SIDA:nouvelles méthodes de traitement pour une guérison prochaine

Certains médicaments prolongent la vie des personnes séropositives. De nouvelles méthodes thérapeutiques permettent désormais d'envisager une guérison...
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Greffe de moelle osseuse

Certains individus possèdent un système immunitaire naturellement résistant au virus du SIDA. En 2007, un malade du SIDA, Timothy Brown, apprend qu’il est atteint d’une leucémie (sans rapport avec le SIDA). Le malade ne sait pas que son cancer du sang va lui permettre de bénéficier d’une nouvelle thérapie contre le SIDA. Gero Hütter, médecin à l’Hôpital de Berlin, décide de lui greffer une moelle osseuse prélevée sur un donneur résistant au V.I.H. (virus du SIDA). 0,3% des individus présentent une mutation génétique des cellules immunitaires (lymphocytes) dépourvues de « clé d’entrée » du V.I.H.. La méthode thérapeutique est intéressante mais nécessite que la moelle du donneur soit compatible avec celle du malade. Depuis sa greffe, le système immunitaire de Timothy Brown s’est régénéré. Quatre ans plus tard, les médecins ne décèlent plus aucune trace du V.I.H. dans son organisme. Toutefois, étant donné les contraintes évoquées plus haut, cette méthode, non dépourvue de risques, ne pourra concerner qu’un faible nombre de séropositifs.

Modifier les gènes des globules blancs

Parmi les méthodes innovantes pour guérir du SIDA figure la thérapie génique étudiée par l’Université de Californie (États-Unis). Elle consiste à « fabriquer » des globules blancs résistants au V.I.H.. Il existe des enzymes aptes à couper dans le génome des globules blancs, les gènes à l’origine des corécepteurs CCR5 (« clé d’entrée » du V.I.H) que le virus utilise pour pénétrer les lymphocytes. Les lymphocytes sont d’abord prélevés dans le sang du malade. On les met ensuite en contact avec les enzymes chargées de couper les gènes des corécepteurs CCR5 avant de les injecter au patient. Une mutation génétique des lymphocytes du malade s’opère avec, pour l’instant, des effets encourageants. Deux malades suivent actuellement ce traitement dont les résultats sont attendus pour 2020.

Réveiller les virus dormants pour les détruire

Une particularité du virus du SIDA est de stopper sa multiplication et de s'installer dans des cellules « réservoirs » dès le contact avec les antirétroviraux ce qui lui permet de résister au traitement. Une méthode mise au point par l’Hôpital de Melbourne (Australie), l’Université de Californie et l’Institut de Génétique humaine de Montpellier (France) permet de réveiller les virus latents pour ensuite les tuer de manière radicale à l’aide d’antirétroviraux. Des molécules anti-dormance sont capables de relancer la multiplication du V.I.H. comme, par exemple, le vorinostat également utilisé dans le traitement de certains cancers. Malheureusement, cette molécule n’est efficace que sur certaines cellules « réservoirs ». Les médecins pensent donc l’utiliser en cocktail avec d’autres molécules. Les expériences in vitro ont d’ores et déjà permis de réactiver 30 à 100% des virus dormants. Les résultats définitifs du nouveau traitement seront connus dans le courant 2017-2020.

Traiter dès le début de l’infection

Certaines personnes séropositives qui, après un certain temps, ont arrêté leur traitement à base d’antirétroviraux parviennent à contrôler le développement du virus. L’Agence Nationale de Recherche sur le SIDA a exploité ce constat pour mettre au point une nouvelle méthode de traitement contre le V.I.H.. Cette nouvelle méthode thérapeutique consiste à administrer, transitoirement mais le plus tôt possible, des antirétroviraux aux personnes séropositives de façon à empêcher le virus de s’installer dans les cellules « réservoirs » et de détruire leur système immunitaire. En effet, chez les personnes qui ont été traitées dès le début de l’infection, le V.I.H. n’est présent dans les cellules « réservoirs » qu’en très faible quantité permettant ainsi à l’organisme de se défendre contre le virus. La nouvelle méthode de traitement nécessite toutefois un dépistage dans les dix semaines après l’infection. Cette nouvelle méthode permettrait de traiter la maladie à plus grande échelle. Les résultats de cet essai thérapeutique sont attendus pour 2015-2016.

Sources et pour en savoir plus :

Persiaux Renaud, 2012. Guérir du SIDA. 4 traitements annoncent la fin du cauchemar. Sciences et Vie, n°1135, avril 2012, pp. 102-108.

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