Toponymes de France d'origine germanique

La France abonde en toponymes d'origine germanique. Quelles sont leurs principales caractéristiques et leur distribution spatiale ?
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En France, les toponymes d’origine germanique présentent différents aspects. Selon l' ordre chronologique de leur apparition, on distingue: les noms communs germaniques, les noms de personnes ou patronymes, les noms composés germaniques et les noms composés germano-romans.

Les noms communs germaniques

Apparus plus tôt, les noms communs germaniques représentent une part importante des toponymes, notamment dans l’est de la France. Par exemple, bach « ruisseau » forme, entre autres, Forbach (Moselle) avec le nom fohre « pin ». Brück « pont » se retrouve dans plusieurs toponymes comme Oberbrück (Haut-Rhin) avec ober « qui est en haut ». De même –dorf « village » compose Altdorf (Bas-Rhin) avec alt « vieux » etc.

Les noms de personnes employés avec un suffixe latin ou germanique

Certains noms de lieux construits à partir de patronymes germaniques sont parfois affectés du suffixe latin –iacum qui a pris des formes différentes. Il a notamment évolué en -y dans les Ardennes, Picardie, région parisienne et le Hainaut tel Attigny (Ardennes) avec le patronyme Atto. Dans le nord de la France, l’accusatif pluriel –iagas a donné des toponymes se terminant en –ies comme Wambrechies (Nord) avec Winibert.

Le suffixe germanique –ingen qui désigne un ensemble de personnes vivant autour d’un individu et de son domaine a donné les terminaisons -ing, -ingue, –ange en Alsace et Lorraine tels Etting de Atto et Mondelange de Mundilo (Moselle), Hunningue (Haut-Rhin) de Huno. Dans le Nord-Pas-de-Calais, –ingues domine comme Boningues-lès-Calais (Pas-de-Calais) avec le patronyme Bono. En Franche Comté, le suffixe ingos a donné –ans ou -ange comme Ornans (Doubs) de Aurwin, Bousselange (Côte d’Or) de Bucco etc. Dans le sud-ouest, les terminaisons ingos et ingus ont abouti à –ens, -eins, -enx ou encs comme Mézens de Mado et Grimaudenx de Grimoald (Tarn).

Les patronymes employés seuls ou avec un nom commun

Les toponymes issus de noms de personnes sont aussi parfois employés seuls notamment dans les régions fortement germanisées. C’est le cas de Atton (Meurthe-et-Moselle) de Stado, Guémar (Haut-Rhin) de Gasmar, Halluin (Nord)de Haliwin etc.

Dans les régions de langue germanique (Moselle, Alsace), de nombreux noms de lieux prennent la forme de noms composés d’un patronyme et d’un nom commun : Kirrberg (Bas-Rhin) avec le patronyme Kerrich et berg « mont », Bettborn (Moselle) avec Bettin et bronn « source » ou Achenheim (Bas-Rhin) avec Hacechinus et heim « ferme » ou « hameau » etc.

Les composés germano-romans

Lorsque les Francs délaissent leur langue pour celle des vaincus, les toponymes deviennent des noms composés associant un nom commun roman à un patronyme germanique. Ainsi, en Artoit, Picardie et Lorraine, le nom -curtis « ferme » ou « domaine agricole » a donné des toponymes en -court comme Gommecourt (Pas-de-Calais) avec Gundbod. Très fréquent dans le Bassin Parisien, Beauce, Picardie, Artoit, Lorraine et Normandie, villa « demeure » ou « maison de campagne » devenu « ferme » puis « village » constitue la terminaison -ville de multiples toponymes tels Bléville (Seine Maritime) avec Blidulfus. De même, les dérivés de -villa comme -villare ont abouti à des formes diverses. Si la terminaison –villers est très courant dans le nord et l’est de la France, -villars ou -vialard domine dans le Midi alors que –wihr et –willer se distinguent en Alsace. Mansus « maison rurale », « ferme » ou « hameau » a parfois évolué en –mer, -mes, -mar tel Gérardmer (vosges) avec Gero. Un dérivé de –mansus, -mansionil est devenu –ménil ou -mesnil comme Thiébauménil (Meurthe-et-Moselle) avec Théotbaldus. Enfin, d’autres noms communs se juxtaposent à des patronymes germaniques. Parmi les plus courant figurent val, mont, pont et fontaine comme par exemples Bougival (Yvelines) « val de Bodegisilus », Remiremont (Vosges) « mont de Romaricus », Radepont (Eure) « pont de Rado » et Vernierfontaine (Doubs) « fontaine de Warinhari ».

Sources et pour en savoir plus :

Gendron Stéphane, 2003. L’origine des noms de lieux en France. Essai de Toponymie. Éditions Errance, 2e édition, Paris, coll. Hespérides, 340p.

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