Robot Thespian : quand le high-tech se prend pour Hamlet

Star du dernier CeBIT de Hanovre, ce prodige technologique montre que la robotisation de la sphère artistique s'étend. Les acteurs sont-ils menacés ?

Il a épaté et amusé les visiteurs du dernier salon mondial du high-tech en déclamant du Shakespeare. « To be or not to be… » lançait-il aux passants, tout en essayant d’embrasser ceux qui l’approchaient. Cet exploit technologique a nécessité cinq ans de développement et des milliers de calculs à ses créateurs, mais le résultat, pour bluffant qu’il soit, s’inscrit dans une évolution amorcée depuis plusieurs années : les robots remplaçaient déjà les humains dans les usines, et voilà à présent qu’ils font leurs premiers pas sur scène.

Qui est le robot Thespian ?

C’est la petite firme britannique Engineered Arts , dirigée par Will Jackson, qui a mis au point le robot Thespian, sous la houlette de Marcus Hold. La créature est blanche et dotée d’yeux animés. Ses trois processeurs et la caméra vidéo placée dans sa tête permettent au manipulateur de voir ce qu’il voit et d’adapter ses mouvements. Il est en outre capable de reconnaître et d’imiter les gestes humains.

Mais ses talents ne s’arrêtent pas là. Il identifie aussi les couleurs, ainsi que les objets, les expressions du visage et les voix. Il peut parler couramment vingt langues, prendre différents timbres et intonations, ainsi que chanter. Par ailleurs, comme il est posé sur un socle pivotant, il est capable de se tourner et de danser, mais sa mobilité est quand même réduite. Une faiblesse à laquelle ses créateurs comptent bien remédier à l’avenir. Il faudra peut-être aussi réapprende le calcul mental à Thespian qui, interrogé à Hanovre, a affirmé avec aplomb que 2 + 2 était égal à 496 .

Qui va s’en servir ?

Aux dires d’ Engineered Arts , vingt-et-une entités se sont portées acquéresses de Thespian à travers le monde, et vingt autres ne devraient pas tarder à franchir le pas. Parmi les premiers, on trouve notamment la Nasa, qui veut l’utiliser à l’accueil du Kennedy Space Center, ou la ville de Shanghai. Des musées seraient également intéressés par Thespian, qui le verraient bien en guide conférencier. Et puis l’on parle du théâtre des robots de Varsovie, car il y a en effet une évolution en marche, qui voit s’implanter les robots dans le domaine artistique.

Des robots à la Comédie française ?

On n’en est pas encore là, mais observons. Au cinéma, on crée déjà des personnages virtuels, ce qui a conduit George Lucas à annoncer que les acteurs seraient bientôt superflus sur les plateaux.

Le théâtre semblait néanmoins à l’abri de l’invasion. Or au Japon, la firme Mitsubishi a mis au point un robot appelé Wakamaru, capable de dire un texte avec une expressivité à la fois vocale et gestuelle. Initialement conçu comme robot domestique, le voici désormais qui investit la scène de l’université d’Osaka, pour y interpréter un rôle d’une vingtaine de minutes (ses batteries ne tiennent pas plus pour le moment) aux côtés d’humains, dans une pièce intitulée Je suis un travailleur.

Parallèlement, Varsovie et Taïwan revendiquent la création du premier théâtre de robots du monde. La capitale polonaise accueille en tout cas désormais trois robots Thespian, quand le théâtre de l’île asiatique propose déjà le spectacle de quelques scènes du Fantôme de l’Opéra , interprétées par deux androïdes et deux robots montés sur roues : on y chante, on y fait de la pantomime, on échange des répliques, on y joue même des percussions.

Il s’agit bien évidemment d’expériences plus technologiques que véritablement esthétiques, mais il n’est pas impossible d’imaginer que des artistes de la scène théâtrale feront un jour des robots de véritables parties prenantes de leur art, comme ils ont intégré les technologies nouvelles dans la musique ou les arts visuels. Et peut-être n’y aura-t-il plus alors que la position de spectateur qui sera réservée aux humains.

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