Les laissés pour compte de l'éducation

Les décrochages scolaires sont une preuve que l'éducation n'est pas adaptée à tous. Témoignages de jeunes qui ont vécu cette situation.
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Depuis 2007, les syndicats d'enseignants critiquent la politique du gouvernement. Ils estiment que le décrochage est récurrent dans les écoles difficiles et pour les élèves qui vivent dans un foyer modeste. En 2007, 12 % des élèves décrochaient du système scolaire. Luc Chatel, ministre de l'Education, promet un développement au lycée de l'aide personnalisée. Une mesure censée limiter le nombre de décrocheurs. Trois jeunes témoignent de leurs difficultés à l'école.

Benjamin Jean, 21 ans, "Ce qui m'intéressait, c'était d'entrer le plus vite possible dans la vie active"

À l'âge de 21 ans, Benjamin Jean, originaire de Lyon, a une carrière toute tracée dans la grande distribution. Quelques années auparavant pourtant, rien n'était plus incertain que son avenir. Ayant quitté les études à 14 ans, Benjamin explique qu'il n'était pas fait pour l'école. « Je n'aimais pas les cours, je trouvais ça long. Ce qui m'intéressait, c'était d'entrer le plus vite possible dans la vie active ». Benjamin se souvient avoir été « tout en bas de l'échelle. Pour que je comprenne, se souvient-il, il fallait me répéter plusieurs fois. Dans une classe de 25 à 30 élèves, le professeur n'était pas toujours derrière moi et j'avais du mal à rester attentif ». Motivé et sérieux, ce grand blond a su faire face. Il a enchaîné les emplois dans la mécanique et, récemment, dans la grande distribution. Il confie même qu'il n'est plus très loin d'avoir un CDI.

Anthony, 20 ans : "L'école est une perte de temps"

Pour Anthony Miquel, 20 ans, l'avenir est moins généreux. Malgré son jeune âge, il est demandeur d'emploi. Il vit aujourd'hui dans l'attente d'un boulot, comme 41 % des non-diplômés (chiffre de 2005). Dès la sortie du collège dont il n'obtint pas le brevet, ce Toulousain d'origine portugaise décide de se lancer dans l'apprentissage. Son contrat durera deux mois après lesquels il se retrouvera sans boulot et sans études. Pas question de reprendre les cours : « J'ai trouvé quelques jobs de remplacement sans véritable but. Cette situation a duré jusqu'à mes 20 ans au cours desquels j'ai suivi une formation ». Il préférait cela à rester « toute la journée devant un prof. L'école est, selon moi, une perte de temps. Je n'apprenais rien. J'étais un des derniers ». Anthony ne regrette pas le chemin qu'il a fait mais pense qu'il n'y a pas assez d'aide aux élèves au collège : « Il faut beaucoup plus de cours particuliers », estime-t-il.

Cindy, 19 ans : "Rien que l'idée d'aller en cours me rendait malade"

Autre phénomène responsable du décrochage : la phobie scolaire. Comme son nom l'indique, il s'agit d'une maladie qui provoque du stress et des troubles physiques liés à la crainte de l'école. Cindy, 19 ans, habite à Vienne et est victime de cette pathologie. Elle est enceinte mais c'est bien avant sa grossesse qu'elle a décroché. « Quand j'étais en seconde, j'ai commencé à percevoir une angoisse qui se manifestait par une boule à l'estomac que je ne pouvais pas expliquer ». Au fil du temps, les symptômes ont empiré. En terminale, quelques mois avant le Bac, elle cesse d'aller à l'école. « Je ne pouvais plus rien avaler. Rien que l'idée d'aller en cours me rendait malade ». Encouragée par le personnel de son établissement, sa famille, la mission locale de sa ville et le CIO (Centre d'informations et d'orientation), elle décide de suivre le programme à la maison pour boucler son année. Candidate au Bac, elle loupe l'examen. « Je ne fais pas de reproche au système éducatif, défend-elle. Il ne correspond simplement pas à moi et à mon rythme. » Elle ajoute cependant qu'il faudrait des classes moins nombreuses. « Maximum 20 élèves. Sinon, le prof ne peut pas voir les réactions de tous ».

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