Le Moyen Age : théologie, science et cartographie

La cartographie au Moyen Age fait cohabiter les traditions bibliques, les connaissances géographiques et les fantasmes mythologiques hérités de l'Antiquité.
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Durant les premiers siècles du Moyen Age occidental, on assiste à une régression importante dans le domaine de la connaissance en général et de la science et de la cartographie en particulier. Les théologiens s'accaparent du thème de la carte afin de servir leur réflexion sur l'harmonie du monde créé par Dieu.

La mappemonde médiévale

Seulement quelque 500 cartes du monde étalées sur un millénaire nous sont parvenues, et elles constituent systématiquement une représentation symbolique de l'univers. Ces cartes ont quasiment toutes la même forme et les mêmes caractéristiques. Ainsi on les nommait : "T en O".

Le O représente un cercle, indiquant de ce fait la croyance à la conception biblique d'un disque terrestre entouré d'un océan. Le T forme les trois parties du monde connu : Europe, Asie, Afrique, qu'on imaginait peuplées par les trois fils de Noé depuis le déluge. D'autre part, le T rappelle la trinité - Père, Fils, Saint-Esprit -, et enfin la croix de la passion du Christ.

La Méditerranée forme la barre verticale du T, tandis que la barre horizontale est constituée de gauche à droite - c'est-à-dire du nord au sud - par le Don, la Mer Noire et le Nil; Jérusalem se trouvant exactement au centre.

En effet, l'organisation se faisait autour du centre théologique majeur, celui de Jérusalem; et d'un axe de répartition : la Méditerranée, point de départ de l'évangile. Ainsi donc se mélangeaient traditions bibliques, connaissances géographiques et fantasmes mythologiques colportés par l'Antiquité tardive.

Le XIIIe siècle et le retour au concret

A partir du XIIIe siècle, les copies arabes remettent au goût du jour les œuvres originales des Anciens. Parmi elles, un traité d'astronomie, Almageste, fait figure d'autorité. Ecrit par Ptolémée, il présente une vision géocentriste de l'univers. En parallèle, les savants se détachent des leçons des théologiens afin de pénétrer les secrets de la nature par l'observation.

D'autre part les croisades, puis les missions de Marco Polo vers la Chine (1271) vont permettre un regard nouveau, porté vers l'extérieur, et alimentant ainsi la curiosité. Gardant alors en mémoire un schéma traditionnel, les représentations de la terre s'enrichissent de nouvelles informations.

Ainsi, Guillaume de Conches, dans sa Philosophi Mundi, illustre l'existence de deux zones tempérées habitables, séparées par une zone torride inhabitable et s'étendant jusqu'à deux zones glaciales.

Donc les mappemondes au Moyen Age font cohabiter deux conceptions contradictoires, formant de vastes et riches compositions, souvent illisibles, faisant juxtaposer aussi bien les notions bibliques que géographiques. Il faudra alors attendre la Renaissance et son cortège d'inventions pour expérimenter un regard neuf sur les cartes au service du grand public.

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