Femmes d'Iran:du voile islamique à la lutte pour les droits

En Iran, les femmes se battent chaque jour pour leurs droits. Voile, interdits, équité, politique, certaines parviennent peu à peu à s'imposer...
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En Iran, de plus en plus de femmes s’affirment au sein d’une société encore largement patriarcale. Loin de les marginaliser, le voile islamique semble les avoir encouragé. Comme ailleurs, les interdits sont parfois transgressés. Mais le chemin de l’équité entre hommes et femmes reste un parcours semé d’embûches. Pour les iraniennes, la politique est devenue un moyen idéal pour faire prévaloir leurs droits.

Femmes et voile islamique

Vu d’occident, le voile islamique dont se parent les musulmanes est souvent, à tort, considéré comme une atteinte à la liberté féminine. En Iran, ce voile, qui depuis la Révolution islamique a souvent pris des couleurs et de la transparence, a libéré la femme du ghetto familial. C’est bien cet accessoire vestimentaire qui a donné aux filles et aux femmes la possibilité d’accéder à l’université, à l’emploi, à l’autonomie professionnelle et sociale. En 2009, sur 2,5 millions d’étudiants, 1,5 sont des filles.

Femmes et interdits

En Iran comme dans l’ensemble des pays musulmans, dans certaines situations de la vie courante, femmes et hommes sont séparés. Il en est ainsi dans les transports publics ou plus récemment dans les women’s cabs verts réservés aux femmes. Cette séparation des sexes est parfois sollicitée par les femmes elles-mêmes pour éviter réflexions et gestes déplacés des hommes. Cette tradition ne facilite guère les contacts entre sexes opposés. Toutefois, en Iran, les taxis collectifs sont mixtes. Certains en profitent pour faire connaissance et nouer des liens malgré les interdits.

Femmes et justice

Même si la Révolution iranienne a apporté plus de liberté aux femmes, celles-ci doivent se battre sans relâche et souvent en payant le prix fort pour obtenir les mêmes droits que les hommes. Si la femme est l’égal de l’homme au bureau de vote, elle n’est qu’un demi homme lorsqu’elle témoigne ou hérite! De même, une fille de 9 ans est responsable pénalement alors qu’un garçon ne l’est qu’à 15 ans! etc. Dans la revue Zanan, la journaliste Shahla Shorkat qui relatait les injustices faites aux femmes a été emprisonnée plusieurs mois et son journal dissous. Shirin Ebadi, avocate et prix Nobel de la Paix en 2003, plusieurs fois incarcérée pour avoir réclamé l’égalité des droits entre hommes et femmes, a finalement été contrainte de s’exiler au Royaume-Uni.

Femmes et politique

Le Coran interdit aux femmes l’exercice de la présidence. Mais certaines iraniennes ont ou ont eu des responsabilités politiques comme par exemple Masoumeh Ebtekar dans le gouvernement de Mohammad Khatami ou Marzieh Vahid Dastjerdi au sein de l’actuel gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad. Moins intéressées par l’exercice du pouvoir, les femmes utilisent la politique pour dénoncer les injustices à leurs égards telle l’utilisation du Coran pour légitimer la supériorité masculine. Pour les iraniennes, la responsabilité politique sert plus à défendre les droits des femmes qu’à véritablement s’opposer à la religion ou à l’État.

Sources et pour en savoir plus:

Coville Thierry, 2007. Iran, la Révolution invisible. Éditions de la Découverte, 262p.

Hugeux Vincent, 2010. Iran, l’état d’alerte. Éditions l’Express, 399p.

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