Le canon de marine: poudre, projectile, manoeuvre et tir

La réalisation de canons de marine a été fondamentale pour la conquête des océans aux 17ème et 18ème siècles.
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Sur un navire de guerre, la qualité de l'armement, la dextérité et la formation des marins furent une priorité pour les nations conquérantes d 'Europe.

Les poudres

Au départ, les premiers canons étaient munis d'une boite à poudre démontable où l'on plaçait la charge, qui était ensuite fixée au tube. Ce procédé étant dangereux, on réalisa ensuite des charges toutes prêtes dans un sac que l'on poussait dans le tube: ainsi naquit la gargousse.

Les charges étaient variables en fonction de la nature du tir; ainsi, elles étaient réduites pour les tirs à courte portée ou pour manifester les honneurs. De plus avec les progrès sur la qualité de la poudre, on modifia le poids de la charge avec celui des boulets.

Pour éviter les drames enfin, on prit l'habitude à bord de faire l'approvisionnement à mesure, avec simplement 2 à 3 gargousses d'avance. C'était un travail considérable, et l'on peut citer par exemple que, pour un vaisseau de 74 canons de l'An VI, on prévoyait 18 hommes pour monter les poudres à l'arrière et 13 à l'avant.

Les projectiles

Plusieurs types de projectiles ont été utilisés. On est ainsi passé des boulets de pierre aux boulets de fonte ronde. Certains avaient des caractéristiques bien spéciales: on trouvait des paires de boulets reliées avec une chaîne ou deux demi sphères unies par une tige de fer, qui étaient particulièrement efficaces pour anéantir les gréements ennemis.

Il existe une expression, aujourd'hui encore employée, qui fait référence à ces violentes attaques navales: " tirer à boulets rouges ". En effet, près des canons en activité, on installait un foyer afin de chauffer au rouge les projectiles. Ils étaient alors saisis par un pince-balle et transportés dans un sceau de cendres.

On mettait alors une bourre mouillée entre la charge et le boulet et le tir se faisait dans la foulée. Cependant cette pratique n'était pas sans risque et elle sera finalement interdite. Que l'on songe à ce propos au vaisseau " Alcide " qui périt de cette façon en 1795.

La technique

Toutes les manoeuvres demandaient un grand nombre de personnes. Ainsi chaque équipe avait en charge une paire de canons et servait à bâbord ou tribord selon la position au combat. Et si le navire était pris entre deux feux, on utilisait alors la moitié de l'artillerie de chaque côté.

Les opérations de tir demandaient beaucoup de temps. Les anglais, du fait d'un meilleur entraînement, de l'utilisation d'écouvillons plus souples et de canons plus légers, tiraient trois bordées pendant que les français en tiraient deux.

D'autre part, les canonniers français tiraient " à démâter ", c'est à dire visaient le gréement pour immobiliser le navire, alors que les anglais tiraient en pleine coque, créant de ce fait des voies d'eau ou des incendies. Ainsi pour les premiers, on faisait partir le coup au plus haut point du roulis et au plus bas pour les seconds, ce qui dans l'ensemble a été d'une plus grande efficacité.

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