L'artisanat des prisonniers à bord des pontons

Confrontés à des conditions de vie inadmissibles les prisonniers des bagnes et des pontons ont réussi à réaliser de véritables trésors, comme des maquettes
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Nombreux furent les marins étrangers et français qui, capturés lors de combats navals ou à la suite de graves désobéissances, se retrouvèrent dans des bagnes ou sur des pontons, prisons faites sur de vieux vaisseaux démâtés, échoués sur les grèves de la Tamise. Malgré des conditions de vie insupportables un artisanat exceptionnel s'est développé pendant ces années 1780-1815.

Des conditions de vie inadmissibles

Plusieurs bagnes portuaires surgirent en France après les galères, au 18ème siècle, dont les plus connus furent ceux de Toulon, Cherbourg, Lorient, Rochefort, Brest. Plus tard, napoléon III les transféra hors métropole, en Guyane et Nouvelle-Calédonie.

Quant aux pontons, les plus tristement célèbres étaient ceux de Chatham, Portsmouth et Plymouth. La vie y était abominable, le nombre de prisonniers dépendait de la taille du navire, mais ils étaient entassés sans aucune considération.

La nourriture était plus que défectueuse, pleine de vermine et de pourriture. L'eau stagnant longtemps dans des bidons, était souvent impropre à la consommation. L'air vicié, était porteur de germes qui avait raison d'un grand nombre de prisonniers.

L'art au service de la survie

De la même manière que les matelots, ces prisonniers des bagnes et des pontons occupaient leur temps libre à construire de nombreux objets, ainsi que des maquettes de bateau. Loin de leur famille, de leur pays, ces activités artisanales leur permettaient de remplir les longues heures de réclusion.

Lorsque les réalisations étaient particulièrement réussies, ils pouvaient monnayer leurs travaux aux garde-chiourmes et ainsi gagner quelques piécettes. Ce "commerce" améliorait de ce fait leur quotidien et prolongeait donc leur sursis.

De nombreuses maquettes furent construites alors, avec l'utilisation de matériaux trouvés in situ : bois exotique pour les coques et les matures, pailles de différentes couleurs pour les socles ( bagnes), os d'animaux, cheveux ( pontons )...

Quelquefois on a pu observer des maquettes de qualité exceptionnelle, car elles étaient réalisées dans des bois plus précieux, tels le buis, le palissandre, avec des morceaux d'ivoire et de cuivre, données par les commanditaires, et faites à l'isolement. Ces réalisations représentaient souvent les navires sur lesquels les prisonniers avaient servi et combattu.

Ces petits chefs d'oeuvre étaient la plupart du temps collectifs, mettant en collaboration plusieurs talents, ce qui influait sur l'exécution et donc le prix. Au final, c'est toute la bordée qui pouvait en profiter ! Ainsi, signes indubitables de l'art comme essentialité ontologique, les maquettes de bagnes et de pontons nous interpellent dans notre moi le plus profond.

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