Hitler, homme charismatique ou simple invention propagandiste ?

L'idée reçue selon laquelle l'ascension fulgurante d'Adolf Hitler ne fut possible que grâce à son seul charisme semble vivre ses dernières heures.
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L’historien allemand Ludolf Herbst, dans Le Charisme de Hitler. L’invention d’un messie allemand (S. Fisher, 2010, non traduit) réfute le mythe de l’autorité naturelle du Führer. Selon Herbst, l'aura naturelle du dictateur à galvaniser les foules, c'est-à-dire son charisme, ne serait qu’une "invention" créée par la propagande du parti nazi.

Un homme charismatique?

Rien, durant les trente premières années de sa vie, ne prédestinait Hitler à avoir le destin extraordinaire que nous lui connaissons. Sa vie n'est alors qu'une suite d'échecs cuisants, tant comme artiste que comme militaire. Sa grande médiocrité intellectuelle, son asociabilité "pathologique" et son défaut de caractère ne semblent pas non plus le pousser vers ce qui deviendra plus tard pour lui un aphrodisiaque, le pouvoir.

Ce n'est qu'après le putsch manqué de 1923 que Hitler se découvre une âme de leader. Jusqu'alors, il n'était que le porte-voix, le rassembleur du parti nazi. Rien de plus qu'un "agitateur de brasserie". Malgré cette découverte et la publication de Mein Kampf l’année suivante, Hitler n'est pas encore le Führer. Il lui manque quelque chose.

La création d'un "messie allemand"

Rappelons que dans les années 1920, l'Allemagne ne s'est toujours pas remise de la défaite, quelque peu inattendue, de 1918 et se sent humiliée par le traité de Versailles, que certains appellent Diktat. De plus, le pays est embourbé dans une grave crise économique à partir de 1923. L’Allemagne est affaiblie et les révolutionnaires socialistes sont de plus en plus menaçants. Sans oublier que trois ans plus tôt, Mussolini et ses chemises noires se sont emparés du pouvoir en Italie.

C'est dans ce contexte que les propagandistes du nouveau parti nazi, refondé en 1925 après avoir été interdit au lendemain du putsch de 1923, décident de mettre Hitler sur le devant de la scène, faisant de lui un "messie allemand" et du NSDAP une "communauté de croyants". Une lourde machine de propagande se met alors en place avec les premiers grands meetings spectacles mettant en scène la "communion" entre le Führer et son peuple, retransmis à la radio et lors de l'actualité cinématographique. Le succès est au rendez-vous. En 1933, cet homme, qui n'a aucune expérience politique, accède au poste de chancelier.

Il ne lui reste plus qu'à attendre la mort du seul homme qui pouvait encore lui faire de l'ombre, le président de la République de Weimar, Hindenburg. Ce dernier meurt en août 1934. L'ultime menace encore dangereuse à la consolidation de cette monstrueuse création qu'est devenu Hitler ne survécut pas à la Nuit des longs couteaux.

Une simple invention?

Comme le souligne le grand historien britannique Ian Kershaw, auteur d'une biographie magistrale du dictateur, Hitler (Flammarion, 1999), il faut se garder de sous-estimer Hitler. Ses qualités de leader sont réelles: son obstination, son inflexibilité, sa rigueur implacable à balayer tous les obstacles, son adresse cynique et son instinct qui le poussait à agir quand tous lui disaient de ne pas le faire.

Invention ou pas, il ne faut pas oublier, comme le notait Franz Neumann, que "le pouvoir du chef n’est pas un simple fantasme – nul ne peut mettre en doute le fait que des millions de gens y croient." Les propagandistes nazis, comme le Docteur Frankenstein, créèrent un monstre.

CONT12

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