Visite du musée Jean de la Fontaine à Château-Thierry

Profitez d'une escapade en Champagne pour découvrir la maison natale du fabuliste, ses fables, ses contes et ses relations avec les grands du 17e siècle.
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À une heure de Paris par l’autoroute A4, sur la route d’Epernay, vous traversez Château-Thierry . Prenez une demi-journée pour visiter le cœur de la ville et l’ imposante demeure où Jean de la Fontaine naquit en 1621. Pour une somme modique (3,60 euros, gratuit le mercredi), pénétrez dans l’univers du père du Corbeau et le renard . Toutes les collections du musée s’articulent autour de La Fontaine et de son œuvre, offrant une pluralité de lectures de ses fables grâce à la présentation de dessins, de gravures, de peintures, de sculptures ou d'objets d’art.

« Je suis un homme de Champagne »

Le fabuliste naît dans ce bel hôtel particulier d’époque Renaissance, situé dans la rue des Cordeliers (rebaptisée rue Jean-de-la-Fontaine), le 8 juillet 1621. Issu d'une famille aisée, Jean vit une enfance heureuse, entouré de son père, Charles, maître des Eaux et Forêts, de sa mère, Françoise, et de son frère cadet, Claude. Grand, plein de santé, plus à l’aise dans sa province natale que dans les salons parisiens, Jean de la Fontaine devient un redoutable séducteur.

Ayant épousé Marie Héricart, cousine de Jean Racine, il coule, au pied du château des ducs de Bouillon, des jours paisibles, entre écriture, lectures et dégustations de Champagne. Mais ses contes décriant l’hypocrisie de l’époque, peuplés de héros en soutane et cornette, s’ils connaissent un grand succès populaire, choquent le très prude Colbert, ministre du roi, qui les fait censurer et accuser de « corrompre les bonnes mœurs et d’inspirer le libertinage ».

En 1576, ruiné par la censure, La Fontaine doit vendre la propriété familiale et s’installer à Paris pour tenter d’y trouver la gloire. Ce sont ses fables, moralisatrices et sages, qui lui permettent d’entrer à l’Académie française en 1684 et de passer à la postérité.

Une visite s’impose : le rez-de-chaussée

On pénètre dans l’enceinte du musée par une porte cochère. Classée monument historique, la maison natale du poète, construite au 16e siècle, devenue musée en 1876, a bénéficié d’une réfection de ses façades entamée en 2008 et visant à restituer à l’endroit l’aspect qu’il avait du temps de La Fontaine. Dans la cour pavée, noble et spacieuse, on peut voir le double perron de pierre et le vieux puits d’origine, alors que les murs qui ceignaient la cour furent détruits en 1882.

On débute la visite par le jardin, à l’arrière. L’hôtel particulier était, à l’époque, délimité par les remparts de la ville encore visibles, tout comme l’emplacement d’une tour rasée au 18e siècle. Planté d’arbres biscornus, décoré d’une promenade bordée de bancs de bois et ornée d’illustrations de La Cigale et la Fourmi , l’endroit est paisible et agréable. On en fait le tour et on pénètre dans la maison en passant sous une tonnelle de roses.

Au rez-de-chaussée, un couloir pavé de tommettes mène, à droite, à la salle dite du 17e siècle. Avant de l’atteindre, on longe une galerie de gravures présentant des personnes de l’entourage de La Fontaine: son épouse, Marie Héricart, Mme de la Sablière, son ami Fouquet, la marquise de Sévigné, l’Abbé Furetière, la comtesse de Lafayette et la duchesse de Bouillon, nièce de Mazarin, grande protectrice et admiratrice du poète, en particulier de sa plume galante et libertine…

En entrant dans la salle 17e siècle, on est accueilli par le portrait le plus célèbre de La Fontaine, celui réalisé par Hyacinthe Rigaud en 1684 qui représente l’académicien fraîchement élu. Au centre de la pièce, une table présente l’acte de baptême et une lettre de la main de La Fontaine. Vous pourrez voir l’évolution de sa signature sur différents manuscrits et au bas d’actes notariés. En fond sonore, pendant que vous admirerez l’importante sélection d’éditions réalisées sous le contrôle du poète, vous entendrez des fables récitées sur fond de clavecin.

En sortant de la pièce, reprenez le couloir, sur la gauche cette fois, pour rejoindre la salle dite du 18e siècle, consacrée aux expositions temporaires.

La visite continue : le premier étage

On accède au premier étage par un élégant escalier à volées droites parallèles, décoré d’illustrations par l’imagerie d’Epinal de ses fables ( Perrette et le Pot au lait, La Cigale, l’Âne et le Chien, Le Pot de terre contre le Pot de fer… ). Sur le palier, une statue du maître vous accueille. Avant d’entrer dans la salle dite du 19e siècle, sur la droite, un espace vidéo ravira les enfants. On y propose des fables adaptées en dessins animés. Sur les murs, une partie de la collection des miniatures du baron Feuillet de Conches présente des illustrations des fables réalisées par des artistes du monde entier.

La salle 19e montre bien comment les fables de La Fontaine n’ont cessé de susciter l’imagination, en particulier en ce siècle. Elles sont utilisées comme support pédagogique à l’apprentissage de la lecture (rébus, devinettes, jeux de l’oie), de la morale et du civisme (puzzles, tableaux, jeux), de l’écriture (encriers en porcelaine ou faïence), ou comme prétexte à la décoration, sans que l’artiste en goûte forcément la poésie (poêle à bois en terre vernissée, pendules, bonbonnières, assiettes).Vous admirerez en particulier une saisissante huile sur toile illustrant La Mort et le Bûcheron . En ressortant, ne ratez pas sur votre gauche un portrait de La Fontaine réalisé par Salvador Dali.

Terminez la visite par le cabinet de travail, sur le même palier mais à gauche. À l’époque de l’auteur, on y accédait par une tourelle. C’est aujourd’hui une enfilade de petites pièces qui y mène. La Fontaine y recevait ses administrés en tant que maître des Eaux et Forêts (comme son père avant lui). C’est surtout dans cette pièce qu’il passait de longues heures à méditer, laissant libre cours à son inspiration. Une simple table fait office de bureau, couverte de lettres, et une tenture des Gobelins réchauffe l’atmosphère. Sur le mur d’en face, deux toiles représentent Le Cerf se voyant dans l’eau et La Lice et sa Compagne .

En redescendant l’escalier vous rejoindrez le jardin, et sortirez par une petite boutique très chaleureuse.

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