Travail, aliénation et valeurs

Quels sont les points de vue des philosophes sur l'aliénation ou, au contraire, la valorisation de l'individu par le travail ?
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Pour l'être humain, le travail peut être vécu comme une s anction divine et une nécessité. N’existe-t-il pas une contradiction entre la nature, dont l’être humain est issu, et les conditions de travail ? Ce qui entraîne certains à considérer l’aliénation de l'individu par le travail. Mais, si la valeur économique du travail existe, le travail peut aussi valoriser l’être humain.

Travail et aliénation

Les tâches pénibles ont conduit l’être humain à inventer des machines afin de réduire cette pénibilité du travail. Mais le machinisme libère-t-il pour autant l’être humain ? Les progrès techniques ont favorisé une division sociale des métiers. Cette spécialisation des métiers qui est à la base de l’économie libérale a permis de développer des utilités et habiletés (Adam Smith). Toutefois la parcellisation des tâches a rendu leur exécution insignifiante. Ainsi, dans « Les temps modernes », Charlot ne reconnaît ni les différents moments de la fabrication ni même le but ultime de la production à laquelle il participe. Ses gestes répétitifs, quasi mécaniques, révèlent l’abêtissement du travail rationnalisé. Ainsi, dans la production de masse, les conditions de travail de dénaturent la signification du travail. Dans « Le Capital », Karl Marx démontre que, pour le capitalisme, le travail a pour principale fonction l’exploitation économique de l’être humain. Ainsi, on donne au travail une valeur supérieure à celle du travailleur. Dans cette division du travail, l'individu perd le contact avec le produit de son travail. Son travail devient un objet, une existence extérieure à lui-même. Dans cette situation, le travail ne permet plus au travailleur de se réaliser. Il n’est donc plus reconnu et ne se reconnaît plus dans son travail. Le travail est alors vécu comme une aliénation de l’être humain.

Travail et valeurs

Le travail représente aussi une valeur à travers les productions qu’il génère (Platon). Cette valeur du travail apparaît plus particulièrement à travers le commerce. La monnaie a apporté de l’égalité dans les échanges (Aristote, Éthique à Nicomaque). La valeur ou le prix d’une marchandise dépend avant tout de la quantité de travail humain nécessaire à sa production. Cette valeur provient moins de la durée du travail que du degré de fatigue et de l’habileté. Mais, la valeur d’échange (prix) diffère souvent de la valeur d’usage (utilité). La notion de valeur amène aux perversions du travail. Loin des activités productives, les activités d’usure transforment la vocation de l’argent qui perd sa fonction de moyen pour devenir une fin. De plus, le caractère infini de l’argent qui se transmet par héritage peut donc pervertir le travail. Le travail peut alors se vendre et s’acheter comme une marchandise. On parle, dans ce cas, d’une dévalorisation du travail.

Le travail peut également valoriser l’être humain. Il peut, dans certains cas, devenir une source de plaisir, de reconnaissance sociale et d’accomplissement. Emmanuel Kant souligne l’aspect formateur du travail qui apprend la discipline et favorise l’estime de soi. D’après Hegel, le travail détourne l’humain des sentiments primitifs. Le travail devient ainsi une source de liberté. En différant les besoins, le travail apprend la médiation du temps et de l’outil. Il permet de maîtriser la nature et de s’affirmer. Simone Weil décrit le travail comme une activité unifiant pensée et action. Libérateur, il est pour cette auteure « le pouvoir de l’être humain face à la nécessité des choses ».

Sources et pour en savoir plus :

Hegel Georg Wilhem Friedrich, 1998. Phénoménologie de l’esprit. Pierre-Jean Labarrière, Éditions Ellipses Marketing, coll. Philo œuvres, 64p.

Kant Emmanuel, 1993. Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique. Éditions Bordas, coll. Univers des lettres Bordas, poche, 190p.

Marx Karl, 2008. Le Capital. Éditions Gallimard, livre 1, coll. Folio Essais, 1053p.

Smith Adam, 1999. La richesse des nations. Éditions Flammarion, tome 1, coll. Garnier/Dictionnaire Droit et Économie, 531p.

Weil Simone, 2002. La condition ouvrière. Éditions Gallimard, coll. Folio Essais, 522p.

Travail, une sanction et une nécessité

Le sens du travail

Le travail selon les philosophes

Le travail, concept universel

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