinski (à qui l’on doit la série des Pirates des Caraïbes) à la réalisation, et de Johnny Depp, l’illustrissime interprète de Jack Sparrow (même si le spectateur francophone n’aura guère l’occasion de goûter aux subtilités du doublage de l’acteur).

Résumé de l’intrigue

Rango est un caméléon aux yeux globuleux, qui vit bien tranquillement dans un terrarium où il s’imagine interprète de drames shakespeariens. Un caméléon, c’est bien connu, peut prendre n’importe quelle apparence, et la devise de Rango n’est autre que « Je peux devenir qui je veux » ! Or cette vie confortable prend fin le jour où le terrarium de Rango tombe de la voiture de son propriétaire, confrontant notre héros aux dangers qui peuplent le désert des Mojaves. Rango échoue dans la ville de Dirt où, suite à une sécheresse de plusieurs mois, l’eau constitue désormais la richesse suprême.

Ses habitants – des rongeurs, reptiles, oiseaux… – n’aiment guère les étrangers, mais Rango comprend à temps que là où l’on ne te connaît pas, tu peux être qui tu veux. Notamment un héros légendaire et a fortiori un shérif. Mais le temps que Rango polisse son nouvel insigne et entre dans le rôle du représentant de l’ordre, quelqu’un a volé les dernières réserves en eau de la ville…

La touche Verbinski

Le réalisateur a déclaré qu’en acceptant de diriger Rango , il espérait travailler sur un «petit» film, après le côté démesuré des trois premiers volumes de la saga des Pirates des Caraïbes , mais il reconnaît avoir sous-estimé combien un film d’animation pouvait être difficile et chronophage.

De fait, Rango produit tout sauf l’effet d’un film bâclé, et l’on y sent indéniablement la patte de son réalisateur. On notera ainsi le soin tout particulier que Verbinski a accordé au doublage du film en V.O. Au lieu de faire prononcer séparément leurs répliques aux acteurs, comme cela se pratique habituellement, le réalisateur a réuni Johnny Depp, Isla Fisher, Abigail Breslin, Alfred Molina, Harry Dean Stanton… en fonction des scènes qui les mettaient en présence, et les acteurs ont joué leur rôle, en costumes, et parfois dans des décors leur permettant d’avoir mieux le sentiment de l’espace. Car il ne s’agissait pas seulement d’enregistrer les répliques, mais aussi de filmer les acteurs, afin que les images captées puissent être utilisées par les animateurs.

Et si le spectateur francophone profite bien peu de ces efforts en ce qui concerne la bande-son, il peut néanmoins en apprécier le résultat dans le personnage de Rango. Car celui-ci présente la plupart des mimiques de Johnny Depp dans son interprétation de Jack Sparrow.

Critique

Il n’est pas certain que le film soit vraiment destiné aux enfants. Certes les péripéties abondent, avec poursuites et gags en tous genres, à l’instar de ce que l’on voit dans tous les blockbusters, de Shrek à Megamind , en passant par Kung Fu Panda , mais Rango convoque toute une esthétique et des références au western sans doute plus familier aux adultes qu’aux enfants. Les paysages désertiques sont admirablement rendus, et les mouvements de caméra utilisent avec virtuosité l’espace et les perspectives lors des scènes au désert – la poursuite dans le canyon cloue le spectateur dans son fauteuil !. Mais c’est surtout par ses plaisanteries, ses parodies et ses citations de westerns classiques que le film est intéressant, avec tout ce qui en découle : saloons, fermiers, bandits, duels et autres éléments du folklore de l’Ouest. Clint Eastwood, qui en incarne l’Esprit, Les sept Mercenaires , Il était une fois dans l’Ouest … sont ainsi convoqués par un réalisateur qui, d’autre part, ne s’est pas limité aux références internes au genre : Apocalypse Now , avec la Chevauchée des Walkyries en bande-son sur une fusillade, ou Las Vegas Parano , quand Rango manque de se faire écraser par des chauffards au look caractéristique…

On pourrait indéfiniment jouer à ce jeu, ce qui a fait dire à un critique américain que Rango était l’équivalent, pour un film destiné à la jeunesse, d’un film de Quentin Tarantino pour les adultes. Si, effectivement, la dimension sanguinaire des films du réalisateur de Pulp Fiction est absente de Rango , on peut toutefois douter que les enfants seront en mesure d’effectuer les rapprochements cinéphiliques. Il y a toutefois fort à parier qu’ils ne bouderont pas leur plaisir pour autant.

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