Déchets nucléaires : quand le profit prévaut sur la sécurité

Comment gérer le problème des déchets nucléaires? Les solutions bradées par le lobby du nucléaire annoncent un avenir plutôt préoccupant...

La France s’est spécialisée dans la production d’électricité d’origine nucléaire. Le problème le plus crucial est bien la gestion des déchets extrêmement dangereux issus de cette activité. L’enfouissement de ces déchets dans le sous-sol profond s'avère la solution la plus intéressante. Mais, même à grande profondeur, encore faut-il que le stockage des déchets nucléaires se fasse dans les conditions les meilleures afin de réduire au maximum les risques de contamination du sous-sol et de la surface. Or, il semble que les projets les plus sécurisants soient le plus souvent sacrifiés au profit de solutions certes moins coûteuses mais présentant des risques considérables pour les populations.

Les déchets nucléaires, des polluants particuliers

Les déchets nucléaires se composent d’éléments radioactifs qui émettent des radiations ou rayonnements invisibles, de natures diverses pendant des durées ou périodes variables. La nature de certains rayonnements, (rayonnement α) sont particulièrement nocifs pour les organismes vivants. L es déchets nucléaires les plus dangereux se regroupent dans trois catégories selon leur degré et durée de radioactivité: les déchets de faible activité et de vie longue (FA-VL), les déchets de moyenne activité et de vie longue (MA-VL) et enfin, les déchets de haute activité et de vie courte ou longue (HA-VC et HA-VL). Les déchets nucléaires FA-VL et MA-VL émettent entre autres des rayonnements α durant une période comprise entre 31 ans et quelques centaines d’années, ces déchets nucléaires nécessitent d’être isolés dans des récipients en béton ou bitume. Ces déchets nucléaires regroupent les résines, boues de décantation, conteneurs de combustible nucléaire, équipements et déchets des centrales déclassifiées et démantelées etc. Les déchets nucléaires à haut niveau de radio-activité (HA) émettent essentiellement des radiations α et se caractérisent parfois (les déchets nucléaires HA-VL ont une période inférieure à 31 ans) par une période importante comprise entre plusieurs milliers à plusieurs centaines de milliers d’années. Ils dégagent une chaleur si élevée qu’ils doivent être refroidis durant plusieurs décennies avant leur stockage définitif. La plupart de ces déchets particulièrement nocifs proviennent de la réaction de fission nucléaire : cendres de combustion, barres de combustible appauvrie en uranium après irradiation, fluides issus du retraitement etc.

Un projet remarquable mais coûteux

Un établissement public de recherche scientifique indépendant rassemblant 70 laboratoires, l ’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radio-Actifs (A.N.D.R.A.), a trouvé une solution intéressante pour le délicat stockage des déchets nucléaires les plus dangereux. Après de multiples repérages et calculs, les chercheurs ont détecté la couche géologique idéale composée d’argile imperméable, homogène et stable pour entreposer, en toute sécurité, ces déchets radioactifs à 500 mètres de profondeur dans le sous-sol de Bure (Meuse). Cet organisme a, en outre, été chargé de la maîtrise d’œuvre des travaux nécessaires comme le creusement des galeries. Un débat public doit être soumis en 2013 pour une mise en service dès 2025. Le coût du stockage s’élèverait environ à 36 milliards d’euros.

Un contre-projet discutable

En vertu du principe pollueur/payeur, ce sont les industriels de l’atome, le Comité à l’Énergie Atomique C.E.A (recherche, défense et énergie), la société AREVA (recherche et extraction du minerai d’uranium, fabrication du combustible et réacteurs, fonctionnement, maintenance, recyclage, démantèlement et logistique) et Électricité de France (E.D.F.) qui devront payer la facture. Mais, ces derniers qui, pendant des décennies, se sont enrichis grâce à l’énergie nucléaire, trouvent, à présent le coût d’enfouissement trop important. Refusant de financer le projet de l’A.N.D.R.A., ceux-ci ont imaginé un contre-projet. Ce contre-projet qui privilégie la rapidité d’exécution devrait abaisser les coûts financiers de moitié mais au détriment de la sécurité.

Victoire des profits financiers sur la sécurité des populations

Certes, les autorités françaises se sont insurgées contre cette ingérence des industriels du nucléaire dans un projet public. Mais, face au puissant lobby du nucléaire, le projet initial de l’A.N.D.R.A. semble de plus en plus compromis. En effet, en janvier 2012, l’A.N.D.R.A. a même délégué la maîtrise d’œuvre de son projet à une grande société pétrolière plus apte à maximiser ses profits qu’à raisonner « sécurité » à long terme. Ce constat déplorable ne peut que jeter un certain discrédit sur la gouvernance de la France et nous inquiéter quant à l’avenir de la population de la région de Bure…

Sources et pour en savoir plus :

Chamley Hervé, 2004. Radioactivité in Environnements géologiques et activités humaines. Éditions Vuibert, 512p.

Nouyrigat Vincent, 2012. Ne bradons pas l’enfouissement de nos déchets nucléaires. Sciences et Vie, n°1135, avril 2012, p.50.

ANDRA

Classification des déchets radioactifs

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