Affaire Karachi : l'enquête s'élargit

Dominique de Villepin a été entendu par le juge Marc Trévidic mardi. Selon lui, il n'y a aucun lien entre l'attentat de Karachi et l'arrêt des commissions.

L'audition a duré deux heures. C'est le temps qu'il aura fallu à Dominique de Villepin pour soutenir une seconde fois qu'il n'existe aucun lien entre l'attentat de Karachi et l'arrêt des commissions. Il s'agit de sa deuxième audition en moins d'une semaine. Jeudi, il s'était présenté devant le juge Renaud Van Ruymbeke, chargé du volet financier de l'enquête, et ce mardi, c'est le juge antiterroriste Marc Trévidic qui l'a entendu.

C'est lui qui a repris l'affaire Karachi à zéro, en 2007. Dans ce dossier, il est question du contrat Agosta qui conclut en septembre 1994 la vente de trois sous-marins au Pakistan. À l'époque Premier ministre, Edouard Balladur est aujourd'hui soupçonné d'avoir voulu financer la campagne présidentielle qu'il préparait via la pratique illégale des rétro-commissions*. Deux Libanais sont au coeur de cette affaire : Ziad Takieddine et Abdul Rahman El Assir, deux des intermédiaires de la vente. Jacques Chirac, élu en 1995, avait alors décidé, poussé par de forts soupçons, de stopper ces commissions.

Privés de neuf millions d'euros

Selon Dominique de Villepin, secrétaire de l'Elysée de 1995 à 2002, il ne peut y avoir aucun lien entre la décision de Jacques Chirac et l'attentat au Pakistan ayant tué onze salariés français chargés des constructions navales en 2002. La première raison qu'il avance est l'écart dans le temps entre les deux événements. Sept ans se sont en effet écoulés sans que rien ne laisse présager cette attaque. Villepin argumente également ses propos par le fait que, selon lui, l'essentiel des commissions du contrat Agosta a été payé avant que ces flux illégaux ne soient stoppés par Chirac. Pourtant, 9 millions d'euros manqueraient à la cagnotte des deux intermédiaires, sur les 33 promis. Ces chiffres auraient été donnés lors des auditions des dirigeants de la DCN (Direction des constructions navales).

Dominique de Villepin a également ajouté ne pas savoir comment les deux Libanais ont appris qu'ils ne recevraient pas la totalité de leur argent. Il n'a pas souhaité donner les noms des Français qui ont perçu une part de ces rétro-commissions précisant seulement qu'il s'agissait « de ministres et de membres de l'entourage des ministres [du gouvernement Balladur] ».

Sawari II : une autre piste

Sans aucune hésitation, Dominique de Villepin se montre sûr de lui. C'est sans compter sur des documents et témoignages portés à la connaissance du juge antiterroriste qui évoquent pourtant ce lien entre les deux dates-clés : 1995 et 2002. Une des raison qui pousse peut-être Marc Trévidic à élargir son enquête. Les accusations contre les islamistes au Pakistan ayant été abandonnées en 2009 lors d'un procès en appel dans ce pays, le juge voudrait étendre les recherches à un autre contrat : Sawari II. À la fin de l'année 1994, deux frégates ont été vendues à l'Arabie Saoudite dans le cadre de cet accord signé, comme pour l'Agosta, dans l'urgence. Les intermédiaires sont les mêmes que pour l'Agosta. Selon la DCN et en raison de la décisions de Jacques Chirac de stopper les commissions en 1995, Ziad Takieddine et Abdul Rahman El Assir auraient été privés de la totalité de ce qu'ils s'attendaient à percevoir pour cette affaire : 200 millions d'euros. Ces informations poussent Marc Trévidic à croire que l'attentat pourrait résulter d'une vengeance. Une piste à creuser dans une affaire qui va encore durer.

*Rétro-commissions : versement de commissions par un Etat à des intermédiaires chargés de corrompre le gouvernement mais dont une partie est reversée en espèces au pays d'origine.

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