Environnement: le lichen, bioindicateur de la pollution de l'air

Les lichens, êtres vivants souvent méconnus et discrets, possèdent des capacités à révéler la teneur des polluants atmosphériques.
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Les lichens sont des organismes vivants particuliers qui réagissent comme de véritables éponges par rapport à leur environnement. Ils absorbent et accumulent ainsi toutes les substances y compris les polluants. Toutefois, leur utilisation comme bio-indicateur ou indicateur biologique, qui n’est pas sans contraintes, est de plus en plus remise en cause par l’instrumentation scientifique.

Les lichens : des organismes vivants particuliers

Le lichen est d’un organisme vivant symbiotique. Il est formé de l’association mutuellement bénéfique d’une algue verte microscopique (ou parfois d’une cyanobactérie) et d’un champignon. L’algue verte photosynthétique (comme toutes les plantes vertes) est autotrophe par rapport au carbone, c'est-à-dire qu’elle produit elle-même sa nourriture. Le champignon est hétérotrophe par rapport au carbone, c'est-à-dire qu’il doit, comme les animaux, rechercher sa nourriture dans le milieu. La symbiose consiste pour l’algue à fournir au champignon des matières carbonées (sucres) et pour le champignon à fournir à l’algue eau, sels minéraux et protection contre la sécheresse.

Les lichens : des organismes qui absorbent tout

Contrairement à la plupart des êtres vivants, les lichens ne possèdent pas de système de défense et d’élimination des composés inutiles ou impropres à leur développement. Aussi, ceux-ci absorbent et accumulent continuellement toutes les substances avec lesquelles ils entrent en contact tel l’air, l’eau de pluie et les impuretés comme les poussières, les éléments radioactifs et les gaz dissous, notamment le dioxyde de soufre (SO2).

Des lichens qui signalent la présence de dioxyde de soufre

Certaines espèces de lichens s’accommodent volontiers d’une teneur élevée en dioxyde de soufre alors que d’autres espèces le supportent moins. On peut ainsi mettre en évidence, selon la présence d’une espèce ou l’autre, un gradient spatial de la teneur en polluant par rapport à la source de pollution. Ainsi, dans les zones les plus éloignées de la source de pollution où l'air est pur (SO2<30µg par mètre cube d'air), on trouve les lichens fruticuleux comme Usnea . Les lichens foliacés tels Parmalia sulcata, Xanthoria parietina se développent dans la zone intermédiaire où les teneurs en dioxyde de soufre sont comprises entre 30 et 70 µg par mètre cube d'air. Les lichens crustacés, très résistants, comme Lecanora conizaeoides occupent les zones plus proches de la source de pollution où les teneurs dépassent 70 µg par mètre cube d'air. La connaissance d’une cinquantaine d’espèces de lichens permet ainsi de cartographier une zone urbaine et industrielle affectée par le dioxyde de soufre.

Les limites de l’indicateur biologique

Comme tous les bioindicateurs, l’utilisation du lichen à ces fins nécessite de connaître, de façon précise, les conditions écologiques de l’écosystème analysé (climat, sol, topographie, espèces vivantes etc.) qui peuvent influencer et donc fausser les résultats. Enfin, la mise au point d’appareillages de plus en plus pointus utilisés notamment dans l’analyse de la pollution atmosphérique remet en cause l’utilisation du lichen.

Pour en savoir plus:

Fischesser Bernard, Dupuis-Tate Marie-France, 2007. Le guide illustré de l'écologie . Éditions de la Martinière, édition revue et augmentée, 350p.

Thièvant Pascale, 2001. Guide des lichens de France . Éditions Delachaux et Niestle, coll. Guide du naturaliste, 304p.

Les lichens indicateurs de la pollution de l'air

Détecter la pollution par l'inventaire des espèces de lichen

Evaluer la pollution par l'étude des associations de lichens

Association Française de lichénologie

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