Toponymes d'origine gallo-romaine: formes hybrides et suffixées

La France métropolitaine compte de nombreux toponymes datant de l'époque gallo-romaine comme les toponymes hybrides et ceux à suffixe latin caractéristique.
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La conquête romaine de la Gaule n’a pas rapidement éradiqué la langue gauloise (celtique). Le latin ne s’est imposé en Gaule qu'au fil du temps. Il n’est donc pas étonnant que certains toponymes apparus au cours de cette période comportent des formes hybrides, à moitié latine et gauloise ou caractérisées par des composantes latines ou gauloises rattachés à des suffixes latins particuliers - acum , - anum et - anicum .

Les toponymes hybrides

Par leur forme hybride, certains noms de lieux d’origine gallo-romaine montrent la transition entre les deux civilisations. Ces toponymes se distinguent par un préfixe latin se rapportant souvent à un nom d’empereur et par un suffixe d’origine celtique (ou gauloise) : Au gustonemetum « sanctuaire d’Auguste », ancien nom de Clermont-Ferrand, Caeseromagus « champs de César », ancien nom de Beauvais etc. D’autres toponymes de transition se composent souvent d’un adjectif ou d’un nom commun latin en préfixe et du suffixe celtique ialo : Courteuge (Haute-Loire) de curtus (court) et de ialo (clairière), Buxeuil (Aude, Indre, Vienne) de buxus (buis) et de ialo etc.

Les toponymes à suffixe - acum et -iacum

Très fréquents dans les toponymes français, les suffixes latins peuvent être associés à des noms de propriétaires ou des noms communs celtiques ou romains. Plus ancien, le suffixe - acum (du celtique acos), qui a parfois évolué en - iacum , a servi à former des adjectifs à partir de noms puis des toponymes à partir de noms, le domaine étant sous entendu comme par exemple Albignac (Creuse) d’ Albiniacum « domaine d’ Albinius» . Les suffixes - acum et - iacum ont pris diverses formes selon les régions. Les suffixes -ac et -ieu sont très répandus en France notamment dans le domaine provençal et l’ouest comme dans Cuzieu (Ain) ou Irvillac (Finistère). En Auvergne, -ac a parfois évolué en -at tel Azerat (Dordogne, Haute-Loire). Dans l’ouest, - acum peut devenir -é telle Lavaré (Sarthe) tandis qu’en Bretagne les formes sont multiples (-euc, -ec, -oc) comme Brigneuc (Côtes d’Armor). Dans l’est, le suffixe a également donné plusieurs variantes (-y, -ey, -ay) telle Ruffey (Côte d’Or, Doubs, Jura) alors qu’en Alsace et Lorraine, - iacum aboutit parfois à -ig (Mutzig, Bas Rhin). Dans le nord-ouest et nord-est de la France (Normandie, Picardie, Nord- Pas-de-Calais, Bassin Parisien, Champagne Ardenne, Lorraine), le suffixe a fréquemment pris une forme en -y (Morigny, Manche). Le suffixe - acum peut aussi être associé à des noms communs de nature géographique, notamment des hydronymes, comme Mouzay (Meuse) sur la Meuse etc.

Les toponymes à suffixe anum et anicum

Le suffixe -anum se rencontre surtout dans le Midi (Hérault, Aude, Haute-Garonne, Pyrénées-Orientales, Gard, Gers). Il prend souvent la forme -an (Frontignan, Hérault), parfois -a (Oupia, Hérault) et même parfois se transformer en -e muet et se prononcer [a] ou [o]comme dans le toponyme Aigne (Aude).

Le suffixe -anicum a surtout contribué à la formation des toponymes de l’Hérault, de l’ouest du Gard et, en partie, de la Provence et du Massif Central. Il a évolué en -angue puis au pluriel en -argues (Savignargues dans le Gard) et ses variantes –ergues, -orgues, -irgues (Faussergues dans le Tarn; etc.). Le féminin pluriel -anicas a donné le suffixe –anges en Auvergne (Sauxillanges dans le Puy-de-Dôme) et dans de nombreuses régions de France (Montanges dans l'Ain ; Vendranges dans la Loire ; Coulanges dans le Loir-et-Cher, dans l'Allier etc.).

Sources et pour en savoir plus :

Gendron Stéphane, 2003. L’origine des noms de lieux en France. Essai de Toponymie. Éditions Errance, 2e édition, Paris, coll. Hespérides, 340p.

Toponymes d'origine celtique ou gauloise

Toponymie et géographie

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