Visitez les deux maisons de Victor Hugo, à Paris et à Guernesey

Le père des "Misérables" loua un temps l'Hôtel de Rohan-Guéménée, place des Vosges, et acheta la Hauteville House, sur l'île anglo-normande.

Pendant sa longue vie mouvementée, Victor Hugo, né à Besançon en 1802 et mort à Paris en 1885, vécut dans de nombreuses demeures: Bruxelles, Vianden (au Luxembourg), diverses adresses à Paris, Jersey… Parmi elles, la Ville de Paris a choisi d’entretenir celles où il résida le plus longtemps: l’ Hôtel de Rohan-Guéménée , place des Vosges et, plus surprenant, la maison où il s’exila sur l’île anglo-normande de Guernesey, Hauteville House , offerte à la Ville par ses héritiers.

Petit voyage dans le 19e siècle.

L’Hôtel de Rohan-Guéménée, maison-musée

On entre dans cet hôtel particulier depuis le numéro 6 de la place des Vosges, en plein cœur de Paris, sous les arcades. Par le bel escalier (un accès par ascenseur est aussi possible), montez au deuxième étage. C’est là, par une vaste pièce carrelée consacrée aux jeunes années d’Hugo, l’antichambre, que l’on pénètre dans l’antre du maître. Il fut locataire de ce vaste appartement de 280 m2 pendant 16 ans, de 1832 à 1848. Il y emménagea avec son épouse, Adèle Foucher, et leurs enfants: Léopoldine, Charles, François-Victor et Adèle. Déjà rendu célèbre par Notre-Dame de Paris et Hernani , Victor Hugo pouvait se payer un lieu idéalement situé pour composer certaines de ses œuvres les plus remarquables, avec vue sur celle qui s’appelait alors la place Royale.

En poursuivant la visite, vous admirerez de nombreuses toiles d’Auguste Châtillon représentant les membres de la famille, notamment Victor Hugo et son fils François-Victor ou sa fille Léopoldine. Dans le salon rouge, la première et vaste pièce après l’antichambre, trônent un buste du poète exécuté en 1838 par son ami David d’Angers et un portrait d’Adèle par Louis Boulanger (1839).

À angle droit, tournez à gauche, où une série de pièces en enfilade vous attend. Tout d’abord, l’impressionnante salle à manger, dite salon chinois ou salon du retour d’exil - la décoration en fut conçue par Hugo à Guernesey pour plaire à sa maîtresse, Juliette Drouet -, avec ses assiettes et ses boiseries remarquables. Pour ceux qui l’ignorent, on y découvre qu’Hugo était un artiste aux talents multiples: les boiseries furent dessinées et travaillées par ses soins. Perpétuel chineur, il fit aussi l’acquisition de meubles, dont il savait astucieusement détourner l’usage premier pour les adapter à ses goûts et à ses besoins.

La visite se poursuit par le petit salon chinois, pour se terminer dans la chambre à coucher de Hugo. En seize années d’une vie intense, les souvenirs sont nombreux: tristes - la mort de Léopoldine, accidentellement noyée à l’âge de 19 ans -; plus gais - les visites des nombreux amis du couple, Gautier, Lamartine, Mérimée, Sainte-Beuve, Musset, Vigny, Delacroix ou Dumas, entre autres, et la rencontre avec le grand amour de sa vie, Juliette -; ou besogneux - il écrivit dans cet appartement, outre Le Roi s’amuse , Marie Tudor , Lucrèce Borgia et Ruy Blas , Les Chants du crépuscule , Les voix intérieures , Les Rayons et les ombres , mais aussi une partie des Misérables et le début des Contemplations . Ne manquez pas, au passage, l’abondante correspondance entre Hugo et l’espiègle Juliette, témoignage patent de leur amour.

En redescendant, arrêtez-vous au premier étage où sont présentées des expositions temporaires, en partenariat avec de prestigieux musées: le Louvre , Orsay, le musée Rodin ou le musée d’Art moderne par exemple. Depuis sa fondation en 1902, le musée est accessible au public. Actuellement, il est ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10h à 18h.

Hauteville House, maison d’exil

Homme politique engagé, Hugo répondit au coup d’Etat de Louis Bonaparte par l’exil, en 1851. Il vécut quelque temps à Bruxelles, passa trois ans à Jersey et finit par acheter une vaste demeure sur l’île voisine de Guernesey. Immense bâtisse blanche entourée de jardins surplombant la mer, Hauteville House fut en partie financée grâce au succès des Contemplations (dont tout écolier a récité le fameux "Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne…").

Si les jardins ne sont accessibles au public qu’en des occasions exceptionnelles - ce fut le cas en 2002, pour les célébrations du bicentenaire de la naissance d’Hugo -, la maison est ouverte aux visites. Sous la direction d’un guide, vous y découvrirez les fresques bleutées du salon oriental ou les tentures du salon rouge baroque, des pièces qui reflètent le goût du maître des lieux pour la brocante et l’aménagement intérieur, ainsi que sa créativité.

Enfin, il faudra monter jusqu’au 3e étage pour bénéficier du clou de la visite. Vous admirerez la vue depuis la verrière du cabinet de travail de Victor Hugo, connue sous le nom de "looks-out". C’est dans ce petit " Cristal Palace" (palais de cristal) et face à l’océan déchaîné qu’il composa La Légende des siècles , William Shakespeare , Les Chansons des rues et des bois , L’Homme qui rit et Les Travailleurs de la mer . Il y termina aussi ses Misérables . Il quitta Hauteville pour rentrer à Paris en 1870. Il n’y retourna ensuite que pour de courts séjours.

La maison est ouverte d’avril à septembre, tous les jours sauf le dimanche, de 10h à 16h.

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